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Conférence-débat intitulée : « AOUCHEME » le 28 fev 07 animée par Nouredine CHEGRANE et Karim SERGOUA au Palais de la culture, Alger
(26/2/2007)


Conférence-débat intitulée : « AOUCHEME »



Conférence-débat intitulée : « AOUCHEME »  animée par Nouredine CHEGRANE et Karim SERGOUA en collaboration avec l’Association « Les amis du patrimoine » le 28 Février 2007 à 15.00h à la bibliothèque du Palais de la culture Moufdi Zakaria.



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Noureddine Chegrane !

 Ce serait commettre une ineptie que de présenter un artiste connu et reconnu du paysage des arts visuels algériens, artiste peintre et graphiste qui a fréquenté Issiakhem et Sahouli, dont il est l’un des disciples les plus en vue, et qui revendique également son allégeance au groupe Aouchem dont on retrouve des intonations graphiques, esthétiques et chromatiques dans ses œuvres. Comme il revendique le syncrétisme de son écriture plastique revendiqué bien avant lui par les initiateurs de l’Aouchem, Martinez notamment qui reconnaît qu’il s’est toujours nourri de l’art primitif et de l’énergie qu’il porte (rythme et accord de couleurs).

Comme Martinez, Chegrane reste très «graphique» et très «couleurs», mais aussi très expressionniste avec ses gros traits noirs cernant la figuration de son iconographie. Une iconographie schématique, réduite à sa plus simple expression, symbolique et donnant l’impression de n’avoir d’autre prétention que d’introduire un élément d’animation dans la composition. Chegrane reconnaît qu’il a toujours aimé dessiner comme un enfant et écouter «ce que la mémoire d’enfant porte d’art sauvage». Mais écouter aussi les résonances de l’univers des arts premiers (expression due à Claude Roy), c’est-à-dire les arts d’Afrique, des Amériques, d’Océanie et d’insuline qu’André Malraux a préféré nommer «arts primordiaux».

Une écriture plastique sémiologique
Ce qui fait l’une des qualités principales de Chegrane c’est sa modestie, voire même son humilité. Il dit souvent : «Je cherche, le visiteur trouve.» Et c’est dans cette dialectique artiste-œuvre-regardeur qu’il situe sa démarche et le secret de son cheminement. C’est aussi dans le fond phréatique de notre sémiologie patrimoniale qu’il se ressource pour exhumer les tessons vivaces de notre culture berbère, tassilienne, targuie, méditerranéenne, africaine. Les signes sous toutes leurs formes, toutes leurs couleurs authentiques, paraphrasés ou archétypaux, peu importe. C’est l’ivresse d’une quête inassouvie remarquable par sa permanence qu’on retrouve dans les travaux de cet arpenteur impénitent de notre génie identitaire. Et quand il lui arrive parfois de changer de sujet et de thématique – comme par exemple dans ses surprenantes natures mortes – il ne peut retenir le besoin atavique de les situer sur un fond peuplé de signes et d’objets artisanaux typiques illustrés de graphismes, sémiologiques du terroir. Il lui arrive parfois, dans une «improvisation psychique» surréalisante, de clairsemer ses compositions de variations hiéroglyphiques improbables.

Une iconographie hiératique
L’une des caractéristiques principales du travail de Chegrane se situe au niveau des figurations filiformes, schématiques, exécutées de façon linéaire en gros traits appuyés dans une facture expressionniste, représentant des individus, parfois même des couples, allégoriques se dressant de façon frontale au-dessus de la cristallisation magmatique des signes et des graphismes sémiologiques, introduisant ainsi une animation et une dynamique pleine de théâtralité. L’ambivalence de ces formes fait penser à des humanoïdes descendus d’une contrée galactique et se trouvant encroués dans l’humus d’un terroir dans lequel ils semblent artificiellement et maladroitement plantés ou à des fermentations poétiques dressées de manière péremptoire et métaphorique dans un décor sémiotique auquel ils sont étrangers. Ces formes fluètes, faméliques, pathétiques peuvent également trouver une interprétation dans l’assertion du critique d’art américain Harold Rosenberg : «La spontanéité exprime la volonté d’atteindre un état subjectif plus profond que celui qui résulterait de la réflexion.» Chegrane, sans conteste, veut instiller dans ses œuvres un pouvoir émotif qui passe par l’évocation de son atavisme culturel. La puissance des personnages, leur stridence, leur confère une intensité émotionnelle prégnante, accentuée par l’impression qu’ils donnent d’exprimer à travers leur posture la vanité d’êtres désincarnés, décharnés, dépouillés de leur substance identitaire qui tombe en lambeaux et en tesselles autour d’eux. Cette symbolique revêt une prégnance que souligne le caractère lancinant des signes, remarquable par leur permanente redondance qu’on retrouve dans tous les tableaux offerts à notre lecture.

Richesse plastique et lyrisme chromatique
La démarche plastique de Chegrane n’est pas une simple approche initiatique de l’Aouchem, elle s’inscrit en pleine identité Aouchem. Elle s’en distingue néanmoins par des caractéristiques personnelles tant au niveau du graphisme qui est moins gestuel et moins efflorescent que celui de Martinez, de même qu’au niveau de la palette qui est moins rutilante notamment dans les «natures mortes» déclinées en touches impressionnisantes. L’écriture est beaucoup plus paisible et dégage une musicalité certaine. Chegrane se plaît, à ce propos, de révéler qu’il travaille toujours en écoutant de la musique ; il précise aussi qu’il est musicien, percussionniste plus précisément, cultivant une dilection pour le jazz. Cette précision est intéressante à plus d’un titre car il émane de son langage plastique des similitudes frappantes avec ce genre de musique qui permet des digressions et des improvisations très caractéristiques de ce genre d’expression musicale.
Par ailleurs, Chegrane est moins proche de l’abstraction que Mesli, mais il interroge tout autant que lui «l’âme archaïque des ancêtres», cette âme que Tamayo se plaisait, bien avant eux, à interroger chez ses ancêtres mexicains et qu’il transposait dans ses œuvres comme une liturgie transcendentale. Le rythme, la vivacité des couleurs, la vigueur brute et la linéarité des graphismes, beaucoup moins fracassante, donne au style chégranien une certaine quiétude manifestement assumée et amplement illustrée par une thématique de la liberté, de l’espoir, de l’amour et de l’harmonie comme l’indiquent un grand nombre des titres donnés aux œuvres : Vivre sa liberté, Hymne à la paix, Tendresse, Mon amie liberté, Danse paisible, Medaha de la liberté. Et lorsqu’il aborde un sujet plus vivace c’est de «vibration» qu’il nous parle, une «vibration passionnée», mais «une vibration chaleureuse». Car Chegrane se lit entièrement dans ses œuvres. Un homme tranquille, paisible, qui aime et sait nous dessiner son «Amie liberté» et, comme dans «L’olivier et la colombe», dédier un «Hymne à la paix», utilisant la symbolique que beaucoup de peintres ont utilisée, Picasso et Leger entre autres.
Un homme qui reconnaît ses devanciers comme étant des siens et auxquels il consacre des hommages : «Hommage à Aouchem Group» et «Hommage à Henri Matisse». Matisse dont il n’hésite pas à intégrer dans plusieurs de ses tableaux des morceaux choisis très identitaires de ce monument de l’art du XXe siècle. C’est pour lui aussi une manière de rappeler que Matisse a trouvé dans l’art musulman une source d’inspiration qu’il a su métaboliser d’une merveilleuse manière. Un hommage implicite est également perceptible dans Femme couchée où l’on retrouve la même technique éprise de couleur «à la frontière de la peinture figurative et de l’abstraction», couleur qu’il transcende comme Klee avec cette même fraîcheur juvénile pour «exprimer les sentiments et les sensations par le seul moyen de la couleur.»

Le vibrato de la palette
Cette exposition nous a permis de déceler des variations dans le style et la facture plus ou moins inédits chez Chegrane comme par exemple ses natures mortes et ses tableaux titrés Vibration, œuvres frémissantes, vibrantes d’impressionnisme où il étale sa gamme de coloriste. Il reste cependant en butte à une certaine dialectique entre le syncrétisme qu’il revendique et l’éclectisme qu’il semble vouloir pratiquer. Il demeure néanmoins un peintre du signe éminemment identitaire qui gagnerait à éviter le paradoxe dénoncé par Simon Hantaï pour qui «aujourd’hui, on est dans la situation où la création des signes précède leur signification».

La lecture de ces tableaux serait incomplète si on ne précisait pas qu’ils obéissent à une même stratégie de composition en deux parties déclinées selon une ligne médiane horizontale (le plus souvent) : une partie déstructurée peuplée d’une avalanche de signes se superposant à une partie architecturée, spectaculaire, anecdotique où des personnages émaciés semblent interpréter le regardeur par une gestuelle frontale très caractéristique du langage de Chegrane. La palette, quant à elle, est remarquable par la dominance des bleus animés d’une généreuse tonicité, des bleus dont la prédilection et l’utilisation redondante fait penser à cet autre adepte de cette couleur, Yves Klein. Mais les bleus de Chegrane reflètent la couleur lumineuse du ciel méridional ainsi que celle des hommes bleus de notre Grand Sud, comme il se plaît à le préciser à ses nombreux interlocuteurs. Authenticité, générosité, sincérité, identité, terroir, méditerranéité, africanité… L’universalité vibre à travers les toiles de Chegrane, à travers ce chant de signes qu’il entonne avec talent, mais aussi avec humilité. L’humilité qui fait la grandeur des cœurs.

Mohamed Massen
Artiste plasticien – juriste
(la nouvelle république)


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