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Cherrad Mahieddine (1940 – 2010)

Cherrad Mahieddine, est artiste plasticien et sculpteur algérien, né à Alger le 2 août 1940 et décédé le 15 mai 2010, “Quintessence” fut le titre de sa principale exposition au palais de la culture Moufdi Zakaria en 2002. Mahieddine façonne les feuilles de bronze selon l’inspiration du moment créant des bas reliefs, autour de plusieurs thèmes. Autodidacte, il s’initie à la peinture mais « C’est dans la sculpture que Mahieddine Cherrad s’exprime, s’épanouit, s’élève et atteint l’ultime stade de la création », lit-on. Il dompte le matériau qu’il s’approprie, imprégnant son imaginaire, ses visions et ses perceptions. La sculpture de Cherrad est l’expression d’un imaginaire, d’une sensibilité et d’une pensée. Aux symboles se greffent, se croisent, se chevauchent et se côtoient des bouts de métal, pour dessiner un éventail, une chevelure ou les plissures d’une robe. Les symboles sont aussi utilisés pour les autres sujets dont les titres sont par contre très expressifs. Ouragan, Signes, Vents de sable, Identité et savoir, Profondeur et autres sont un concentré de symboles que le regard peine parfois à décrypter.

Dalila Mahammed-Orfali, en introduction du catalogue de son exposition 2002 écrit : « C’est en écoutant quelques mesures de Smetana que me sont venues ces réflexions à propos de l’œuvre de Cherrad Mahieddine. L’œuvre de Cherrad, au premier regard, était pour moi, sans nul doute, une “œuvre en devenir”, selon le beau mot de Rodin, ceci signifiant que le Cherrad que nous avions connu, il y a quelques années, avait enfin trouvé une “voie royale”. Celle de la ferveur, bien plus que la sève, de l’ardeur du feu intérieur qui consume le créateur, guidant ses mains vers un rivage nouveau. C’est dans la sculpture que Cherrad s’épanouit enfin; rien d’étonnant à cela; quelques tentatives avec pour support le cuivre repoussé nous avaient préparé à cette naissance, avaient façonné l’idée, canalisé le geste, approfondi le désir; mais dans un pays où trop souvent l’artiste vit de contrainte et sacrifie aux circonstances, Cherrad s’était cantonné jusqu’alors à de timides incursions dans ce monde fabuleux de la troisième dimension; l’ardeur pourtant était là comme chez beaucoup de sculpteurs qui sont saisis d’une ferveur toute particulière face au bloc, à la matière; lorsque je dis, il est normal que Cherrad se révèle dans la sculpture, je fais allusion à sa nature si modeste, inquiète, en perpétuel questionnement, mais toujours prête à s’engager, à expérimenter, à renouveler ses émotions. (…) L’œuvre de Cherrad évoque ces beautés rustiques aux sonorités simples, où se perçoivent encore et toujours les tâtonnements perceptibles d’une âme fragile et inquiète; une symphonie pastorale, heureusement inachevée. Inégales aussi, elles qui dans le tourment s’éclairent de notes fortes, de Références essentielles mais qui à chaque contours expriment l’éternel combat de l’homme avec la matière dans ses faiblesses et ses intensités. Accumulation de recherches, où l’artiste ne conçoit pas encore le regard d’autrui comme un aspect déterminant de la construction, mais où l’étape du dialogue intime, de l’acharnement, de l’éblouissement dans la fièvre du travail, prévaut. Mieux comprendre Cherrad, c’est relire ces lignes magnifiques que l’historien de l’art Roger Letourneur consacrait en 1944 à la sculpture du XXéme siècle : “Le créateur sent en lui un orchestre immense mais sans direction; la confusion de toutes ces émotions frémissantes l’oppresse et le fait souffrir. C’est sans ordre qu’arrivent les fragments d’harmonie, se présentant chacun avec ses charmes et toutes les possibilités qu’ils suggèrent. De là naît en lui le désir de recomposer ses sensations pour satisfaire à son besoin d’idéal. Il n’apprécie que grâce au combat que se livrent en lui tous ces fragments en mal d’unité”. Lorsque Letourneur écrit ces lignes, il évoque Wlérick, Landowsky, Gimond, Despiau, Pompom; leur lecture démontre aujourd’hui, étonnement que quelque soit l’habit que revêt la création, la souffrance et le parcours demeurent les mêmes, pour les quelques élus en quête de “quintessence”.»  

« Rigueur, austérité, profondeur se dégagent de ses œuvres avec plus de liberté poétique qu’on ne soupçonne. Une recherche épurée de la forme et de la composition construite avec un sens de l’équilibre réussi dénote un nouveau comportement de l’artiste qui est en rupture totale avec le type d’art anecdotique qu’il pratiquait. » sont les propos de Mohammed Djehiche. Membre de la Commission Culturelle à l’Assemblée Nationale 2002 et Ministre de la Culture en 2002, Mohammed Abbou préfaça son catalogue d’exposition au palais de la culture (2002) en écrivant : « Le bois, le marbre ou le métal ne sont qu’une pâte façonnée par un souffle de vie que des mains fébriles dirigent comme un éventail intelligent sur des braises impotentes. Des formes à géométrie variable, qui communient dans la limpidité des formes pour mieux trahir une réalité tronquée par sa propre complexité. Le relief exaspéré refuse de restituer une pensée obnubilée par l’exigence esthétique. Les enflures dégagent une sérénité révolue au moment où l’enthousiasme semble inonder la composition dans son ensemble. ».

Prix et récompenses
1er Prix de la création (Alger 1991).Expositions individuelles
– Hôtel El Aurassi 1990
– Hôtel El Djazaïr 1990
– Hôtel Sofitel 1992
– Galerie Bab el Kebir
– Maison de la Culture Mouloud Mammeri 1994
– Siège Union Bank 1996
– Galerie Baya (Palais de la Culture 2002)
– Bibliothèque Urbaine Mohammedia (2003)

Expositions collectives
– Salon de la Création OREF 1988 
– Galerie Skifa 1991 
– Galerie El Mouggar 1992 
– Ministère de la Culture / UNAC / OREF 1994 
– Festival des Arts Plastiques –  Souk Ahras 1996 
– Galerie Dar El Kenz (différentes expositions)
– Travaux à l’atelier de gravure algéro – italien, UNAC 2000
– Exposition à l’APN (Dar El Kenz) 2002
– Galerie Sonatrach (Hydra) 2002