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ABDALLAH BENANTEUR, UNE ŒUVRE DE LUMIERE (Peintures, 1953-2003.)

Amboise, la ville sur la Loire où l’Emir Abdelkader a été emprisonné avec sa famille et ses fidèles de 1848 à 1852 et où Léonard de Vinci a vécu ses dernières années, vient de créer un nouveau centre d’art contemporain, à l’occasion des 500 ans de la mort du grand génie de la Renaissance. Le Garage, nouveau centre d’art de la ville d’Amboise, consacre une exposition-hommage au grand peintre algérien et français Abdallah Benanteur (Algérie, 3 mars 1931-France, 31 décembre 2017) et déploie dans ses espaces un choix de peintures remarquables et représentatives des cinquante premières années de son activité, depuis son arrivée à Paris en 1953 et jusqu’en 2003. Elles proviennent de la Collection Claude & France Lemand et de l’importante donation qu’ils ont faite en 2018 au Musée de l’Institut du monde arabe.

Présentation par Claude Lemand

Né en 1931 à Mostaganem, Abdallah Benanteur, l’un des fondateurs de la peinture algérienne moderne, a baigné dans un milieu familial et culturel algérien sensible à l’écriture et au livre manuscrit enluminé, à la poésie mystique musulmane, à la musique et au chant andalous. Après ses études à l’Ecole des beaux-arts d’Oran et son service militaire, il s’établit à Paris en 1953, dont il fait sa capitale de vie et de création. Il s’est éteint le 31 décembre 2017 à Ivry-sur-Seine.

Imprégné par la culture arabe de son Algérie natale, par la grande peinture européenne des musées de France et d’Europe, par les arts graphiques et les manuscrits d’Europe, d’Orient et d’Extrême-Orient, nourri par l’imaginaire des poètes du monde entier, il a su créer des oeuvres personnelles, des paysages poétiques baignés par la lumière réelle de sa Méditerranée natale et de sa Bretagne d’adoption et une lumière transcendantale qui transfigure les paysages de la mémoire en paradis peuplés de ses chers Elus.

La vraie lumière d’Abdallah Benanteur est dans son œuvre, différente selon ses périodes ; elle est d’ici et d’ailleurs, « ni orientale ni occidentale », elle baigne ceux dont le regard est en harmonie avec elle.

BENANTEUR, UNE ŒUVRE DE LUMIERE. Peintures, 1953-2003.
Vernissage : Vendredi 27 Septembre 2019, à 18h30.
Exposition : Du 27.09.2019 au 05.01.2020.
Lieu : LE GARAGE centre d’art, 37400 AMBOISE.
Contact : Karine Dastain, directrice du Service culturel, k.dastain@ville-amboise.fr
Période : du 27/09/2019 au 05/01/2020

Tempérament et Histoire.

La Nature et l’Histoire l’ont ainsi fait : solitaire, indépendant, angoissé, travailleur, orgueilleux. S’il travaille tant, si sa production graphique est volcanique, c’est son tempérament : il ne peut pas faire autrement. Le travail est aussi son moyen naturel de calmer son angoisse et sa peur (d’exilé et d’humain), de répondre au tragique de l’existence et, pour lui en particulier, de répondre au tragique de l’Histoire. Sa solitude est créative, son travail salvateur et source d’espoir. Il est persuadé que si l’Humanité est capable de beauté, elle sera capable de justice et de paix. Il était habité par un profond sentiment de culpabilité, d’une dette à acquitter : son frère serait mort à sa place pendant la guerre de libération, sa mère serait décédée loin de lui, abandonnée à son sort, comme l’Algérie tombée dans la décadence et le désordre. Il se sentait coupable, même si, objectivement, sa présence auprès des siens n’aurait pas empêché son frère et sa mère de mourir et son pays de sombrer.

Il avait une conscience très forte qu’il portait en lui non seulement l’Algérie mais l’Humanité entière. Il s’étonnait de la cruauté de l’espèce humaine, de la violence de l’Histoire, toujours et partout. Il espérait qu’un jour tout cela aurait une fin, grâce à la lutte des victimes de toutes les injustices, et que l’Humanité entière sera enfin bonne et heureuse.

Vision et univers pictural.

Benanteur n’est pas un artiste médiatique, mondain ou intellectuel, habile à manier les concepts et à élaborer des théories sophistiquées, adaptées aux divers modes de communication. La conception sociale et historique que le moi social de Benanteur se fait du monde et des hommes est simple, manichéenne et conflictuelle, reflet de l’antagonisme irréductible et de la lutte entre deux entités opposées par nature : le bien / le mal, les riches / les pauvres, les exploiteurs / les exploités, les colons / les colonisés, les agresseurs / les agressés, les criminels / les victimes, … Cette conception, trop marquée par une idéologie et une époque, aurait pu aboutir, dans sa peinture et son œuvre graphique, à des diptyques et des polyptyques où chaque panneau serait l’opposé de l’autre : ciel / enfer, sombre / clair, etc… Dans les faits, et depuis toujours, cette vision du monde a eu peu de prise sur son moi créateur : les panneaux des diptyques et des polyptyques s’articulent au contraire en parfaite harmonie, comme des images complémentaires, semblables et différentes, miroirs l’une de l’autre, jusqu’à l’infini.

Son œuvre est plutôt le reflet d’une vision idéaliste, humaniste et universaliste, issue de trois conceptions du monde qui l’ont successivement influencé et dont il a intégré profondément les catégories, car elles correspondaient à son idéal humain, esthétique et social : le mouvement soufi qu’il a connu enfant en Algérie (poèmes mystiques lus ou psalmodiés en arabe, processions à l’occasion de certaines fêtes religieuses, calligraphie et livres enluminés), le mouvement communiste utopiste qui l’a marqué dans les années 50 en France, tous deux proches du bouddhisme de cet Extrême-Orient dont il connaissait si bien et admirait tant les poètes et les peintres (sagesse, poésie et peinture : paysage idéal et place modeste et harmonieuse de l’homme dans la nature). Abdallah Benanteur aurait aimé vivre et travailler dans un pays et à une époque où cet idéal humain, esthétique et social, existait encore : la fin du Moyen-Age européen ou l’apogée de la civilisation arabo- andalouse.

Lumière et lumière.

En l’absence physique de sa lumière méditerranéenne natale, Benanteur n’a jamais senti le besoin, comme d’autres peintres, de rechercher une lumière physique semblable (celle du Midi, de l’Espagne ou de la Grèce) ; il a plutôt recherché une lumière différente, complémentaire, celle de la peinture. L’idéal naturel du cadre de vie antérieur, objet de la nostalgie et qui ne l’a jamais quitté, est remplacé par un cadre favorable à la création : il prendra ses vacances dans les paysages tempérés de la Bretagne et non dans les régions chaudes et ensoleillées du Sud ; et lorsqu’il peint, grave ou crée des livres, il s’isole toujours dans une lumière tamisée, à l’atelier ou dans le sous-sol de son pavillon de banlieue. Quand il passait ses vacances studieuses du mois d’août en Italie, il faisait abstraction de
la lumière du pays, les yeux grands ouverts à la lumière de la peinture italienne ancienne, qui illuminera sa palette à partir de 1982. La vraie lumière d’Abdallah Benanteur est dans son œuvre, différente selon ses périodes ; elle est d’ici et d’ailleurs, « ni orientale ni occidentale », elle baigne ceux dont le regard est en harmonie avec elle.

 

Publications disponibles :

Abdallah BENANTEUR, Le Chant de la Terre. Rétrospective-Hommage. Préface de Claude Lemand. Texte d’Emmanuel Daydé. Catalogue de 112 pages, 21 x 29,7 cm. Musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun, 2018.

BENANTEUR, Peintures. Monographie préparée et publiée par Claude Lemand, 224 pages, sous couverture et coffret en couleur, 25 x 33 cm. Textes en Français et en Anglais. Paris, 2002. ISBN 2-910263-00-2.

BENANTEUR, Œuvres graphiques. Monographie préparée et publiée par Claude Lemand, 288 pages, sous couverture et coffret en couleur, 25 x 33 cm. Textes en Français et en Anglais. Paris, 2005. ISBN 2-910263-02-9.