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Algérie : Survol en rase-mottes des conventions culturelles, co-planifications patrimoniales et mémorisations artistiques par Farid Saâdi-Leray

İssue de l’enseignement universitaire, Malika Bendouda a pris ses fonctions de ministre de la Culture le samedi 04 janvier 2020, jour où elle signalait vouloir redonner au domaine « sa signification intellectuelle, scientifique, morale, artistique », l’extraire de l’approche insignifiante « qu’on a voulu lui donner en le limitant aux festivals», réconcilier concomitamment les Algériens « avec leur identité et algérianité », définir les termes d’un « nouveau départ et souffle » et d’une ferme « volonté de rupture »

Seulement, la première locataire du Palais Moufdi-Zakaria paraphait le dimanche 02 février un document interne empêchant aux cadres institutionnels d’exprimer sur les réseaux sociaux, ou ailleurs, un avis antagonique à la position officielle, leur intimait de s’en tenir au droit de réserve. En apprenant qu’elle s’apprêtait en plus à « Suivre personnellement les déclarations et commentaires de tout un chacun » sur les questions d’ordre national et extranational, nous mettions d’emblée la somme d’injonctions et suspicions en relation avec le monopole de l’information régalienne (1) attribué à la seule agence Algérie presse service (APS), un agrément possiblement inspiré de l’esprit inquisiteur du général Abdelkader Lachkhem. 

Ce directeur des télécommunications au ministère de la Défense (poste avancé duquel Nicolas Beau, le fondateur du webzine Mondafrique, le soupçonne d’avoir manipulé les résultats, ou taux de participation, de la Présidentielle du 12 décembre 2019) peut en effet parfaitement avoir insufflé une certaine paranoïa maladive jusque dans les couloirs d’un ministère où officie depuis janvier 2020, en tant que secrétaire d’État à la Culture, son gendre Salim Dada. Bénéficiant de plusieurs bourses d’études, le doctorant à l’Université Paris- Sorbonne (date d’entrée 2012) conserve de tels égards qu’il sera également désigné comme l’orchestrateur de l’Algérie à l’Unesco, organisme dont Malika Bendouda concédera être l’une des courroies de transmission. 

Dès lors, l’interrogation qui nous taraudera l’esprit n’est autre que de savoir si elle influe vraiment la pensée directionnelle de la politique culturelle ou si celle-ci revient en vérité plutôt, indirectement (et sous couvert de la fonction offerte à la faveur de la constitution du gouvernement Djerad) au déjà (depuis mars 2019) président du Conseil national des Arts et Lettres (CNAL) ? Autrement dit, Salim Dada est-il le patron inavoué catalysant aujourd’hui son orientation stratégique, affectant des choix du reste convenus en amont au sommet de l’État, voire de la hiérarchie militaire ? 

Assurément oui, à partir du moment où il canalisera à Paris, du 11 au 14 février 2020, le groupe présent à la 13e session du Comité intergouvernemental de la Convention 2005 de l’Unesco (2), coordonnera l’atelier d’échanges du 13 février, engagera le dialogue pendant la séance d’information “Re/Penser les politiques culturelles”, s’enquerra des expériences antérieures et tendances actuelles, du contenu de la plateforme en ligne, des progrès accomplis au stade des investissements en ressources humaines et du financement du Fonds international pour la diversité culturelle (FİDC). Son rôle de conciliateur, le néophyte en management l’exercera aussi en stimulant les contacts entre le bureau de l’Unesco pour le Maghreb (domicilié à Rabat) et la permanence parisienne de la délégation algérienne, entre celle-ci et les diverses directions autochtones (3), entre les inspecteurs et conseillers du ministère de tutelle, entre l’Office national des droits d’auteurs (droits voisins-ONDA) et le Conseil national des arts (et Lettres-CNAL) puis entre le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologique et historiques (CNRPAH), le Centre Algérien du Développement du Cinéma (CADC) et l’Agence algérienne du rayonnement culturel (AARC). 

Le représentant de l’Algérie à la Convention 2005 de l’Unesco impliquera des rédacteurs et traducteurs complétant donc le collectif censé consigner le premier Rapport périodique quadriennal (RPQ) que l’Algérie doit remettre (dépôt statuaire ou deadline) avant le 30 avril 2020. İl coiffe de la sorte une équipe de vingt “experts nationaux” (aidés d’érudits européens) dont on ne connaît pas aujourd’hui les patronymes mais que l’on affirme capables d’objectivement analyser le point de force des pratiques mises en œuvre, de stimuler du créatif, d’engager un dialogue durable sur les politiques culturelles, d’identifier là où ça coince, où des investissements ou ressources humaines et financières sont nécessaires, où se trouvent les défaillances et erreurs commises. İntervenant au nom du CNAL le 1er et 2 octobre 2019, lors de la consultation nationale multipartite (4), Salim Dada y émettait les avantages socio-professionnels favorables aux artistes (5), récitait une suite de dispositions avérées non pas en fonction d’une conscientisation gouvernementale mais par obligation du fait que l’Algérie doit maintenant se conformer à des textes législatifs l’engageant à reconnaître la diversité des expressions artistiques, à épauler la créativité, à vulgariser des productions ou œuvres équitablement distribuées et accessibles aux marchés domestiques, à un large public enclins à s’accommoder aux biens ou services culturels et artistiques. 

Mais, la Convention 2005 admettant parallèlement le droit souverain des nations, au lieu de profiter d’un contexte sociopolitique en effervescence, l’État algérien pianotera au contraire sur les vieux réflexes protectionnistes pour faire valoir les dangers de la mondialisation ou cultures dominantes et globalisantes. İl encouragera les traitements préférentiels, cela tant au niveau des postulats que de la sélection d’ “experts nationaux” (6), convoqués à l’Atelier de formation étalé du 04 au 07 novembre 2019 (7), cela avec d’autant plus d’assiduité que l’Algérie n’a pu fournir en 2017 de compte rendu viable, faute d’impétrants maîtrisant la complexité de la tâche (8). Pourtant, il nous semble que, docteur ès sciences de gestion en politique et management culturel, Ammar Kessab pouvait positivement intervenir au titre de spécialiste. Son exclusion à l’élaboration d’un tel examen s’explique sans doute parce qu’il critique ouvertement les directives du ministère algérien de la Culture, l’exhorte à ne plus s’impliquer en tant qu’appareil coercitif mais comme facilitateur de projets artistiques à adopter en dehors des immixtions et réflexes hégémoniques scellant la pluralité de l’expression-création au bénéfice de la vocation touristique d’un patrimoine à folkloriser. 

L’ensemble des intentions convergent nettement vers cette attention depuis l’apparition au ministère de la Culture de Nadia Labidi (mai 2014), laquelle, soit dit en passant, sapera délibérément la reconversion des Abattoirs d’Alger en espaces d’art contemporain. C’est en sa présence que Samia Chergui, la directrice de l’École nationale de conservation-restauration du patrimoine des biens culturels (ENCRBC), paraphait dès février 2015, en compagnie aussi de Danielle Tartakowski (rectrice de l’Université Paris-8), le troisième volet (9) d’un vaste partenariat. Concentré sur la préservation et valorisation du patrimoine, il soumettait d’urgentes mesures de sauvegarde (10) et des échanges scientifiques, induisait des chantiers-écoles et l’introduction d’outils assurant l’inventaire méthodologique des biens culturels matériels ou immatériels, leur numérisation et documentation. Les deux perspectives poussaient alors au déblocage d’une enveloppe de 24 millions d’euros (11), somme permettant de répondre positivement aux causalités prouvant que l’Algérie souffrait d’un manque d’encadrement pédagogique, de méconnaissances au stade de facultés dans l’impossibilité de transmettre un quelconque intérêt aux étudiants. 

Dès lors, faire de la muséologie une étude à part entière là où n’existait aucune transmission conservatoire devenait l’obsession génitrice autour de laquelle se greffera une panoplie d’initiatives voulues dans le cadre de la sensibilisation des Algériens aux legs immémoriaux. 

La première classe de l’École nationale de conservation-restauration du patrimoine des biens culturels (ENCRBC) sortie en juin 2015 (12) put ainsi profiter d’un accompagnement technologique garanti par l’Université Paris-8, structure au niveau de laquelle, chargée de la classe des masters, la médiatrice Bernadette Dufresne (13) chapeautera un laboratoire d’excellence (dit Labex) à l’origine du logiciel “Patrimoine du Maghreb à l’ère du numérique” (14). La promotion du patrimoine par des outils digitaux (15) fera en avril 2016 l’objet d’un colloque incitant des start-up numériques à escorter le tourisme de masse. Le mois suivant, la délégation de l’Union européenne en Algérie concourait à la réussite de la monstration Constantine, regards croisés, patrimoine et culture (16) pixélisée en regard à la deuxième résidence euro-algérienne de photographes (17). 

Y assistait Zouhir Ballalou, le directeur du programme d’appui à la protection et valorisation du patrimoine culturel, coordinateur d’une entreprise impliquant, hormis le tourisme, l’environnement, l’agriculture, l’habitat, l’hydraulique, les travaux publics et les transports. Chaque affiliation engageait une série de coopérations intersectorielles avec des pays de la rive sud de la Méditerranée assistant les codex, corpus et capacités de l’intervention patrimoniale (18). D’une durée de quatre ans, le programme “Med Culture” concernera en Algérie 500 récipiendaires (architectes, archéologues, conservateurs ou gestionnaires) comme du reste les 12 wilayas et 18 associations qui recevront des subventions (19) remises par l’Unité du programme d’appui (UAP) de l’Union Européenne (20). 

En mars et avril 2016 démarraient six cycles d’apprentissage liés au classement des recueils ou répertoires mobiliers (notamment des musées) puis des archives cinématographiques et photographiques (21). Les prérogatives du programme “Patrimoine” s’étendaient au catalogue filmique (au cause notamment du fonds visuel de la cinémathèque en état avancé de dégradation), cela conformément au chapitre “Euromed audiovisuel” (22). 

Dénommée Patrimoine à la Une!, une réunion internationale sur le traitement médiatique de la Culture (23) se tenait à Alger le mardi 18 décembre 2017 afin d’identifier les priorités d’autres protagonistes, de synthétiser les expériences de journalistes locaux et étrangers écrivant des papiers ou couvrant des reportages sur un patrimoine à interpréter comme vecteur émancipatoire du tourisme alternatif. En visite à Tipasa, la ministre Meriem Merdaci plaidait le lundi 15 avril encore en faveur de la valorisation du patrimoine culturel et avertissait à Alger que le lancement des festivités du périodique “Mois du patrimoine” (du 18 avril au 18 mai 2019) serait couplé à la thématique “Sécuriser le patrimoine culturel”, sujet phare mis en exergue au moment même où le Programme d’appui à la protection et valorisation du patrimoine culturel touchait à sa fin. 

Le bilan global du 24 avril 2019 se déroulait au “Royal Hôtel MGallery” d’Oran en présence d’associations (celles subventionnées) impliquées dans la sauvegarde (par numérisation ou non) des traditions orales et musicales, des métiers, des vieux bâtis et maçonneries de terre, des matériaux documents ou manuscrits anciens ou de la construction vernaculaire (24). C’est au moment du séminaire décidé le mardi 18 juin au Centre international de conférences d’Alger (CİC) que seront vraiment déballés les résultats de la grande collaboration culturelle, la plus importante jusque-là exécutée entre l’Union 

Européenne et une contrée de la Méditerrané. Nonobstant, lorsque nous voudrons connaître les détails de la gestion quinquennale ou sous quelle(s) forme(s) allait se proroger la collégiale entente, la Délégation de l’Union européenne installée à Alger fera la sourde oreille. İmpossible donc de savoir les noms des heureux élus, les montants perçus individuellement (25). Toujours était-il que l’argent investi le fut aux dépens de la récupération des indices majeurs (toiles, courriers, photos, etc…) indispensables à la précision séquentielle de l’historiographie artistique, point nodal d’une préoccupation très éloignée de celles d’une incompétente ministre de la Culture. 

Avec l’envoyé du ministère des Affaires étrangères et de l’ambassadeur de la délégation de l’Union européenne en Algérie, elle honorait le mardi 18 juin, au Centre international de conférences d’Alger (CİC), l’ultime cérémonie de clôture regroupant tous les opérateurs de terrain (26). Viatiques humains du tourisme culturel, ils bornaient des accords diplomatico-protocolaires que Meriem Merdaci poursuivait en vertu de l’impérieuse valorisation des vestiges culturels (27). Suppléée par son homologue des Finances, la Constantinoise convenait au début du mois de juillet 2019 d’un accord autorisant les artistes à facturer leurs prestations sans être obligatoirement en possession d’un registre de commerce (28), une bouffée d’oxygène qu’amplifiera ensuite le Conseil national des Arts et Lettres (CNAL). Son président Salim Dada précisait le samedi 01 juin 2019 que, délivrée en 2015, la carte d’identité professionnelle des artistes fut attribuée à 10.690 demandeurs, avançait qu’un nouveau canevas d’obtention allait bientôt voir le jour de manière à adopter un « traitement plus strict des dossiers », une rigueur et objectivité conciliées à l’élargissement de la nomenclature des métiers (29). Les détenteurs dudit document auront ultérieurement droit à un numéro d’identification fiscale (NİF) à même de dissiper les confusions entourant les prestations d’artisans à distinguer des artistes. À cet effet, ces derniers pourront prochainement signer des contrats avec des compagnies d’assurances, un arrangement que Meriem Merdaci annonçait juste avant son brusque remplacement intervenu le 21 août. La démissionnaire passait ce jour-là le bâton Hassane Rabhi. Joignant les éléments de langage à la future échéance électorale (Présidentielle du 12 décembre 2019), l’apparatchik souhaitera instaurer “la culture positiviste” au détriment de celle dite “négativiste” semée par certaines parties volontairement démoralisatrices. İl s’inscrivait « Dans la continuité de ce qui a été effectué» (30) afin de diriger les financements sur le renforcement de la formation, des rapports entre patrimoine culturel et éducation (formelle et informelle), c’est-à-dire sur des axes soumis lors de la réunion annuelle des Centres régionaux du patrimoine culturel immatériel ouverte le 10 septembre 2019 à Alger (31). Le professeur Slimane Hachi (directeur général du Centre régional pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en Afrique -CRESPİAF) parachèvera l’ensemble des projets inscrits au registre de la patrimonialisation de l’action culturelle et artistique. 

Prégnante sous les mandats de Nadia Labidi (mai 2014-2015), d’Azzedine Mihoubi (mai 2015-mars 2019), de Meriem Merdaci (avril-août 2019) et d’Hassane Rabehi (août 2019- janvier 2020), cette intensification relevant de la transmission et communication patrimonialo- touristique polarise des clauses entérinées au stade de lignes directives sous-tendues du côté des Vrais décideurs. Aucun des quatre factotums ne fut coopté sur un programme personnel précis, selon une vision et réflexion paradigmatiques en mesure d’insuffler un changement qualitatif notable, mais seulement d’après leur aptitude à s’en tenir à des aspects juridico- administratifs et données technico-financières bouclés au stade supérieur en concertation avec les missi dominici de l’Union Européenne (UE). 

İl en sera de même pour Malika Bendouda, laquelle insistait le lundi 10 février 2020 sur la valorisation des sites archéologiques et historiques. Les instructions qu’elle dévoilera à El Ma Labiod (32) stagnaient depuis longtemps au centre de toutes les préoccupations inhérentes à la relance du tourisme culturel et les autorités locales étaient incitées à accorder « davantage d’importance aux différents sites archéologiques, (à) les ouvrir aux citoyens en vue de créer une industrie culturelle et touristique » (33). 

D’une capacité de 20.000 litres d’huile d’olive, la restauration du pressoir romain de Berzguel sera accélérée, comme celle de la maison de Malek Bennabi (située au centre-ville de Tébessa) à transformer en musée puisqu’il « faut un plan pour sauver notre patrimoine culturel» (34), soutenait le 20 janvier 2020, au Salon du livre de Tizi Ouzou, Abdelkader Bendamèche. Le directeur de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) animait alors une rencontre placée sous le thème “Le patrimoine musical algérien à travers l’écriture”, se plaignait à l’occasion de la déperdition d’un bien ancestral menacé par des pays voisins et appelait à le sauver via un plan Marshall. Selon lui, la société algérienne aura vécu le néant pendant 10 ans de terrorisme et la double décennie des Bouteflika, une période de régression pendant laquelle il servira pourtant le régime en place (35). Ce commis de l’État pousse aujourd’hui les jeunes à « concrétiser au maximum les promesses du Président Abdelmadjid Tebboune, à prendre en charge l’expression de leur vraie histoire, à travailler le vrai patrimoine algérien » (36). Dès son arrivée à la tête de l’AARC, il diminuera la dimension internationale préconisée par Mustapha Orif, condensera les activités vers une mission patrimonialo-mnémonique et au profit d’artistes endogènes dorénavant plus visibles que ceux de la diaspora. Démagogue quand il argue pouvoir « réaliser des choses même sans argent s’il le faut.» et populisme lorsqu’il prétend « répondre aux priorités de la société algérienne » (37), le musicologue recentre les écoutes sur des représentations dédiées à la chanson chaabi ou bédouie, c’est-à-dire en direction de ses violons d’İngre. 

La personnalisation affichée par le septuagénaire contraste avec les ambitions pluridisciplinaires d’un organisme dont on n’arrive toujours pas vraiment à appréhender l’utilité et diversifications. Compensant la perte de son rôle de producteur de films (mission désormais allouée au CADC), il se contentera d’encadrer en octobre 2019 l’édition liminaire de “Ciné-Sud” ou la “Journée du court métrage et documentaire” (38), suivra de loin des assises nationales du cinéma (39) où Malika Bendouda déclarait d’emblée que « parler de (sa) promotion, c’est aborder la question des capacités humaines qualifiées », celle du savoir- faire d’opérateurs à considérer comme le socle de la production, distribution et exploitation. En les mettant en exergue, elle ciblait la formation, volet devenu à ses yeux également prioritaire, ce que démontrait la présence cumulée des ministres du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale puis de la Formation et de l’Enseignement professionnels (40). Elle témoignait que les moyens pécuniaires encore disponibles reviendront d’abord aux assistants non diplômés (41) et à l’apprentissage des jeunes. 

La relève potentielle se retrouvera ainsi embarquée au cœur d’un secteur que phagocyte depuis plusieurs décennies une bureaucratie policière accaparée à minimiser l’octroi des licences ou visas d’exploitation, à bloquer la communication d’appels d’offres annonçant un projet à venir, à réduire les mécanismes d’encouragement aux courts, moyens et longs métrages, à censurer ceux projetant une vision sociétale en décalage avec la bienséante tradition arabo-musulmane ou une approche critique de la Guerre de libération nationale. La volonté réfléchie et manifeste de casser un déjà-là cinématographique prometteur, de livrer à des pseudos investisseurs privés, et ensuite à des Assemblées populaires communales (APC) ou collectivités locales truffées d’islamo-conservateurs, des salles obscures détournées de leur vocation, vendues ou abandonnées, aboutira d’une part à saper les énergies de scénaristes déconsidérés puis esseulés, et d’autre part à la loi de 2011 verrouillant une industrie toute acquise aux fresques budgétivores accordées à des réalisateurs étrangers interpellés à la barbe de locaux. 

Beaucoup d’entre eux bouderont les trois jours du rendez-vous (09-11 février), le jugeront peu probant vis-à-vis de promesses passées perpétuant les marasmes d’un septième art pourvu annuellement de cinq films. Les taxes d’importation de matériel découragent les plus téméraires désormais inscrits aux abonnés absents lorsqu’il s’agit de prononcer un quelconque point de vue sur un champ en ruine devenu le succédané des termes “Plateaux ou autorisations de tournages” puisque coupés des circuits de distribution, les protagonistes y circulent en rond. Le désenchantement les oblige à passer les obstacles d’une espèce de parcours du combattant, digne de celui que suivrait un commando militaire, et renseigne sur le caractère inhibiteur d’un régime de la mamelle refusant d’octroyer à chacun l’opportunité de s’autonomiser économiquement (42). 

La corporation ici concernée ne supporte plus les contrôles systématiques, les dérives du Fonds national pour le développement de l’art, de la technique et de l’industrie cinématographique (FDATİC) ou le népotisme des membres de la commission de lecture sournoisement incités à favoriser une connaissance dotée d’un financement doré miraculeusement extrait des tiroirs-caisses. À ce stade, omerta et connivences règnent en maîtresses tant la transparence n’est pas légion chez des administrateurs rompus aux modalités cul-de-sac et mainmises actées sur des antiennes prorogeant les logiques du statu quo politique. Tous les pôles artistiques sont restés entièrement dépendants du bon vouloir de tutelles sans inspirations parce que justement uniquement à l’écoute de plans d’actions formulés à l’échelle des Hauts comités bipartis (souvent algéro-français), ceux préconisant d’attirer les voyageurs vers les sites archéologiques ou historiques, de relancer le tourisme culturel, d’édifier une cité du cinéma à ce jour fantomatique ou de multiplier les multiplex. Face à de tels vœux pieux, auteurs et créateurs se méfient des effets d’annonce et il en sera ainsi lorsque Malika Bendouda divulguera au conseil des ministres du 23 février 2020 sa stratégie sur “le développement du secteur de la culture et de l’industrie cinématographique”. L’exposé détaillait une dynamique de diffusion insufflant l’augmentation et la diversification de la production (20 films par an), la régularisation de salles aux mains de collectivités locales et généralement hors service. Ce décollage prévisionnel déclenchera des investissements fonciers (Centre cinématographique), l’octroi de crédits bancaires, d’exonérations fiscales et parafiscales, des incitations capitalistiques qui, alléguera péremptoirement Abdelmadjid Tebboune, contribueront « au renforcement du patriotisme des Algériens, du sentiment de fierté à l’égard de l’Algérie et de son histoire, toute entière »

Parier sur un cinéma commercial, c’est, ajoutait-il, aller « vers le rayonnement culturel de l’Algérie à l’échelle mondiale en tant que meilleur moyen face à l’invasion culturelle» (43). En phase avec la fièvre nationalo-protectionniste du premier magistrat du pays, Malika Bendouda lancera un prix national de théâtre à célébrer chaque “Journée mondiale de l’enfance”, proposera son accessibilité à l’art scénique, que les théâtres régionaux ou communaux soient restructurés conformément au perfectionnement d’encadreurs incités à apostropher des exilés pour qu’ils constituent « des associations théâtrales, donnent des représentations en Algérie et raffermissent leur lien à la patrie », concluait le chef d’État (44). Au “scoutisme migratoire”, il greffera l’incontournable promotion d’un tourisme culturel lui-même affilié à la valorisation des sites historico-archéologiques et à l’amélioration des services du commerce culturel. 

C’est là, la preuve de « La bonne volonté politique du nouveau chef d’État qui avec son gouvernement s’efforce de promouvoir (…) l’entrepreneuriat culturel au profit des artistes et créateurs, de leur rôle et statut sociaux, d’espaces dédiés à la friche industrielle et aux espaces libres », certifiera à la suite Salim Dada (45). Usant de superlatifs, le secrétaire d’État à la Culture saluera opportunément, le jeudi 13 février 2020 à l’Unesco, « La vitalité créative des artistes du Hirak (car) on ne peut qu’être admiratif face à la diversité des expressions culturelles et artistiques qui accompagnent chaque vendredi les marches et manifestations pacifiques du peuple, à travers une floraison de chants, musiques, danses, dessins, caricatures, théâtre de rue, slogans rimés et photos insolites, vidéos montées, textes littéraires et d’autres revendications libres, créatives et polymorphes ». 

À la lecture de ses emphases reprenant, la veille du premier anniversaire de la “Révolution du Sourire”, nos recommandations du 02 avril 2019 (46), le soudain intérêt accordé à la production culturelle, en tant que facteur identitaire et économique, relevait plus de la communication que de la ferme intention, ou capacité réelle, de résoudre un lourd passif plombant les options individuelles. Postée conjointement à celle de Malika Bendouda, la feuille de route de Salim Dada (également validée par le Parlement et le gouvernement lors du récent Conseil des ministres) répond au schéma entrepreneurial couvrant la période 2020- 2024. 

Elle assure sursoir aux difficultés que rencontrent continument artistes, écrivains, chercheurs, techniciens ou acteurs culturels, améliorer leur situation au niveau de la législation, droits moraux ou vécus socio-professionnels. Abandonner l’aspect quantitatif au bénéfice de la « qualité du produit culturel», attester de la liberté des expressions littéraires et esthétiques, susciter le goût artistique à travers l’accoutumance visuelle, l’essor du marché de l’art ou des plateformes numériques, voilà les options louables induisant la révision de textes législatifs propres à la gestion des foyers culturels. Les reconsidérations structurelles obligeront à changer toutefois les statuts de l’actuel Musée d’art contemporain d’Alger, les ordonnances relatives à la réglementation restrictive des galeries d’art, cernant le livre, le cinéma, le théâtre, bref tous les secteurs souffrant des oukases et injonctions politiques. Faudrait-il encore apprendre à se détacher des concordances zélées. 

İnaugurant le jeudi 27 février 2020 le Salon de Boumerdès dédié aux produits du terroir, le secrétaire d’État Salim Dada insistait sur les aspects économico-diplomatiques d’une culture à saisir en tant que vitrine de l’Algérie à l’étranger, un angle de réception qui « tire son inspiration du programme du Président» (47). 

Conformer les préoccupations des protagonistes à une réflexion supposée venir d’Abdelmadjid Tebboune, c’est se conformer au planning des restrictions budgétaires imposées depuis 2016, à fortiori convoquer d’autres ressources (mécénat, sponsoring), impliquer le Forum des chefs d’entreprise (FCE), interpeller des nababs et collectionneurs de la thésaurisation artistique, tisser des liens interactifs contournant les marasmes, astreintes ou vindictes autoritaires. Or, auteurs et créateurs pourront engager une procédure en ligne, récupérer leur numéro d’identifiant fiscal au niveau de la Direction des impôts, vendre, acheter, soumissionner et exporter légalement des œuvres, user donc des avantages afférant à la carte d’identité artistique (délivrée normalement à la fin du mois de janvier 2020) que lorsque seront réunies «les conditions de l’octroi » . Celles-ci auront entre temps changé puisque, avisera Salim Dada, «Ce ne sera pas une évaluation se basant sur un dossier administratif, il va y avoir des auditions et des rencontres, les artistes seront ainsi appelés à se présenter face à une commission. » (48). 

Alors que leurs conditions de vie et de travail devaient s’améliorer grâce aux acquis socio-professionnels (protection social, ancrages juridiques), voilà que de latentes restrictions refont surface, relancent les vieux réflexes castrateurs. Ceux-ci touchent directement aux transferts d’argent, aux libertés de la personne artiste car derrière son épanouissement tant plébiscité, se cache en fait l’interrogation majeure et fondamentale : qui est vraiment artiste- créateur ? Ce concept, le producteur Belkacem Hadjadj l’agrégera à « La volonté politique (qui) n’existe pas à nos jours pour libérer le secteur. La volonté politique ce n’est pas qu’il y ait des films sur la guerre d’Algérie, mais qu’il y ait de l’art ! Le président de la République a, certes, émis le souhait de développer le 7e art, mais pense-t-il au cinéma comme un art ? Ou autre chose ?» (49). Lorsque le long métrage Papicha, qu’il défendait, fut récompensé à la 45° cérémonie des Césars télévisée le vendredi 28 février 2020 depuis Paris, le chef de l’Exécutif revenait tout juste du royaume d’Arabie Saoudite. İl ne félicitera pas Lyna Khoudri et Mounia Meddour (50), les récipiendaires respectives du prix du meilleur espoir et meilleur premier film (51), ne verra pas davantage une œuvre plongeant le spectateur au cœur des rêves de Nedjma, jeune étudiante de la cité universitaire d’Alger qui, la nuit tombée, s’en échappe pour rejoindre la boîte de nuit où elle écoule des robes vendues à des “papichas” de la nomenklatura, afficionados d’un défilé de mode organisé après nombre embûches. 

La déambulation sexuée du corps de la femme renvoie à un sujet tabou en Algérie, d’où le bannissement expliquant, par extension, celui d’une censure locale d’autant plus anachronique et burlesque que le DVD en vente depuis le 03 mars sera probablement apprécié à grande échelle. En notifiant, au Conseil des ministres du dimanche 23 février, que « la relance de l’industrie cinématographique vise à encourager l’investissement dans les studios de production en octroyant toutes les mesures incitatives aux professionnels, notamment le foncier et les crédits bancaires », Abdelmadjid Tebboune laissait entendre avoir pris le pouls de la température ambiante. Mais, « a-t-on vraiment la même vision des choses ?», s’enquerrait donc vingt-quatre heures plus tard le président de l’Association des producteurs algériens de cinéma (APAC) habilitée à « dire d’une seule voix qu’un plan Marshall pour le cinéma est plus qu’urgent» (52). L’animateur de la conférence, tenue à la Cinémathèque algérienne, brossait le tableau noir d’un biotope visuel à reconquérir au bénéfice des publics, notamment du plus juvénile, et à extraire de l’assistanat étatique. Beaucoup désirent s’émanciper de cette dépendance, préconisent plutôt le soutien des opérateurs économiques et des banques, exigent des mesures financières conjuguées à l’exonération des taxes, de revoir la loi 11-03 du cinéma et le statut des techniciens, d’écourter la durée de délivrance du visa d’exploitation (soixante jours minimum), de dénouer la commission de visionnage. Les avis interlopes de ses procureurs impactent directement la liberté de création, particulièrement quand elle enjoint qu’un film de guerre acquiert préalablement le blanc-seing d’un ministère des Moudjahidine prompt à mettre des bâtons dans les roues dès lors que les séquences ignorent les leitmotivs ultra-patriotiques supposés en faire un instrument de propagande. En refusant de couper certaines scènes de son Ben M’hidi, Bachir Derraïs se confrontera aux strictes frontières idéologiques d’Azzedine Mihoubi, le chantre des rationalisations budgétaires abaissant drastiquement les coûts de fonctionnement après les abondances sonnantes et trébuchantes des années 2000 (53). Son Printemps des arts agencé en trompe du 05 au 12 mai 2018 au palais de la Culture Moufdi Zakaria démontrera que la méthode Coué ne peut remplacer les sérieuses introspections à mener au sein d’un champ artistique l’éthique de singularité n’est pas captée consubstantiellement à la notion controversée de transgression. 

Les subversions iconiques des créateurs ou émergents ne rencontrent pas l’adhésion de gardiens du temple férus de présupposés idéologiques et des polémiques politico- diplomatiques. 

Pour avoir participé, avec son film À mon âge je me cache encore pour fumer, à un festival israélien, la réalisatrice Rayhana Obermeyer (54) fut accusée de vouloir concilier des relations culturelles entre Alger et Tel-Aviv, voire d’inciter les femmes à adopter des comportements contraires aux us et coutumes en vigueur en Algérie, une contrée au sein de laquelle « Tout le monde attend de voir si politiquement on va changer » (55), si donc le “Hirak” amorcé le 16 février 2019 allait se métamorphoser en véritables changements. 

Sur les ondes de la radio parisienne “Europe 1”, Benjamin Stora l’apparentait, le dimanche 26 janvier 2020, à une “Révolution” parce qu’il « montre une direction, gage d’un dépassement : de la libération de la parole ». Convié un mois plus tard, cette fois par “France-İnter”, à débattre autour du thème “Hirak en Algérie, où en est le soulèvement”, l’historien réitérait une conviction que partageront le politologue Naoufel Brahimi El Mili et le journaliste de Jeune Afrique, Farid Alilat. Ce jeudi 27 février, les trois hôtes (56) corrélaient ledit sursaut non pas aux « Éclairages et dénonciations de certaines élites (…) en phase avec une majorité aujourd’hui mieux préparée, plus réceptive et assurément disposée à la rupture » (57), mais au règne d’un Ubu Roi ne faisant en réalité que parachever le fiasco enclenché à l’İndépendance. 

Répliqué, notamment du côté de nombreux interlocuteurs, le raccourci calendaire laisse croire que les dévoiements modernistes des champs politique, économique, culturel et artistique reviennent aux fossoyeurs des deux dernières décennies alors que les prémices de la décrépitude se trouvent d’abord au stade du Programme de Tripoli, de l’anti-cosmopolitisme de scribes préconisant d’ériger de facto la clôture-rempart immunisant l’Homme nouveau des habitus coloniaux et visées impérialistes, de confier les germinations de l’ “algérité” à des islamo-conservateurs convoquant les palliatifs du retour aux sources, ceux que s’accapareront ensuite, en vertu des temporalités de l’Açala (Authenticité), des fous de dieux encrant et ancrant les racines sanguines du dogmatique dans l’innommable. Face aux ravages de la bête immonde, des chaos perpétrés par leur propre créature, les maîtres des lieux recourront à l’appel du Zaïm providentiel, tireront de sa retraite marocaine Mohamed Boudiaf, assassineront ce combattant de la mafia-politico-financière et finiront par s’en remettre au laudateur Bouteflika, monarque absolu d’une cour de thuriféraires roulant carrosse et les Algériens dans la farine. La réponse à donner reste par conséquent celle de savoir avec quoi la majorité d’entre eux est, hic et nunc, vraiment prête à rompre ? 

Au départ libre, l’escargot (“entêté” selon Rachid Boudjedra) se serait ensuite encombrer d’une coquille, asserte un proverbe kabyle. Alors, de quels poids doivent se délester les descendants des “Barbaresques”, que leur faut-il lâcher pour modéliser leurs modernités ? Celle inhérente à l’art et la culture ne se révèlera que si les impliqués engagent un véritable aggiornamento, une mise à jour des antiennes ou poncifs inhibiteurs et déviateurs. 

Affublé des casquettes de poète, peintre et critique d’art, le journaliste Ali Hadj Tahar balisera, le mercredi 26 février, un réajustement historique. Depuis la rédaction des ouvrages La Peinture Algérienne, les Fondateurs et La peinture algérienne, Abstraction et Avant- garde, ce récurrent employé du ministère de la Culture tente de dépoussiérer les arts plastiques de leurs lourdeurs aperceptives, ce qu’il fera aux rencontres hebdomadaires le “Mercredi du verbe” (58) en avançant d’entrée, et avec raison, que « la peinture algérienne n’est pas née ex nihilo (de rien) ». Ses origines remontent à « l’aube de l’humanité (…) depuis les fresques et gravures du Tassili, se sont succédé sur ces vastes territoires situés au carrefour de l’orient et de l’occident, de l’Afrique et de la Méditerranée : numides, puniques, maures, vandales, romains, arabes, ottomans, etc.» (59). S’il reconnait la notion de confluence, le brassage culturel, les strates successives de l’art en Algérie, le conférencier répétera néanmoins la bienséante grammaire officielle, notamment lorsqu’il abordera les années 1920, attestera que les artistes de l’heure étaient « les fondateurs de la création plastique contemporaine. Grâce à la fraîcheur de leur langage pictural qui marquait une rupture avec l’académisme jusque-là imprimé (…), ces artistes, venaient en fait d’introduire la modernité dans l’art pictural algérien » (60). Non, sûrement pas ! La modernité picturale les Algériens musulmans la doivent au transfert de l’éthique de singularité sur le sol algérien. Cette réalité demeurera imprononçable en Algérie tant qu’y agiront les partisans de la repentance à tout prix, ceux exigeant que la France fasse pénitence ou amende honorable, s’excuse des fautes passées, des actes de contrition sur lesquels insistent régulièrement les procureurs autoproclamés du pardon mnémonique. Adaptant ses débats à la future révision constitutionnelle récemment annoncée par Abdelmadjid Tebboune, le Forum de la Mémoire, fidélisé par El Moudjahid, donnait, le même mercredi 26 février, la parole à l’ “Association Machâal Echahid”, chantre de la protection des symboles de la Révolution, monuments historiques et constantes nationales. C’est à ces titres qu’elle s’apprêtait à faire insérer au sein de la première mouture de la loi fondamentale des articles sanctifiant les sacrifices de combattants ou chouhada. Fatma Zohra Benbraham pointera alors le doigt en direction d’une France cherchant « à plonger dans l’oubli, l’opinion publique, sur ses crimes commis en Algérie», l’accusera de semer le doute, de travestir les actes de braves Moudjahidine, de remettre en cause des évènements historiques, de maltraiter une Armée de libération nationale (ALN) à mythifier. Or, martèlera la juriste, «il n’est pas question de fermer les yeux sur les personnes qui nuisent au passé de l’Algérie. La France fait des efforts pour effacer la traçabilité de son existence sur le sol algérien » (61). Venant d’une personne niant la présence de prisonnier politique en Algérie, ce réquisitoire mérite quelques correctifs relevant des querelles entourant les enjeux de mémoires. 

Le 13 février 2020, nous postions sur notre mur Facebook une photographie (prise il y a plus d’une décennie) montrant au premier plan le petit bassin de l’École des Beaux-Arts d’Alger, au second les deux sculptures de Paul Belmondo et au troisième, pratiquement au milieu du couple mentionné (œuvres du père d’un célèbre acteur), une ronde-bosse. Déposée à l’extrémité du préau, celle-ci passe, la plupart du temps, inaperçue. Pourtant, elle a été ciselée par un artiste nanti de multiples récompenses et commandes. Qui est-il ? Qui fut l’un de ses élèves, producteur d’un bas-relief décorant autrefois le haut du sublime cinéma de Bab-el- Oued, “Le Majestic” ? Qui s’appropriera, dès l’İndépendance, son atelier avec l’ensemble des outils abandonnés ? 

Ni blâmables, ni vraiment critiquables, les non réponses qui suivront incombent à des trous de mémoires typiques de la chape historico-psychologique empêchant de reconsidérer, en vertu d’une certaine rhétorique postcoloniale, le déjà-là esthétique : ce passé masqué de “pré-jugés” enterrant les ressorts cognitifs du présent. 

Admis au nom de le sacro-sainte sanctuarisation de la Mémoire nationale, les conditionnements et formatages mentaux révèlent un profond symptôme que maquillent à satiété les révisionnistes patentés de la maxime : « l’ennemi de l’histoire, c’est l’oubli ». Évacuant prestement les dommages intellectifs, ils alimentent leur fonds de commerce d’hagiographies, de simulacres et visions binaires, accusent la France de mettre « documents et archives dans les tiroirs, de les garder hors de portée des mains des chercheurs pour dissimuler (…) sa politique nocive en Algérie ». Profitant de l’expiration du délai de conservation des documents secrets relevant des explosions nucléaires de Reggane, l’avocate Fatma-Zohra Benbraham s’acharnera sur l’ennemi d’hier qui « cachait ce dossier, en recourant à une politique de propagande» et commettra un « génocide contre des innocents civils, un crime contre l’humanité» (62). La constante exploitation des griefs lui évitait de relier les dommages aux extractions implosives du gaz de schiste ou fracturations hydrauliques. Elle préférait de loin remettre sur le gril des opérations militaires sur lesquelles reviendra, du 24 mars au 24 avril 1997, le plasticien Ammar Bouras. 

Le propos de sa monstration arborée au Centre d’art contemporain “Espaco” (l’espace d’El Achour est aujourd’hui fermé) ne relançait pas la polémique mais grossissait plutôt les traits de la responsabilité des deux États, algérien et français, les accords d’Évian ayant autorisé le dernier à proroger les tirs après l’İndépendance. Les plaçant dos à dos, il attribuait à chacun l’omerta entourant les 13 essais atomiques. Lâchée le 13 février 1960 dans l’atmosphère, la première bombe au plutonium (dite “Gerboise bleue”) causa une profonde fissure dans la montagne d’İn Ekker (localisée dans le Hoggar, à 150 km au nord de Tamanrasset, à environ 1800 km au sud d’Alger). Bien que souterrain, le second test du 1er mai 1962 (au massif granitique Taourirt Tan-Afella) laissa échapper des galeries plusieurs millions de centres radioactives qui contamineront un site devenu une no-zone fantomatique jonchée de fils barbelés, ferrailles, clôtures et barils. Plutôt que d’enfuir les conséquences néfastes des déflagrations ou désagrégations nucléaires perpétuées entre 1960 et 1966, Ammar Bouras s’inquiétera de leurs impacts environnementaux et fera de l’accident de Béryl le point zéro d’une piqûre de rappel mnémonique, d’une anatomie de la transparence, géolocalisée par le cryptogramme-titre 24 3’55’N 5 3’23’E. Muni du code génétique, il craquera les secrets d’État et plantera le décor illustrant les traumatismes de l’après-coups. Photos (moyens et grands formats), sculptures (ou volumes) et vidéos dimensionneront les latitudes et longitudes “topo-logiques” et “topo-graphiques” des souffrances humaines, des corps violentés, pollués et désarticulé, des traces géodésiques du dicible, des tatouages indélébiles que la Main de l’Homme aura incisé au cœur d’un écosystème fragilisé. Aux Lois du plus fort, l’artiste opposait celles de la nature, d’une faune et flore durablement sacrifiées en raison d’expériences sahariennes dévastatrices. İnversement proportionnel aux relents démago-opportunistes de Fatma-Zohra Benbraham, ses interrogations « qu’avons-nous fait, nous Algériens, pour sensibiliser autour de cette zone irradiée ? Comment se fait-il que nous ne sommes pas conscients du danger que représentent cette zone et sa radioactivité, au point que des gens venaient récupérer les tôles et la ferrailles pour construire leurs zribas ? » (63) taraudaient les consciences. 

Pour mieux les secouer, il entreprendra début 2012 un premier voyage au centre de la catastrophe, reviendra à quatre reprises (jusqu’en juillet 2016) sur les lieux du crime, bravera sans autorisation les avertissements (panneaux d’interdiction), barrages potentiels et craintes (risques de contamination), s’inquiétera de la santé des vendeurs de tabac, traversera un paysage dépeuplé à cause de la concentration des particules d’atome, longera les 27 kilomètres de grillage étendu en milieu désertique, filmera en roulant quelques-unes des 270 plaques de signalisation (écrites en arabe et français), constatera la prégnance des stigmates sans délivrer de messages militants ou revendicatifs. Son engagement désintéressé se contenter de dire qu’il n’est qu’un « artiste contemporain qui travaille sur ce qui le touche ou le bouleverse dans le monde d’aujourd’hui » (64), séquençait simultanément l’absurdité d’humains grimant le cataclysme des vocables émeraude, rubis et saphir. Évoquant la beauté brute, minérale, éclatante et irradiante des pierres précieuses ou du “Grand-Sud”, la terminologie choisie servait délibérément à cacher la plaie béante d’un dispositif guerrier tellement peu dissuasif que des populations riveraines sans protection ramasseront sur le territoire aride les tôles détritus, déchets métalliques ensablés et abandonnées pêle-mêle. Livrés à eux-mêmes, ces campeurs d’infortune sont aujourd’hui défendus par des activistes réclamant à la France le versement de compensations financières. 

Les rentiers de la morale mémorielle, des représentations antagonistes et simplistes, des injonctions centralisées et vérités politico-historiographiques ne font pas dans la nuance lorsqu’ils recourent à la réparation publique, clament à ce titre un devoir de rédemption à admettre à l’égard des “Damnés de la terre”, de préjudices d’État à expier par des messes symbolico-victimaires. En admettant dernièrement que Maurice Audin était, en 1957, effectivement « mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France», Emmanuel Macron remettait les pieds dans les sables mouvants du récursif “Devoir mémoriel”, sans pour autant faire acte de repentance, probablement de peur de relancer une polémique exacerbée en février 2005 lorsque le gouvernement Chirac s’empêtrait en terrain marécageux après avoir glissé l’article approuvant les « bienfaits de la colonisation » en Algérie. Pendant la campagne présidentielle de 2017, le marcheur-candidat s’empressera de déclarer, en février à Alger, que l’expansionnisme dominateur avait été un «crime contre l’humanité», que la France «devait présenter ses excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avions commis ces gestes». Le volte-face accusateur irritera tellement l’électorat de droite et les nostalgiques pieds-noirs, que le désormais chef de l’Exécutif corrigera le tir le 06 décembre 2017, lors du liminaire déplacement à Alger. Son jeu d’équilibriste consistera alors à honorer les victimes de la lutte de libération au Maqam E’chahid (Mémorial du martyr) tout en se démarquant des “embrouilleurs” ou boutiquiers du roman national le sommant de rester “l’otage du passé”

Ses déclarations sur la Shoah, et les supposés rapprochements avec la Guerre d’Algérie (65), raviveront une controverse que minimisera le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian assurant le dimanche 02 février 2020 que « La question qui se pose dans les relations entre la France et Algérie sur la mémoire, la manière dont les uns et les autres avons vécu ce conflit, reste là. Et il faudrait que nous ayons ensemble un travail de mémoire » (66). Les scribes de la besogne scripturale examineront des faits historiques souvent instrumentalisés à des fins politiques ou politiciennes, s’attèleront à les vérifier en commun, un échange de bons précédés qui ne suscite cependant pas l’enthousiasme de chercheurs algériens plaidant en faveur d’une lecture spécifiquement nationale. Marqueur de la relation algéro-française et des disputes mémorielles, cette propension distinctive qui tend à « Faire exister un contenu authentiquement » (67) s’est étendue au domaine de l’art, au point que se multiplieront les expositions d’artistes cultivant la thématique de l’héritage patrimonial immatériel et matériel. Depuis le début de l’année 2020, on en dénombre plus de dix. 

Baptisée İnspiration, celle de Fatma-Zohra Bouaouni agençait du 20 février au 10 mars 44 tableaux à la galerie d’art de l’Opéra d’Alger “Boualem-Bessaih”. Puisant dans le creuset de ses origines chaouies et blidéennes, l’autodidacte (juriste de formation) rendait hommage à la femme algérienne, cette « gardienne de notre riche patrimoine dans toute sa diversité (…) qui porte l’instinct de survie, assure le transfert aux générations » (68). Le samedi 22 février, 13 artistes venus des quatre coins du pays récidivaient (jusqu’au 15 mars 2020) la même réflexion à la galerie “Le Paon” (fondée en 2018 au niveau de l’Office Riadh- El Feth). Arrivé du Sahara, le peintre Nouicer Nadjem acclimatait la Lumière d’Algérie (titre de la représentation) à la richesse et diversité culturelles de sa wilaya, esquissait les silhouettes des hommes bleus ou Touaregs pendant que d’autres configuraient des percussionnistes (karkabou), le visage d’une femme targuie, une Algéroise en haïk, les ruelles de la Casbah et la baie d’Alger. La gérante Amel Mihoub relevait que, « avec le temps, (…) de plus en plus de personnes et d’artistes s’intéressent au patrimoine » (69), célébraient ses polysémies architecturales, s’en tenaient en somme à la co-planification (algéro-européenne) culturelle ventant la préservation du legs séculaire, une préoccupation que la galerie “Mohamed Racim” d’Alger mettra en relief avec Sid Ahmed Hamdad et Hamri Abdelkrim. Le premier (ingénieur en hydraulique) y exhibait les œuvres Femme au haïk, La quête de l’eau dans l’Atlas (toile primée en 1997 lors du 8e Festival des arts plastiques de Souk Ahras), Les écuries de Meknès, Promenade champêtre, Halte dans une oasis et Les ruines de Mansoud. Tous ces intitulés renseignent sur le formatage mental d’amateurs ou professionnels prorogeant les poncifs des peintres de l’ “Esthétique du soleil” ou de l’ “École d’Alger”, notamment le paradigme de renouveau dans l’authenticité culturelle que suivait à la lettre l’acolyte de l’Union nationale des arts culturels (UNAC) Hamri Abdelkrim. Celui-ci restituait jusqu’au 26 février l’ El-Djazaïr des Beni Mezghenna, le phare de l’Amirauté d’Alger, les fortifications de Qasr Erriyas (palais des raïs) ou la Manara (minaret) de Djamâa Lekbir (grande mosquée) édifiée à la basse Casbah. 

Réservé à La révolution contée en peinture, le 4e Salon des arts plastiques de Tamanrasset n’échappera pas, fin février, aux identiques rouages patrimonialo-touristiques, la Maison de la culture ayant abrité (hormis une fresque commémorant la “Journée nationale du chahid”) une trentaine de convaincus louant la beauté de l’Ahaggar, de l’oued de Bou-Sâada, ou d’un ksour en terre rouge, les hospitalités de la région ou encore des scènes typiques glorifiant les nomades enturbannés et agenouillés en haut d’une dune juste à l’heure du thé. À Tébessa, le second Salon national de la photographie, inauguré le 08 mars, dirigeait pareillement le focus sur le patrimoine algérien et habits traditionnels, particularisait chaque région du pays, exaltait leurs monuments historiques et prévoyait des sorties touristiques aux sites archéologiques environnant (Porte de Caracalla et Basilique Sainte-Crispine). L’image numérisée ou argentique étant « un moyen de promouvoir le tourisme et la culture » (70) Houria Menaâ, un médecin pneumologue, privilégiait un Voyage à travers la couleur et l’émotion, une itinérance revisitant le patrimoine culturel, des us et coutumes visibles dans une quarantaine de tableaux accrochés durant deux semaines (jusqu’à la fin du mois de janvier) sur les cimaises de l’Opéra “Boualem-Bessaih”. Si l’édifice construit grâce aux Chinois est l’un des écrins culturels de la capitale algérienne, l’espace réservé aux arts plastiques ne se démarque aucunement des imprégnations et clichés néo ou post-orientalistes que la Fondation Ahmed-et-Rabah-Asselah accueillera parfois au sein de son siège d’Alger- centre. 

Parmi les nouveaux lieux de la permission artistique, le plus détonnant sera assurément le Musée d’art moderne d’Oran (MAMO) où la responsable Khadija Benhawa recevait du 07 au 13 janvier (nouvel An amazigh, Yennayer 2970) “Le carrefour des métiers de l’artisanat et des arts”. Burnous en poils de chameau, tissages de M’sila ou Ghardaïa et robes traditionnelles occupaient le devant des stands de l’authenticité patrimoniale recouvrée. L’İnstitut Cervantès d’Oran s’offrait jusqu’au 04 mars le rez-de-chaussée (ou hall) et 1er étage d’un édifice ponctué des médiums et installations de Julio Lozano Pizzano, lequel faisait, Entre mer et terre, apprécier quelques villes sahariennes ou côtières, cela conformément aux ententes protocolaires que des agents culturels entérinent avec délectation pour, par exemple, exporter jusqu’au 15 mars l’art contemporain algérien à l’université Columbia de New York. Bien introduit dans les milieux diplomatiques, la féministe et conceptrice des “Ateliers sauvages” d’Alger (71) Wassyla Tamzali réunira une vingtaine de créateurs établis en Algérie ou à l’étranger. En attendant Omar Gatlato (72), installations, photographies et vidéos 

revenaient sur le vécu de la jeunesse algérienne, ses aspirations après la vague terroriste de la décennie 90 et la récente poussée contestataire née du “Hirak”. 

Reconstruire une identité artistique postcoloniale débarrassée des influences de la culture française, soustraite des imprécations de l’extrémisme religieux et nourrie des exils ou mémoires esthétiques, voilà en somme les singulières modalités auxquelles se soumettrait maintenant la plupart des émergents de l’art contemporain revendiqué. Enjeux mémoriels et mécanismes de reconnaissance occupent l’imaginaire de plasticiens souhaitant sortir de l’enlisement identitaire au sein duquel se sont englués, voire fourvoyés, quelques protagonistes des générations précédentes, cela à l’instar des acharnés de la repentance envisageant pour leur part de créer l’organisme national pour la protection, sensibilisation et défense des victimes. 

S’éloignant des tautologies de l’activisme politique, les artistes en devenir place de préférence le spectateur en situation de réceptivité, lui livrent les lexiques ou signalétiques de ses émotions ou chocs visuels. La mise en condition perceptive nécessite aussi que les acteurs s’extraient de ces traités diplomatiques et archéologies pathogènes néfastes aux innovations du champ artistique. C’est, entre autres, l’objet de cette contribution (73) écrite juste avant les rencontres-débats que devraient (normalement) animer prochainement les membres du Conseil national des Arts et Lettres (CNAL). 

Maintes fois reconduit au sein de celui-ci, Zoubir Hellal Mahmoud a vocation à s’éclipser tant il incarne la versalité et l’aplaventrisme des agents-choof arcboutés au fauteuil de la majoration monolithique. Une même sanction est à convenir envers Dalila Orfali, la directrice du Musée des Beaux-Arts d’Alger qui ne reçoit jamais les doctorants nationaux ou internationaux enquêtant sur les fonctionnements du lieu (74) et d’autre part Nadira Laggoune. Dépourvue de programmes, la directrice du Musée d’art moderne d’Alger (MAMA) navigue à vue et s’en remet souvent aux desseins d’une sous-traitance diplomatique incompatible avec les gratifications symboliques en mesure de certifier de l’émancipation ou déplacement de la figure de l’artiste. À ce stade, il convient de remédier résolument aux effets dévastateurs que génèrent les commanditaires de pactes bilatéraux ou multilatéraux captant toutes les recettes, réglant le pendule sur des procédures ou process contraires aux secousses cognitives à impulser et répercuter au centre de la cartographie artistique. 

La 6ème session du Comité mixte algéro-français de coopération économique (COMEFA) se tenant le 12 mars, il conviendra sans doute de nouer ultérieurement des liens de proximité avec les secrétaires généraux des deux ministères des Affaires étrangères et , surtout, les membres du Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) institué en 2013 qui pilotent le Document cadre de partenariat (DCP) validé le 07 décembre 2017 (pour les années 2018-2022). Aux avants postes de la coopération d’exception, ils confirment les déclarations d’intention en signant des accords dans des domaines variés, débloquent des fonds, moyens et instruments à ajuster aux consultations de ce corps malade qu’est l’expression du sensible. L’impératif de l’heure es de l’éloigner des encartés de la politique culturelle et cireurs de bottes enclins à incuber essentiellement leurs visées égotistes, paranoïaques ou mégalomanes. 

Saâdi-Leray Farid. Sociologue de l’art et de culture
(le 10 mars 2020) 

 

 

(1) Le samedi 28 décembre 2019, la Direction de la presse et de la communication de la Présidence réservait la primeur des communiqués à l’agence Algérie presse service (APS), signalait que les scoops ou exclusivités délivrés via les autres canaux ou plateformes de communication relèveraient d’une volonté délibérée de « tromper l’opinion publique », de diffuser de la désinformation, des fake news ou propagandes mensongères exposant leurs auteurs aux peines prévues par la loi en vigueur.

(2) Centrée sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, elle fut enregistrée lors de la 33e session de la Conférence générale de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (réunie à Paris du 3 au 21 octobre 2005). Ratifié par l’Algérie en 2015, ce traité international affirme que la culture n’est pas une simple marchandise mais un facteur de développement socio- économique, artistes et praticiens professionnels ou amateurs pouvant jouir d’un large éventail d’activités, de biens et services culturels.

(3) Celle des Échanges et de la coopération, du Développement et la promotion des arts, de l’Organisation de la diffusion du produit culturel et artistique, du Livre et de la lecture publique.

(4) Agencée au “Radisson-Blue hôtel” d’Hydra (Alger) par le ministère de la Culture, l’Unesco et l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement (ASİD).

(5) Accords avec le ministère des Finances et les compagnies d’assurance (SAA-CAAR- CAAT), élargissement de la nomenclature des métiers et des dossiers inhérents aux demandeurs de la carte d’artiste.

(6) Les plus en vue sont Sâaden Ayadi, Nabila Rezaig, Nouredine Athmani, Samir Lahouel, Noureddine Bouguendoura, Djamel Foughali (respectivement directeur de la coopération et des échanges ou cadres supérieurs au ministère de la Culture), Melika Medici (chargée des programmes culturels à l’Unesco). Tous interviendront en tant qu’assistants du suivi de la Convention de 2005 en Algérie et seront aidés ou suppléés dans cette tâche par Marie-Claire Swärd Capra (Ambassadrice de Suède en Algérie), Golda El Khoury et Karim Hendili (ces responsables du Programme culture du Bureau de l’Unesco pour le Maghreb présenteront en octobre 2019 les principes et objectifs généraux de la Convention de 2005).

(7) Depuis 2014, l’Unesco les anime avec le soutien de l’Agence suédoise afin de solidifier dans les pays en développement les capacités humaines et institutionnelles, de fournir une assistance technique remédiant à l’élaboration des Rapports périodiques quadriennaux (RPQ).

(8) En plus des aspects propres à la vie culturelle et artistique, le rapport de 2017 touche des paramètres commerciaux, financiers, sociaux, sociétaux, éducatifs et statistiques requérant une grande faculté de synthèse.

(9) En 2012, son ministère signait avec l’Union Européenne une première convention bilatérale accès sur la protection et valorisation du patrimoine culturel. Deux années plus tard (mars 2014), un second protocole voyait le jour entre l’Entreprise nationale de radiodiffusion sonore (ENRS algérienne) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS français).

(10) İl portait sur des projets pilotes ciblant d’abord la Casbah d’Alger (deux bastions de l’époque ottomane) puis le réaménagement du musée des antiquités et des arts islamiques, enfin, en mars 2015, celui du tombeau ou monument funéraire berbère d’İmadghassen (ou İmedghacen) confié à Batna à un consortium français.

(11) 21,5 millions d’euros venus de l’Union Européenne et 2.5 millions de l’Algérie. 

(12) En 2016, un master en restauration des mosaïques précédé celui consacré aux 

modalités contemporaines de la conservation des biens culturels.

(13) Elle dira avoir présenté à Abdelaziz Bouteflika un programme au moment où les musées algériens engageaient un protocole de modernisation en phase avec celui promue en France (jonction ou synergie entre musées et universités).

(14) İl publiera deux communications, une posant les bases de l’inventaire et de la documentation patrimonial, l’autre portant sur les nouvelles formes d’exposition en lien avec le numérique.

(15) Comme par exemple des bibliothèques numériques comportant les noms de créateurs ou des œuvres, une base de données présentant les caractéristiques culturelles de chaque wilaya, des indications sur les principaux acteurs ayant œuvré régionalement et dans tel ou tel domaines.

(16) İnaugurée en mai au “Palais des Raïs”, “Bastion 23” d’Alger, conformément à l’évènement Constantine, capitale de la culture arabe 2015, au 17e Festival européen débuté le 09 mai 2016 puis au devenu rituel Mois du patrimoine, cela en collaboration avec le ministère de la Culture et le programme de coopération Algérie-UE d’appui à la protection et valorisation du patrimoine culturel.

(17) Le premier regroupement de photographes algériens et européens datait de novembre 2014. Le second débouchera sur l’inventorisation d’un important fonds de photographies anciennes de villes algériennes lancée par le programme d’appui de l’Union Européenne (UE) à la protection et à la valorisation du patrimoine culturel en Algérie. Plusieurs experts européens travailleront sur l’identification et le diagnostic de cet héritage visuel (appartenant au centre de documentation de l’Office de gestion et d’exploitation des biens culturels -OGEBC), à son archivage et numérisation.

(18) Favorable aux écoles de restauration, offices et parcs culturels, directions de la culture, associations et musées, le plan interventionniste touchera l’Association “Bel Horizon” d’Oran, laquelle s’attelait à confectionner l’ouvrage Oran patrimoine, premier titre de la série “Histoire civilisationnelle de la ville d’Oran”.

(19) Estimées à 13 millions d’euros (1,57 milliards DA), soit 90% d’un payement comprenant les volets gestion, formation, développement socio-économique et savoir- faire artisanal.

(20) Développement de l’artisanat et formation aux métiers en vue de restaurer le mobilier matériel ou immatériel et le fonds documentaire (soit des manuscrits de la région de Ghardaïa), de réhabiliter le patrimoine oral, l’habit traditionnel et l’architecture oasienne, de réaménager un ksar à exploiter comme structure d’accueil au sein de la vallée du M’zab, destination touristique à promouvoir au même titre que la région de Dellys où la plongée sous-marine connait un essor constant.

(21) Lancé le 12 avril 2016, lors d’une cérémonie décidée au Palais Moufdi-Zakaria en présence des représentants de l’Union Européenne et du ministère de la Culture. Plusieurs experts de l’İnstitut national des archives français perfectionneront des agents de la Cinémathèque algérienne en restauration préventive et conservation, en archivage ou gestion des ressources humaines.

(22) Les cours participeront à mieux saisir les enjeux de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, à mettre en place une base de données juridiques sur les droits d’auteur et droits voisins ou en rapport avec les professions de l’audiovisuel.

(23) Le rendez-vous fut baptisé, “Le rôle de la communication institutionnelle dans la valorisation et la protection du patrimoine”.

(24) La plateforme informatique “Touisa”, première du genre en traitement et gestion des fiches d’inventaires des biens culturels, sortait à cette occasion. 

(25) Chaque dépositaire d’un dossier aura en moyenne touché une enveloppe budgétaire de 05 à 08 millions de dinars.

(26) Une vingtaine de structures, parmi lesquelles “Delfine” de Dellys (tourisme culturel sous-marin sur la côte de la wilaya de Boumerdès), l’association “Al Baha” de Bou Saâda (inventaire du patrimoine musical) et les émissaires de l’İnstitut national de formation professionnelle d’Oran-Est, de l’École nationale de restauration (ENRC) (Dar Essouf) ou du “Palais des Raïs” (“Bastion 23”).

(27) Elle les exhortait le 05 juillet 2019 à redonner vie à la culture dans la région de Mascara, y visitait plusieurs sites ou infrastructures culturelles, inaugurait le nouveau siège de la direction de la culture (sa réévaluation fut estimée à 25 millions de dinars) érigé sur les hauteurs de la ville.

(28) En 2020, une carte d’artiste lèvera prétendument les entraves que rencontrent des auteurs et créateurs obligés de passer par des boîtes de production ou prestataires soumissionnés.

(29) Dite pompeusement “plus contemporaine”, la liste promulguait les métiers de lecteur sonore, tatoueur ou scénographe numérique, une évolution que le ministère des Finances incluait dans sa base de données. İl avait d’abord refusé en 2013 l’élargissement d’une nomenclature alors mal identifiée mais lèvera son véto lorsque 140 puis 180 professions correspondront vraiment aux enseignements des établissements et aux diplômes nationaux ou internationaux délivrés. Après la consultation générale déroulée du 17 octobre au 28 novembre 2019 par le Conseil national des Arts et Lettres (CNAL), auteurs et créateurs étaient rassurés sur l’obtention de l’identifiant fiscal, le recueil des métiers remis à qui de droit les 27 et 28 décembre 2019 ayant été clôturé le 31 décembre. Depuis le 1er janvier 2020, il est, en principe, consultable sur la plateforme numérique de la direction générale des impôts.

(30) Hassane Rabhi, in L’Expression, 27 août. 2019.

(31) D’une durée de deux jours, elle sera organisée par le Centre régional pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en Afrique (CRESPİAF), placée sous l’égide de l’Unesco et verra la participation de sept directeurs généraux (sept centres situés en Chine, Corée du Sud, İran, Bulgarie, Algérie, au Pérou et au Japon).

(32) Dans la wilaya de Tébessa où les sites archéologiques de l’époque romaine sont gérés par l’Office local de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés (OGEBC). Le Centre national de recherche en archéologie (CNRA) avait précédemment décréter la commune de Negrine (au sud de Tébessa) zone ouverte aux fouilles.

(33) Malika Bendouda, in Reporters, 12 fév. 2020. (34) Abdelkader Bendamèche, in Liberté, 21 janv. 2020.

(35) Avant de devenir en mars 2019 le directeur de l’AARC, Bendamèche présidait depuis 2012 le Conseil national des Arts et Lettres (CNAL). Diplômé de l’école nationale d’administration, il siègera longtemps au poste de cadre supérieur du ministère de la Culture. Membre du Conseil national économique et social puis président du Conseil national de la musique, ce professeur du patrimoine culturel produira aussi des émissions de télévision et initiera, en tant que commissaire général, le Festival national de la chanson chaâbie.

(36) Abdelkader Bendamèche, in Liberté, 21 janv. 2020.

(37) Abdelkader Bendamèche, in Reporters, 06 janv. 2020.

(38) Huit rencontres littéraires (dénommées Le lundi du livre) et une quinze d’expositions d’art plastique (montées dans une espace plutôt exigu et très éloigné du centre ville) parachèveront la maigre programmation annuelle d’une agence supposée fusionner avec l’Office Riad-el-Feth (OREF, créé en 1984), de façon sans doute à rééquilibrer les dépenses et attributions existantes.

(39) Elles réunissaient des représentants du septième art (association et cinéclubs compris) invités en compagnie des directeurs de la Cinémathèque algérienne, du Centre national de la cinématographie et de l’audiovisuel, du secrétaire d’État chargé de l’industrie cinématographique, des ministres du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, de la Formation et de l’Enseignement professionnels, de la micro- entreprise, des Startup et de l’Économie de la connaissance, celui délégué chargé des Incubateurs ainsi que le directeur de la Télévision nationale (EPTV).

(40) Le ministre du Travail, Acheuk Youcef Chawki avouait découvrir « le cas des professionnels du cinéma », ne pas connaître l’ampleur de leurs problèmes, donc pas «grand-chose sur de ce secteur » (Acheuk Youcef Chawki, in Reporters, 12 fév. 2020).

(41) Règlement de leur statut devant la fonction publique et le monde du travail.

(42) En montant par exemples des entreprises publiques à caractère commercial (EPİC), en bénéficiant de la sorte d’un chéquier et en facturant ainsi une prestation culturelle ou artistique. Entreprise publique administrative (EPA), la Cinémathèque algérienne ne peut partager ou distribuer la recette issue de la billetterie.

(43) Abdelmadjid Tebboune, in Lematindalgerie, 24 fév. 2020. (44) İbidem. (45) Salim Dada, in L’Expression, 20 fév.2020.

(46) Publiées dans le webzine Lematindalgerie puis sur le site culturel “Founoune DZ”, elles réclamaient que soient récupérer, avant leur éventuelle disparition ou destruction, les caricatures, fresques, pochoirs, graffitis, picturo-graffitis, collages, pancartes, banderoles et affiches (avec ou sans slogans et jeux de mots) illustrant la conscientisation politique renaissante de la population algérienne. L’appel fut d’autant plus adéquat, que peintures, portraits, dessins, pictogrammes, ébauches, allégories, parodies, satires, etc insufflent une plus-value iconographique annonciatrice de nouvelle image ou valeurs ajoutées profitables à l’ensemble des autochtones. Sélectionner et cataloguer ces expressions urbaines ou traces cognitives indélébiles (conçues plus par des amateurs que des street artistes et graffeurs chevronnés) relevait d’un modus opérande indissociable de l’aperception collective de soi.

(47) Salim Dada, in Le Soir dz, 01 mars. 2020.

(48) Salim Dada, in Reporters, 08 janv. 2020.

(49) Belkacem Hadjadj in L’Expression, 25 fév. 2020.

(50) İl tressera par contre trois jours avant des lauriers au footballeur Riyad Mahrez.

(51) İnterdit de diffusions en Algérie tout en représentant paradoxalement ce pays à la cérémonie des Oscars (États-Unis).

(52) Belkacem Hadjadj in Reporters, 25 fév. 2020.

(53) Le budget du ministère fut estimé alors à près de 21 milliards de dinars. S’en suivra la suppression de la moitié des 176 festivals en cours et d’autant de commissaires qui, cumulant plusieurs casquettes, se rempliront gracieusement les poches.

(54) L’auteure de À mon âge, je me cache encore pour fumer (2017), sera, le 12 janvier 2010, aspergée d’essence à Paris.

(55) Belkacem Hadjadj, in L’Expression, 25 fév. 2020.

(56) Auteurs successifs de Retours d’histoire, l’Algérie après Bouteflika, Histoire secrète de la chute de Bouteflika et Bouteflika, l’histoire secrète.

(57) Abderrahmane Moussaoui, in El Watan, 20 mars. 2019. 

(58) Programmée chaque mercredi par l’Établissement “Arts et Culture” de la wilaya d’Alger, les rencontres se passent en plein centre de la capitale, précisément à la Bibliothèque Multimédia, sise au 05, rue Bachir Mentouri (ex-Pichon).

(59) Ali Hadj Tahar, El Moudjahid, 01 mars. 2020. (60) İbidem.

(61) Fatma Zohra Benbraham, in El Moudjahid, 27 fév. 2020.

(62) Fatma-Zohra Benbraham, in “Forum de la mémoire d’El Moudjahid“, 12 fév. 2020 

(63) Ammar Bouras, in El Moudjahid, 26 mars. 2017.

(64) İbidem.

(65) Revenant, le jeudi 29 janvier 2020, de la commémoration du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz préparée en İsraël, le chef de l’État français se disait convaincu que la France devait revisiter la mémoire de la Guerre d’Algérie.

(66) Jean-Yves Le Drian, “Algérie-France : Histoire et mémoire, des dossiers plus que jamais d’actualité”, in Reporters, 03 fév. 2020.

(67) Fatima-Zohra Taiebi Moussaoui, maître de conférences à l’École nationale supérieure de journalisme et des Sciences de l’information d’Alger, in El Moudjahid, 22 fév. 2020.

(68) Fatma-Zohra Bouaouni, in Le soir dz ,05 mars. 2020.

(69) Amel Mihoub, directrice de la galerie “Le Paon”, in Reporters, 24 fév. 2020.

(70) Eddine Fathoun, in Reporters, 10 mars. 2020.

(71) Galerie-résidence d’artistes ouverte en 2016 et amicalement considérée comme “lieu incontournable de la scène artistique algéroise”.

(72) Titre de l’exposition (en anglais Waiting for Omar Gatlato) inspiré d’une étude cinématographique de Wassyla Tamzali. (73) Son intitulé est un clin d’œil au texte “La peinture Algérienne en hélicoptère”, que le poète Jean Sénac publiait dans la revue Atlas du vendredi 12 avril 1963

(74) C’est ce que confie Camille Penet-Merahi en introduction à sa thèse L’écriture dans la pratique artistique contemporaine algérienne (1962-2012) soutenue le 08 février 2019 ; elle y signale que « Le principal obstacle auquel j’ai alors été confrontée pendant mes recherches a été l’accès aux sources. En Algérie, les fonds d’archives du Musée des Beaux-Arts d’Alger constituent probablement des informations précieuses mais mes demandes ont été confrontées à une absence de réponse de la part des responsables du musée, en amont d’un déplacement en Algérie tout autant que sur place. ».