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Conférence : Le costume féminin de Bou-Saâda, inventaire analytique et évolutions par le Dr Ferhati

La conférence de Barkahoum Ferhati à l’École des beaux-arts ce samedi 12 janvier 2019 sur son ouvrage « Le costume féminin de Bou-Saâda, Inventaire analytique et évolutions, » Alger, Editions Mille Feuilles (2009), organisée par Amel Djenidi, fut une merveilleuse rencontre avec la tradition du beau, du coquet et du savoir vivre de l’époque, très loin de certains clichés qui survivent à la région de Bou saâda. L’auteur opposa à l’aliénation associée à la ville surnommée « cité du bonheur » une plongée au cœur de la vie socio-culturel des habitants de la ville décrivant en avant-propos ces ruelles mystérieuses et conviviales tant décriées en citant les grandes familles de la ville, ces mosquées et ces zaouiates, pour entamer un descriptif de l’habit féminin et la tenue traditionnelle, les bijoux, le soin du corps, la danse et les instruments de musique. Un long récit entrecoupé d’anecdotes et d’histoires propre à la région.

Bou saâda ou la porte du désert, comptait plus d’une trentaine de mosquées avec ses écoles et son obédience. Une importante zaouia : Errahmania un centre de communication, d’échange et de rayonnement qui vient de Kabylie et qui jouera un rôle important dans les apports à la cité. Le docteur Ferhati revient sur ce que fut l’un des évènements majeur pour la ville et la région, les années 20 correspondant à l’installation des territoires du Sud qui contrairement aux régions du nord subissaient le diktat des colons. Les territoires du sud à l’instar de Biskra connaissent une affectation spécifique et Bou saâda hérite d’une identité touristique singulière, elle sera rattachée au tout début au département civil du nord celui de Sour el ghozlane. 

Devenue une direction Touristique importante notamment par la création d’Hôtels et surtout la folklorisation de tout ce que représente Bou saâda dans ses traditions et ses valeurs par l’installation d’une institution qui s’appelle : prostitution, plus tard source d’inspiration des orientalistes. Le tourisme basé sur le patrimoine local, « les femmes » prenait son essor. Si Bou saâda ne disait rien à personne, les Ouled Naïl furent une destination fantasmatique et folklorique très appréciée. Une folklorisation qui sépara les gens de la ville, coupés en deux, la zone des non-dits, la rue des ouled Naïl et l’autre ville. Une situation qui perdure jusqu’aux années 70 qui valorisait encore cette folklorisation et ces mutations, représentées notamment par le costume et son substrat « algérien », sujet de recherche du Docteur Barkahoum Ferhati. La recherche portait sur l’évolution du costume féminin de la région élément par élément entre ce qui a été retenue, ce qui a disparu et pourquoi toutes ces modifications ? 

Dans cette évolution de la tradition par le costume d’une région connue tel que celle de Bou saâda la conférencière affirme que les traditions évoluent, mais elles ne restent jamais figées. Qu’elles évoluent et changent formant de nouvelles traditions ce qui forment les identités que l’on fête aujourd’hui et elle évoque à ce sujet Jean Marit Tjibaou l’ancien président de la Calédonie de (1936 – 1986) : « Le retour à la tradition, c’est un mythe : je m’efforce de le dire et de le répéter. C’est un mythe. Aucun peuple ne l’a jamais vécu. La recherche d’identité, le modèle pour moi, il est devant soi, jamais en arrière. C’est une reformulation permanente ».

Précédemment dans une interview accordée au quotidien El Watan du 20 mars 2010 sur son ouvrage « le costume féminin à Bou saâda », le docteur Barkahoum Ferhati affirme : « J’ai fait un travail d’anthropologie et d’histoire. Le costume est révélateur d’une société. Il nous montre comment une société a évolué à travers le temps et l’espace. Nous pouvons, à travers le costume, établir et mesurer le niveau d’évolution d’une société. Nous avons l’habitude de travailler sur le costume en tant qu’objet folklorique, mais en fait ce n’est pas du folklore. Il l’est, mais plutôt révélateur d’un fait, celui de l’évolution d’une société. À travers cette étude sur le costume, je me suis rendu compte que la tradition n’est pas une icône figée dans le temps, mais une constante négociation avec l’actualité, avec l’histoire et la mémoire. Mon livre s’inscrit dans une démarche anthropologique où, effectivement, il y a une plongée dans l’intimité de la société algérienne contemporaine. C’est, d’une part, un livre qui parle de la femme, cet invisible de l’espace musulman traditionnel et, d’autre part, dévoile un univers à la fois familier et méconnu, au-delà des clichés coloniaux et des représentations moralisatrices, celui des Ouled Naïl de Bou Saâda. »

L’auteur précise aussi que c’est grâce au travail d’iconographie, les peintures, la carte postale, la littérature orientaliste et surtout les sources orales qu’elle a pu reconstituer la trame de son travail de recherche en rendant hommage à l’artiste-peintre, Etienne Dinet appelé à être un ethnographe «parce qu’il a reconstitué tous les objets de la région de Bou Saâda pour habiller les modèles.»

En ajoutant que c’est un costume de la bourgeoisie et non de la campagne et aussi celui des femmes d’ouled Naïl qui en portent aussi et qui avaient les moyens en plus du contact avec l’étranger. Le tissu fait aussi partie de son étude pour comprendre les mutations portées sur le costume à travers les noms de tissus ou une partie de l’identité se dessine, les termes en arabe et les terminologies sont souvent riche en enseignement.

L’exposé de l’habit féminin fut riche en informations, le Docteur Barkamoum détaille les chemises de dessous : qmoujja lhame, la culote bouffante : seroual. La mante : ouga, toque ou tunique : mlhfa, le voile de sortie : qanbouze bou-aouina , les chaussures : rihiya-t , les accessoires notamment l’éventail : mnacha et la ceinture : mahzma. À ce sujet, Mme Barkahoum consacra une parenthèse sur l’ouga : la mante qu’on pose sur le dos qui est considéré comme un lieu de pudeur. Une femme sans ouga se considère comme nu à Bou saâda, si elle peut avoir le visage découvert et tout le reste aussi, le dos dois être impérativement couvert. Comparativement, en Kabylie, c’est la fota, une femme sans fota se considère aussi comme nu, la fota se pose différemment, autour de la taille. Entre deux régions distinct, les lieux de pudeurs diffèrent.

En enchaînant sur le bijoux d’ornement, l’auteur précise qu’il était en argent au début du siècle, le louis d’or arrivera plus tard dans les années 20, elle site : le jbine, le pendentifs ( qtina, teklila,  kassar edda’awa ), les boucles d’oreilles : mcharg et aloga, les colliers :  matrague,  chentouf,  kheit ech’ir, kheit er-rouj et les colliers parfumés adoriférants : anbar et qrounfal.  Jusqu’au bijoux de soutien et son importance dans la conscience féminine : mahzma, madwar, khoullala-t. Pour terminer avec le bracelet et anneaux de chevilles : bracelets aux mains : magaousse, au bracelet de chevilles : khelkhal, rdif.

Le soin du corps fut un moment de fraîcheur entre le rituel du hammam et l’entretien journalier. Aux yeux le kouhoul et aux sourcils : le hargousse, aux gencives : le swak

Avec un descriptif de la danse Naïl et la danse sa’adaoui ou il ne saurait y avoir de fête de mariage sans cette dernière en évoquant d’autres nouvelles danse,  le zanndari : danse du ventre et l’hérésie : danse nue. Une joie portait par le bendir, la qaïta ou gasba associé au Zgharit et au baroud.

Dr Barkahoum Ferhati a rendu un vibrant hommage à Mohamed Ghobrini qui collabora pendant des années sur l’ouvrage espérant que son travail va être repris à titre posthume.

Mr Ouamer-Ali Tarik
site : ouamer.jimdo.com
tarik.ouamerali@gmail.com

 

Biographie de l’auteur

Barkahoum FERHATI est historienne et anthropologue. Actuellement directrice de recherche au Centre nationale de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques d’Alger, CNRPAH (Ex-CRAPE) ; chargée du groupe de recherche “Les femmes et les pouvoirs”. Elle est également professeure associée à l’Ecole supérieure des Beaux Arts d’Alger et chercheure associée au Centre d’histoire sociale de l’Islam méditerranéen / EHESS, Paris (France).

En 2013, elle a été nommée membre de la commission nationale d’évaluation des chercheurs au sein du Ministère de l’enseignement supérieure et de la recherche à Alger. Ses centres d’intérêt portent sur les questions des femmes et du genre. Elle a publié plusieurs articles autour de la pratique de la prostitution, de la sainteté des femmes algériennes, du voyage des femmes artistes – peintres en quête d’orientalisme.

Dans le cadre d’une mission auprès d’une ONG au Soudan, Enfants du Monde-Médecins du Monde, pour enquêter sur les pratiques de l’excision, Barkahoum FERHATI a réalisé une étude comparative entre la condition féminine des femmes d’Algérie et celles du Soudan.

Depuis peu, elle se consacre à l’étude des communautés chrétiennes, des femmes chrétiennes, en Algérie au sein du Centre d’études diocésain : Les Glycines.

Parmi ses principaux ouvrages, on compte :

– Islam et révolutions médicales : le labyrinthe du corps, Paris, Karthala, 2013 (Sous la direction de Anne Marie Moulin)
– Le costume féminin de Bou-Saâda, Inventaire analytique et évolutions, Alger, Editions Mille Feuilles, 2009
– De la « Tolérance » en Algérie. Des enjeux en soubassement, 1830-1962, Alger, Dar El Othmaniya, 2007
– Le musée national Nasr ed Dine Etienne Dinet de Bou-Saâda. Genèse, (1930-1993), INAS Editions et le Musée de Bou-Saâda, Alger, 2004