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Une culture régentée par Mansour Abrous

Le communiqué du ministère de la Culture, du 13 février 2017, informant de la suspension du mouvement de grève des étudiants de l’école supérieure des beaux-arts d’Alger, est indigent, inquiétant, révoltant, sans perspective d’avenir. Je ne conteste pas la décision légitime du corps étudiant de surseoir à leur grève, d’autant plus que des étudiants se mettaient en danger en refusant de s’alimenter, mais il leur est proposé des processus de travail maintes fois recyclées, et des promesses éculées.

Je ne m’attarderai pas sur le point 2 « Activités de l’école supérieure des beaux-arts d’Alger », dont les réponses sont dignes des soubresauts asthmatiques des régimes autoritaires : en un mot, les étudiants ont le droit de se montrer et de se produire dans l’espace public (sic !), d’organiser des expositions et de les faire accueillir dans des infrastructures publiques. Une avancée fulgurante ! Il fallait bien sûr la présence du ministre pour « arracher » ce point 2.

Le point 1 « Sur le plan de la logistique » est une manœuvre de distorsion du réel, car dans tout pays normalement géré, avec des services supports qui programment en anticipant, ce point « logistique » n’aurait pas eu à faire acte de présence, à ce niveau d’échange et de discussion. Cette prétendue victoire est en fait le travail quotidien des œuvres universitaires, quand il est correctement fait.

En quoi le point 3 « Au plan pédagogique » est une révolution ! C’est au mieux deux réunions de programmées, au pire deux temps de rencontre qui auront pour vertu d’assécher la contestation. Je rappelle que des enseignants volontaires, engagés, de l’école supérieure des beaux-arts d’Alger  ont déjà travaillé, entre l’automne 2014 et février 2016, et fait des propositions pour « l’intégration du système LMD, au sein du système d’enseignement de l’école ». Cette commission d’enseignants, adoubée par l’école, les deux ministères de la culture et de l’enseignement supérieur, n’a cessé de rencontrer moult difficultés en interne avec des manipulations diverses d’une partie du corps administratif et enseignant qui ne voulait déroger aux privilèges divers, dont la quiétude d’une institution sans dynamique excessive, et en externe des ministères qui au final ne déploient pas toute l’énergie, la compréhension et la disponibilité nécessaires pour régler ces questions de statut.

Le point 4 « Étapes du dialogue » ne se commente pas, c’est un point de lamentations où sont énumérés des processus de travail, qui font bilan pour les autorités du ministère, avec un must de transparence «  une rencontre non programmée et non annoncée a été organisée entre le Ministre de la Culture et les étudiants » et de supplique « l’engagement par le Ministère et l’administration d’appliquer les directives du Ministre » (sic !).

En 1998, j’exultais à l’idée de l’autonomie budgétaire de l’école supérieure des beaux-arts d’Algervis à vis des écoles nationales, qui signifiait pour moi, une autonomie de destin, une conception nouvelle de la gestion du capital humain, du patrimoine pédagogique et artistique, et une possibilité d’initiatives libres. De même, la mise en place de la post-graduation se devait d’arrimer un peu plus l’école au monde universitaire, y insérer les notions de recherche, et faire décoller les espoirs des nouvelles générations d’étudiants et d’enseignants qui auraient eu là prétexte à définir et à envisager un avenir de générosité, de création et de production.

Je suis convaincu du dévouement et de la compétence du corps pédagogique des écoles d’art, dans sa grande majorité, qui œuvre inlassablement, malgré les difficultés, pour maintenir un enseignement de qualité, ouvert sur d’autres expériences pédagogiques. Il enseigne sans relâche pour la grandeur de ces institutions afin qu’elles retrouvent leur lustre et leur brillance, qu’elles soient de savoir et de lumière, d’influence pour le futur de l’art et de la culture et qu’elles retrouvent la centralité, qu’elles n’auraient jamais dû perdre, centralité intellectuelle, esthétique et créatrice.

Toutefois, depuis quelques années, cette question lancinante de statut de l’école supérieure des beaux-arts d’Alger obère toute volonté de faire prospérer l’institution, la stabiliser, et la développer. Je trouve dommage que le corps enseignant ne sorte pas de sa réserve ! Il a à dire et à témoigner de ce qui se vit dans l’institution, ce qu’il y vit et ce à quoi il aspire. C’est essentiel.

Mansour Abrous
Le 14 février 2017

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