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en couverture une BD de Siné ©Albin Michel 1987 - http://www.sinemensuel.com/

Droit de réponse de Saadi-Leray Farid

Suite à l’article “8 voix s’élèvent contre le mufti d’Ennahar TV”, je suis intervenu dans El Watan-week-end du 14 novembre 2014. Si cette réaction (qui apparaîtra donc après les interviews publiées par le même journal) peut aussi être appréhendée comme un prolongement au papier d’Abrous Mansour “La paix et la sérénité dans les mots, pour une scène artistique respectueuse, éthique et apaisée”, une synthèse des mails que m’ont envoyés les membres du Groupe autonome de réflexions sur l’art et la culture en Algérie (GARACA) sera beaucoup moins consensuelle. Ceux-ci activant dans ce pays, et non pas à partir de la capitale française, ils désapprouvent les “leçons” qu’émettra à leur encontre un commis du Parti socialiste français (Mr Abrous) écrivant que « Certains se décrètent “justicier” de la scène culturelle algérienne ». Aussi, ai-je la responsabilité d’intercéder à la place d’interpellés qui souhaitent toujours préserver leur anonymat (condition première exigée par eux dès l’intégration ou collaboration au dit groupe). C’est encore une fois sous mon seul patronyme que se fera la seconde réplique alors que je n’avais aucunement l’intention de rééditer sur le site “Founoune” ce type d’expérience car reprochant à son responsable, Mr Tarik Ouamer Ali, d’avoir auparavant relayé les propos antisémites du peintre Mustapha Adane. L’ex-du collectif Aouchem se sentant (par méprise) visé par ceux communiqués le 05 mars 2014 au quotidien en ligne Le MatinDz (via le texte “Bienvenue en République bananière” j’indiquais alors « (…) que si quelques pro-Palestiniens reprochent aux Juifs de faire de la Shoah un fonds de commerce pour thésauriser toute la compassion et ne laisser que quelques résidus de piété à d’autres exactions de masses moins médiatisées, à la traite des esclaves ou à la colonisation de l’Afrique puis désormais de territoires occupés »), il réagira à mauvais escient. Aussi, et avant de l’avertir d’un prochain déplacement à Alger (où notre visite peut éventuellement se transformer en entretien convivial chercheur-plasticien), ferait-il bien de s’excuser publiquement (par exemple sur la page Facebook de Mustapha Sedjal). Faute de cela, l’artiste de Kouba recevra la réponse du berger à la bergère. Tous nos précédents textes sont là pour le prouver, nous (ou je) n’utilisons jamais de contorsions et faux semblants pour dénoncer telle ou telle chose ou mettre en cause une personne, citons toujours nommément les individus concernés. Avant deuxième volet “Faut-il s’entendre avec les menteurs et voyous ? ” adressé en direction d’Abrous Mansour, voici donc la riposte “Les Tartuffes” (composée à la suite de l’article “8 voix s’élèvent contre le mufti d’Ennahar TV” publié dans El Watan-week-end du 14 novembre 2014).

LES TARTUFFES

Je n’ai pas vu L’Oranais de Lyès Salem et ne suis à fortiori pas en mesure de juger de sa qualité intrinsèque, laquelle qualité est à apprécier en dehors de la polémique venue du côté d’un énième “zozo”. L’autre aspect à retenir me semble être la rentabilité financière d’une création ayant (sauf erreur de ma part) bénéficié des subsides de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC). Dans ce cas, la question est : les entrées (payantes) des spectateurs réussiront-elles à couvrir les dépenses ou renflouer les caisses ? Ce sont les regardeurs qui constituent le ou les publics, l’accoutumance les plaçant du reste sur le fauteuil d’une communauté de goût(s). Lorsqu’Ahmed Bedjaoui avance que « Le public juge parfois le film sans l’avoir vu ! », il émet un non sens puisque par définition le public est le récepteur des oeuvres. De plus, retombant dans la caricature d’une dichotomie simpliste et minimaliste, l’universitaire postule que « La censure d’en bas est plus grave que la censure d’en haut. ». Amplement contestable, son assertion mérite un plus large débat tant elle dédouane les philistins et béotiens du marasme artistique en Algérie. L’un des responsables de ce fiasco n’est autre que Hamraoui Habib Chawki avec lequel (et en présence de l’actuelle ministre de la Culture, Mme Nadia Labidi) Ahmed Bedjaoui a inauguré le samedi 08 novembre la 5e édition des journées cinématographiques d’Alger (JCA). Proche des protagonistes Denis Martinez et Karim Sergoua, qui ont parfois proposé des performances mettant (directement ou non) en cause les assassins de la “Décennie tombale”, le désigné expert en 7e art aura donc côtoyé à la salle “El Mouggar” (et lui aura aussi peut-être serré la main) l’un des promoteurs en chef du glissement sémantique “laïco-assimilationniste”, une expression suite à laquelle une flopée de journalistes, d’auteurs et d’intellectuels deviendront des cibles à abattre. La “Réconciliation nationale” (ou “Concorde civile”) se métamorphose à ce titre en enfumage, celui d’un théâtre d’ombres où le port du masque ne suffit pas à cacher les tartufferies. Lorsque le mercredi 12 novembre dernier je demandais au metteur en scène Ali Ghanem si il était de nouveau disposé à accepter l’aide pécuniaire du même Hamraoui Habib Chawki (comme cela fut précédemment le cas), celui-ci me rétorqua, sans détour ni hypocrisie, OUI. Sur ce point en désaccord avec lui, me fallait-il pour autant dénigrer son travail ? NON, au contraire !

Mon interrogation se fit à la fin d’une projection réalisée à la salle parisienne “Le Saint-André des Arts”. Les films qui y passent ne sont pas subventionnés à coup de millions et proposent une approche plus atypique que les grandes affiches. Faute de moyens financiers, le long métrage d’Ali Ghanem Chacun sa vie pèche par ses lacunes techniques mais de nombreux passages sonnent néanmoins très justes ; ils s’en dégagent de fortes émotions. J’ai par conséquent invité à “capter” un film en principe programmé jusqu’au 17 novembre (à 13 heures, 30 rue Saint-André des Arts, métro Saint-Michel). Son visionnage à Alger me semble pareillement à conseiller.

Saadi-Leray Farid.
Sociologue de l’art, Secrétaire du Groupe autonome de réflexions sur l’art et la culture en Algérie (GARACA).
Paris, le 18 novembre 2014

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