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“Fragment de la bibliothèque de Majnoun”, Mohamed Rachdi expose à la Galerie Shart (Casablanca).

L’exposition Fragment de la bibliothèque de Majnoun est un projet artistique fondé sur des emprunts et des interférences de spatialités et de temporalités qu’affectionne Mohamed Rachdi. Il puise des créations des autres pour faire pousser les siennes, extrait des éléments textuels de différents horizons pour sculpter ses propres propositions plastiques et poétiques, des propositions artistiques qui s’offrent toujours comme autant de portions d’un pays qui défie toute topologie géographique. Le concept de la bibliothèque plastique met en évidence la dimension formelle du livre qui se révèle à travers un dispositif que Mohamed Rachdi propose sous l’intitulé la Bibliothèque de Majnoun. Il fusionne plusieurs moyens d’expression pour engendrer une nouvelle forme de création, entre littérature et arts visuels. Composée de gravures, de bas-reliefs, de sculptures, et d’une installation l’exposition propose une lecture transversale de l’oeuvre de Mohamed Rachdi où la lettre est un révélateur d’espaces plastiques, poétiques et esthétiques tout à fait singuliers.
Usant d’une diversité d’ouvrages imprimés, d’une pluralité de textes de multiples provenances et de différents registres d’écritures aux typographies variées faisant la part belle au latin et à l’arabe, Mohamed Rachdi cultive des interférences de références en affirmant tout particulièrement son identité plurielle, celle d’un artiste, penseur et acteur libre et ouvert à la multitude de la culture humaine.

Mohamed Rachdi expose Fragments de la Bibliothèque de Majnoun
Lieu : Galerie Shart
Période : Du 10 octobre au 07 novembre 2020
Adresse : 23 rue du 6 octobre Racine – Casablanca
Site : galerie-shart.ma
Email : info@galerie-shart.ma

Exposition ouverte au public

 

L’ARTISTE
Mohamed Rachdi محمد رشدي est né en 1964 à Goulmima dans le sud du Maroc. Artiste, critique d’art et commissaire d’expositions, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’art contemporain et de nombreux articles d’essai dans des magazines, revues scientifiques et ouvrages collectifs, ainsi que des préfaces de catalogues. En tant qu’artiste Mohamed Rachdi a réalisé de nombreuses expositions au Maroc et à l’étranger et ses œuvres sont dans plusieurs collections au Maroc, au Moyen-Orient, et en Europe. Son activité artistique se développe autour d’un projet ouvert et dynamique, sans cesse créatif et interactif, un projet qui se déploie sous diverses formes et attitudes créatrices, en constante mobilité entre territoires réels et virtuels, entre invitation aux expériences ludiques et échafaudages rigoureux d’actions stratégiques touchant aux niveaux poétiques, philosophiques, sociologiques et politiques. Mohamed Rachdi vit et oeuvre à Casablanca depuis 2008, après 25 années passées à l’étranger.

 

 

E – CATALOGUE
L’exposition inaugure un nouveau format de catalogue accompagnant l’exposition de Mohamed Rachdi, téléchargeable sur le site de la Galerie Shart (galerie-shart.ma). Dans la continuité du contenu de l’exposition ainsi que de sa scénographie douze mots « clefs » (OASIS / DÉSIR / BIBLIOTHÈQUE / COUPLE / PLAISIR / DANSE / TOUPIE / FICTION / CHAMP / RUINE / ENGAGEMENT / MOT) ont été proposés par l’artiste (connu pour ses multiples distributions de mots, notamment sur des réseaux sociaux Facebook et Instagram) à douze ami.e.s auteur.e.s : Jean Lancri, Rim Battal, Salima El Aissaoui, Adil Hajji, Rachid Khaless, Meryem Jazouli, Elisabeth Chambon, Hicham Lasri, Driss Korchi, Youssouf Amine Elalamy, Driss Ksikes, Youssef Wahboun. Chacun.e y a produit sa lecture et sa perception de la sémantique et/ou de l’étymologie du terme attribué.

 

 

LE JEU DES 12 MOTS

 

Partagée en temps réel sur les réseaux sociaux, une part de l’œuvre de Mohamed Rachdi, iconoclaste et insolente, étalée dans le temps, sans cesse réinventée-corrigée, ne laisse pas de surprendre, de dérouter, d’amuser, de faire sourire, de donner à penser. La notion de couple, comme toutes les autres, y est figurée et transfigurée ici de mille manières, les plus convenues voisinant avec les plus insolites ou les plus énigmatiques. Historicisé, emblématisé, mis en images, métaphorisé, sublimé, parfois même caricaturé ou ridiculisé, le couple, sous toutes ses formes, danse sous nos yeux ébahis, loin de toute représentation figée de l’amour fou. Au fond, de quoi est-il question sinon de rappeler qu’en amour le possible et le merveilleux se tiennent par la main, que le temps est « détemporalisé », qu’on peut s’y perdre et que les amoureux doivent nécessairement emmener la singularité de l’autre vers l’unicité !    ( Adil Hajji, philosophe ).

 

Dans toute démarche et chez chaque artiste, il y a un geste fondateur qui le « définit ». Pour moi, chez Mohamed Rachdi, c’est sa manière de converser avec la danse que je retiens. J’ai le sentiment qu’il a entamé cette conversation bien avant même de le savoir… Ses réalisations ont toujours une musicalité, un sens du mouvement, un vertige poétique et sensuel et lorsqu’il nous invite à « l’écouter », il ne manque jamais de nous livrer un regard passionné et passionnant sur un univers empreint de vibrations dansées… Mohamed Rachdi œuvre à partir d’un entremêlement vivant et vivace de plusieurs formes et arrive à désarticuler intelligemment ses idées entre chorégraphie et littérature, écriture et philosophie… ( Meryem Jazouli, danseuse ).

 

Quand il écrit le plaisir, Mohamed Rachdi a ce talent de lui restituer sa toute dignité. Son geste est tout à la fois poétique et réfléchi. Corps quintessenciés, mêlés dans la gémellité, encore hantés par le mouvement qui les anime ! S’il arrime le plaisir à sa terre d’accueil, via des supports tangibles ou multimédias, l’artiste a le don de le porter à sa complétude universelle. Il nous réapprend un plaisir désappris. Rien ne m’agrée autant que ces palimpsestes, signes délicatement noués à d’autres, où la vie remonte à la surface en tremblant ! ( Rachid Khaless, écrivain, critique littéraire ).

 

Elle m’a glissé des doigts avec un très léger sifflement TOUPIE vigie, TOUPIE hommage, TOUPIE désir elle en son milieu déportée sur la table, le sol, le livre inédite contemporanéité, accélération des formes célébration de l’art-planète et de son merveilleux, Le mot sur cette vague, une marge, source sans commencement mondanité du monde tournant sur lui-même, aller jusqu’au bout de chaque mot au nom du poème inlassablement elle tourne à la rencontre du natal, Toupie gouverne la part de l’homme qui échappe à la raison il choisit ce signe … il habite un centre, une source, un jardin TOUPIE le tremblement du vertige … Apprenez à tourner !        ( Elisabeth Chambon, historienne d’art, conservatrice des musées ).

 

Un livre est un ensemble de « pensées solidifiées » et une bibliothèque est la forme matérielle, commode et ordonnée de ces pensées. Les rangées diluviennes des livres de Borges en seraient le prototype idéal. Mais comment serait-elle celle d’un Majnoun ? Mohamed Rachdi ne cesse d’exposer les possibles réponses : elle est à la fois matérielle et imaginaire, frontale et labyrinthique, se dérobe au regard bien qu’elle soit physique, inintelligible même quand elle est lisible. Elle est à la fois l’évidence et l’hermétisme, l’absence et la présence car c’est ainsi qu’un Majnoun est. ( Salima El Aissaoui, critique d’art, commissaire d’exposition ).