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l'artiste Hioun Salah (Algérie)

Interview de l’artiste HIOUN SALAH (Algérie) – 1ère partie

Retour sur une rencontre passionnante avec l’artiste Hioun Salah le 24 Mai 2006 à Alger par Tarik Ouamer-Ali

“Je suis né (12 février 1936) dans ce qui était un ancien port phénicien, une presque île, Collo. J’ai passé ma jeunesse dans une famille très soudée, mon père, mes oncles.

Un de mes oncles qui avait étudié à Zeitouna, s’adonner à la gouache en amateur, et j’avais entre 7 et 8 ans, ce qui m’a quelque part influencer dans la pratique du dessin et peinture. Ceci, les belles choses m’attireraient, je vous dirai que les couleurs des plumes de pigeons me fascinaient, nous avions un pigeonnier et j’étais comme ensorceler par les couleur changeantes de leurs plumes au le soleil.

J’ai débuté avec un de mes oncles dans le transport de marchandise par la mer (le transport côtier), une activité qui n’existe plus de nos jours. Collo était une ville isolée, par la route, tous cela a l’âge de 11 ans. Un évènement majeur a marqué mon enfance, c’était la tempête qui a emporte un de mes oncles ainsi que sont bateau, une période coïncidant avec la 2ème guerre mondiale et l’engagement de mon père dans le mouvement du MTLD. Il était Membre du Conseil municipal sur la liste du parti nationaliste à l’époque.

Durant cette période mon père en compagnie de quelque un de ces camarades, récupérer des armes de bateaux de guerre allemands coulés au large de Collo lors de la 2ème guerre mondiale. Et les mettaient à l’abri enveloppé dans de la graisse dans les grottes de la région. Ces armes ont servi plus tard à la lutte de libération nationale.

L’arrestation de mon père et son emprisonnement, avec interdiction de séjour dans la région à sa sortie de prison, nous obligèrent à partir sur Alger, pour rejoindre mes autres frères et mes oncles, c’était la fin des années 40. J’étais le plus jeune de mes 4 frères et je fus scolarisé à Alger à l’âge de 12-13ans.”

Inscription à la rue de la marine

“Mon engouement pour le dessin et sur recommandation de mon enseignante, mon père m’inscrira les jeudis et dimanches à l’école des beaux-arts, à l’époque à la rue de la marine, une ancienne bâtisse mauresque au temps des Turcs. La rue débuté de l’ancienne mosquée (Djamaa el kebir) et allez jusqu’au bastion 23.

Inscrit dans le cycle de deux cours par semaine, pour 2 années et demie et en demi-journée 8h à 12h. J’ai découvert le milieu artistique de l’époque et la rue de la marine qui a été un lieu de rencontre fréquenté par les tous les artistes tous métiers confondus (Cinéma, théâtre, arts plastiques, musique…Etc.)

Faut savoir que pour être boursier, c’était très très dur, et puis pas n’importe qui rentrée en tant qu’étudiant à temps plein. Mes souvenirs sont si présents que je me souviens de la salle de dessin avec au fond l’atelier de gravure, ou j’ai découvert ma vocation de graveur. Une technique mystérieuse : les plaques, les bougres que l’on passe sous les plaques, les acides, les manipulations…C’était de la magie.”

 

Hioun Salah avec sa famille


La rue de la marine

“A la rue de la marine à l’époque il y avait très peu d’Algérien pour beaucoup d’Européens et ou les Algériens disputaient leur qualité : Ali Khodja, Issiakhem, yelles, Louail, Mesli. Ils étaient en terminal et ont poursuivi leurs études aux beaux-arts de Paris grâce à des bourses.

Le cursus pour un étudiant à l’époque à la rue de la marine était de 3 ans, ensuite concours et bourse d’études à paris pour 4 à 5 ans…

Ma formation en tant qu’élève libre, était une évasion qui m’a ouvert les yeux sur un univers fascinant, celui de la créativité, observateur avertis, J’ai vu vivre les artistes en artiste, ou j’ai appris la rigueur dans le travail ou les adultes se disputaient peintures, créations…Dans une ambiance assez spéciale.

Je me rappelle le concours de Warner Bros, pour les élèves des beaux arts à l’époque, pour l’affiche du film “Autant en emporte le vent” un concours organisé par la grosse machine du film américain, c’était Mesli qui a emporté le concours, ce qui représenté quelque chose à l’époque.

J’ai continué ma scolarité à l’école publique et durant mes vacances avec les recommandations de mon père, j’ai travaillé dans la décoration dans un société du nom de DANE (pub & déco…Dessin, planche…etc.)

En quittant l’école publique, j’ai intégré DANE, ou je touchai à la sérigraphie, l’affichage géant, ou j’ai mis en pratique mon savoir-faire dans les couleurs, jusqu’au 56 j’ai dû quitter Alger pour Limoges.”

 

Hioun Salah, T.mixte


Partir ou Collaborer

“Issu d’une famille de patriote, mon père avait toujours souhaité prendre le maquis et vivre la révolution. Il décéda en 1954, un de mes frères a pris le maquis, il était recherché (Lamine, condamné à mort), le second de mes frères a été emprisonné à Paul gazel (Boughzoul) avant de rejoindre le maquis.

Durant cette période sombre de la guerre de libération, le service psychologique (Service de l’action Social) sont venu me voir, parc ce que je maîtrisai le dessin et m’ont proposé de travailler avec eux moyennant un salaire.

Connaissant les pratiques du service psychologique (S.A.S) avec le peu, on tombait dans la délation vis-à-vis des engagements de mon père et de mes frères. J’ai décidé de fuir en achetant un billet de 3ème classe et j’ai rejoint mon cousin installé à Limoges, France. (1957).

Je me suis inscrit à l’école des beaux-arts de Limoges en tant qu’élève libre durant 3ans, ou j’ai rejoint paris, travaillant avec un décorateur d’appartements et d’aménagement. On a même travaillé je me rappel dans l’appartement de Dalida (projection de flocage – colle sur le mur – en y projeter par la suite un velours synthétique qui donnait une acoustique extraordinaire). Mon séjour en France durera de 1956 à 1963.”

 

Hioun Salah, T.mixte


la S.A.S (le Service de l’action social)

“le S.A.S m’a approché en rapport avec le faîte que mes frères étaient au maquis. C’est ainsi qu’opérait ce service

La SAS embrigadait les jeunes algériens qui finissent par être des Harkis malgré eux selon un procédé bien défini. Beaucoup de mes camarades ont marché avec le SAS et n’y sont plus revenue de cette expérience.

L’action psychologique française a énormément fait de mal dans la famille algérienne, ils ont divisé les frères, le père et le fils. Ainsi avec une action ciblée, de manière à casser l’élan révolutionnaire et patriotique des jeunes algériens, la force vive qui était la jeunesse algérienne.

Au sein du SAS, il y avait plusieurs services, qui avaient un rôle bien déterminé pour retourner les citoyens, les rendre plus coopératifs, et créer le doute.

Les services psychologiques ont fait plus de mal que Bugeaud et les autres

Je vous dirai que des films produits montrant l’armée française donnant des bonbons au gosse, des cours aux enfants, se photographier avec eux, le tout pour présenter l’image pacifique de l’armée française. Cachant ainsi au mieux le vrai visage de répression et d’exécution sommaire, de disparition des Algériens… Jetés par hélicoptère. Par exemple.

On parle de génocides arméniens par les Turcs, et c’est les français qui nous sorte la carte, alors qu’ils ne se sont pas vus en face, ce qu’ils ont commis en Algérie ne c’est passer nul par ailleurs….

La honte d’avoir participé sans consentement et inconsciemment avec la S.A.S a poussé des jeunes algériens a quitté l’Algérie à l’indépendance pour ne plus revenir…Une fois que vous êtes avec la SAS, il n’est plus possible de faire marche arrière.

Beaucoup de jeunes avaient fui le S.A.S, il furent retrouvé et exécuté.”

 

Hioun Salah, T.mixte


L’indépendance

“La volonté d’un peuple a triomphé, malgré tout, l’ensemble de l’action citoyenne et patriotique des Algériens pendant et avant 1954. Elle avait permis quelque part a consolidé l’action militaire, pour le lancement de la guerre de libération et aboutir à l’indépendance.

L’indépendance de notre nation, c’est quelque part un moment inoubliable, les gens sont devenus pratiquement fous… Et moi avec (rire), il y avait un bouillonnement extraordinaire, un élan formidable que je ne suis pas prêt d’oublier.

Les gens étaient sincères, ils en voulaient, chacun voulait changer le monde, une volonté de sortir notre pays de ce magma colonial. J’ai vécu une expérience enrichissante et extra ordinaire durant l’euphorie des années soixante.

La conviction et le rêve, la révolte, tous cela nous a marque marqué quelque part et a contribué à tisser quelque chose dans nos vies. J’ai vécu dans les quartiers populaires à la basse casbah, Zenkate el hami, Djamaa lihoud, ou un environnement solidaire entre les gens, qui partagé le peu qu’il avait. Avant 1954, après 1954 et bien après l’indépendance.”

Propos recueillis par Tarik Ouamer-Ali, 2006

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