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L’art tatoué de Choukri Mesli : faire un “Signe” et montrer le chemin par Saâdi-Leray Farid

Pour Azzedine Mihoubi, ministre algérien de la Culture, Choukri Mesli est un peintre à classer au registre mnémonique de l’histoire de l’art parce qu’il aurait, à la suite d’une grève estudiantine, rejoint en 1957 les rangs du Front de libération nationale (FLN). Or, outrepassant les frontières mentales du parti unique, son art de résistance ne se bornera pas au réalisme de révolte que laissait entrevoir le titre de la toile Algérie en flammes (1962) emprunté au cinéaste René Vautier.

İl s’appliquera plutôt à explorer des signes-symboles immémoriaux appropriés conformément au processus d’appartenance réfléchi par Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre puis un Jean Sénac incitant pareillement les avant-corps à « (…) remonter aux sources de l’art qui ont été négligés (…), cet art abstrait réputé difficile (…), art naturel et populaire de chez nous, que l’on retrouve sur les poteries, les tapis, (…) » (Jean Sénac, in La dépêche, 15 décembre 1962), à extraire de la lettre arabe ou de l’écriture tifinagh la substance du “Moi algérien”, à la faire surgir du puits des âges ab-humain via le balisage holiste des mythes.

Cependant, les deux courants (figuratif et informel) de l’affirmation de soi (ou de la culture de combat) s’interpénétreront sous couvert d’un discours politique interdisant de distinguer, sur le plan proprement critique ou analytique, des auteurs et créateurs à identifier comme les éveilleurs révolutionnaires du “Peuple-Héros”. Confinés au sein d’un unanimisme de façade inhibant la pluralité du paysage intellectuel, ces éclaireurs avancés poseront les problématiques de la re-singularisation esthétique, celles inhérentes au « (…) contenu des œuvres, que dire ?, que montrer ? Celle de la nature du public auquel s’adressaient ces œuvres, pour qui, ce que nous allions faire ? Comment entendre ce terme populaire ? (…) » (Choukri Mesli, in CHOUKRİ MESLİ, p. 71). Si Georges Chatain nuancera le propos en précisant qu’il ne s’agissait pas à l’époque « (…) d’un débat autour de l’art populaire, mais bien sur la création contemporaine et la fonction des artistes dans l’Algérie nouvelle » (Georges Chatain, in Révolution Africaine, avr. 1963), les pesanteurs et contraintes identitopropagandistes confineront l’ensemble des protagonistes à un rôle d’illustrateurs idéologiques habilités à incarner le réel vécu d’une nation en marche vers le “socialisme-spécifique”. La feuille de route (complétée avec la Charte nationale de 1964 et 1976) les obligera à composer avec des invariants protectionnistes qui impacteront la phase de désaliénation culturelle, tarauderont à fortiori le cheminement de Choukri Mesli, “citoyen de beauté” supposé partager les slogans volontaristes régulièrement adressés à la “Grande tribu”….

Amplement factice, la pseudo-cohésion intérieure servait à neutraliser les ambitions personnelles, notamment celles des exposants de la “Galerie 54”, lieu prometteur qu’inaugurera Rezki Zérarti. S’y présentera, après Denis Martinez, également Mohamed Khadda, le dernier locataire d’un endroit soudainement fermé car risquant de faire ombrage à l’Union nationale des arts plastiques (UNAP) installée la même année (1964) au 07 avenue Pasteur. Nommé secrétaire chargé de la coordination, l’ex-Tlemcenien devenait (avec M’hamed, İssiakhem, Mohamed Ghanem, Bachir Yellès, Mohammed Zmirli, Kheïra Flidjani, Ahmed Kara, Mohamed Temmam, Ali Khodja Ali, Mohamed Khadda, Mohamed Bouzid et Mohamed Louail), membre fondateur d’un syndicat tutélaire noyant les conflits latents mais enregistrant néanmoins plusieurs défections. La monstration Reflets et Promesses de févriermars 1966 ne donnant « (…) qu’une vision partielle et sectorielle des arts plastiques algériens» (elle s’était déroulée sans Bouzid, Khadda, Zerrouki, Samson, Aksouh, Zérarti, Mesli et Martinez), l’hebdomadaire Révolution Africaine (26 févr-04 mars. 1966) sortait l’article. “L’UNAP doit redevenir le rendez-vous de tous”………….

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Document PDF : https://www.founoune.com/document/Messe-lit.pdf


 

PS/ Ce jour, samedi 18 novembre 2017, Choukri Mesli a été enterré à Tlemcen, au sein du cimetière où se trouve le carré ou caveau familial. Nous avons attendu cet instant de repos final pour dire que (hormis les proches consanguins, épouse, etc…), les plus habilités à rendre hommage au défunt étaient : Denis Martinez, Rachid Koraïchi, Ali Silem, Ali Kichou, Ould Mohand Abderrahmane et Arezki Larbi. Certains se sont arrogés, avec l’opportunisme qui les caractérise, le droit de parler, en “méconnaissance de cause”, au nom des absents, voire de l’École nationale et supérieure des Beaux-Arts d’Alger.