Accueil > à la une > L’ENTRE-VUE & NOUS : l’interview confinement d’Ahmed Mebarki

L’ENTRE-VUE & NOUS : l’interview confinement d’Ahmed Mebarki

Un nouveau format d’entretiens sans langues de bois avec des artistes  contemporains maghrébins, réalisé exclusivement pour le site founoune.com. Dans un climat global d’enfermement et d’angoisse, dû à la pandémie du coronavirus, des artistes nous livrent leurs ressentis. Ahmed Mebarki est artiste peintre, il vit et travaille en Kabylie.

Tout d’abord c’est avec grand plaisir, que je m’ouvre à cette interview que vous m’accordez dans ce bel espace ‘’ founoune.com’’ pour dire un mot actuel autant qu’artiste. J’en suis très sensible et je vous en remercie vivement.

Alors comment va la vie recluse en ces temps de confinement ? Que pensez-vous de cette situation très spéciale ?

La vie n’attend rien pour aller toujours dans son cours. Encore moins nos soucis actuels liés à cette maudite épidémie qui fait un ravage planétaire … Puisque vous dites recluse, donc enfermée ce n’est pas quelque chose d’agréable mais il faut bien s’en sortir. Si seulement la vie dans les temps ordinaires n’est pas autant recluse que ça l’est maintenant, dans un autre sens.

Autant qu’artiste, le confinement ne m’est pas étrange, je pense que l’art est surtout ce travail intérieur d’abord, cette forme de spiritualité sans nom avant d’être. Donc, en travaillant l’oeuvre, on est forcément retiré vers son univers … la peinture pour moi est cet élan vers « al Ghayb ».

Maintenant, ce qui est intriguant ce n’est pas seulement le confinement et la pandémie, mais surtout ce qui se prépare et ce qui se dessine autour de cette crise qui peut bien en cacher ou engendrer d’autres. Pratiquement, ça touche à tout et tous les pays, et je n’aime pas parler de toutes ces trames en les conjuguant surtout au politique. Face à tout cela j’ai confiance en la beauté de la vie qui finit toujours par triompher. D’ailleurs, regardez notre mère nature qui se régénère et se réjouit en ces temps. On peut presque saisir ce renouveau dans ces chants d’oiseaux qui l’expriment dans toute la beauté du printemps rayonnant. C’est quelque chose que je vis chaque matin en prenant le petit chemin vers mon atelier.

Alors dans cette même mesure, il est important pour l’homme de nos jours d’arrêter cette pollution, corruption sur tous les niveaux et regagner sa conscience pure. Chacun même dans sa solitude, réalise que bien qu’on soit coupé de l’extérieur, au fond, il nous est toujours permis et surtout temps de s’aimer, de se réconcilier tout en restant humble. Voilà le chemin à reprendre et la leçon à apprendre.

Sur votre nouveau projet très original pouvez-vous nous en dire plus ?

Essentiellement, c’est un projet qui a fleuri avec ce confinement justement. Mais qui n’a rien à voir avec cet évènement proprement dit. Disant que c’est juste un moment propice pour une inspiration qui m’est venue, Grâce à Dieu comme on dit. Elle est comme ça et j’aime son côté imprévisible, l’art c’est surtout ce qu’on ne connait pas.

Alors, l’idée principale, m’est venue dans un délire solitaire. J’ai imaginé toute l’humanité, qui fait une pause, en mettant tout en stand-by et se remet en cause. Le corona été juste un prétexte. Y a bien toutes ces questions existentielles qu’elle se pose, à travers tous ces écrans qui se défilaient mais c’été dans son langage vague et insaisissable. D’où viens-je ? que fais-je ? Où vais-je ? … Alors, j’ai essayé de faire une sorte de raccourci pour appréhender cette histoire et surtout m’épargner de me perdre dans les vielles et infinies querelles philosophiques surtout quand on les mets dans les contextes actuels. Simplement, j’ai projeté cette humanité en un seul individu afin de pouvoir en saisir peut être quelques chose. Comme ça, l’histoire pourrait être reconstruite à partir de là. Eh bien ! Y avait personne, sauf moi-même, alors je me suis dis tiens … en pensant à mon petit monde et un tas de questions se bouleversaient dans ma tête … j’ai saisi le fil de l’histoire dans laquelle je me suis engouffré, et cela s’est opéré lorsque j’ai entendu un beau chant d’oiseau, tout prêt. Un chant presque venant d’ailleurs et qui ponctuait ce silence palpable. Juste en regardant, voilà ou plutôt se dévoila un beau pays-sage vert qui se dessinait devant mes yeux, un printemps de couleurs que le soleil bénit et quand je regarde au loin même les montagnes sont claires et splendides dans leurs immobilité, elles étés presque souriantes à l’immensité du ciel … On dirait que Dieu vient tout juste de signé cette peinture devant moi. C’est là que j’ai compris dans une sorte d’intuition que l’essentiel est juste là dans l’instant présent, C’est tout ce qui est et c’est tout ce qu’il y a…

A partir de là, pour remonter dans cette histoire chimérique et répondre à l’humanité (sans prétention) qui venait se poser les questions dans ma pauvre petite tête, j’ai essayé de présenter le projet ‘’ EXPOSITION ETERNELLE ’’. Ce projet me parait comme un rêve, il contient trois étapes, pour commencer on a ‘’Invitation à la Khhalwa’’ que j’ai lancée tout récemment sur mon site web et mon profil Facebook à travers une vidéo conçue dans le vif et le brut de ce qui me tenait à coeur dans cette inspiration. C’est une expérience qui me parle beaucoup et j’espère qu’elle trouvera l’écho qu’il lui faut. Sans ego, let’s just go. Je vous partage si vous permettez un lien à la fin pour plus de détails sur ce rêve et je profite pour vous y inviter d’ailleurs.

Je reviens sur l’activité culturelle des arts visuels à Tizi ouzou, y a-t-il des galeries d’arts actives ?

Nada ! bien qu’on trouve beaucoup de potentiels en matière d’arts plastiques ici en Kabylie mais aucun espace ou structure pour en prendre soin comme il se doit. Dans les règles de l’art comme on dit. On a même une école régionale de beaux-arts, mais beaucoup d’artistes perdent aussitôt le chemin, car c’est très difficile d’avancer dans des conditions disant de misères. On a principalement la maison de la culture de TiziOuzou, qui pourrait être une plaque tournante en la chose, puisqu’elle est bien située
en ville et très fréquentée. Malheureusement, rien ne se fait dans les normes et les exigences du professionnalisme. Le médiocre ne fait qu’empirer la situation. C’est un peu le cas dans toutes les institutions de l’état dans le domaine pratiquement. Je ne cite pas seulement les lieux mais tout un tas de paramètres qui se lient et s’enchaînent. je pense que cela ne concerne seulement Tizi ouzou, mais c’est à l’échelle nationale, malheureusement … On pourrait résumer cela en parlant de l’absence d’un marché de l’art proprement dit. Je pense que le problème si situe là, et le reste est un effet de domino. A mon avis, cela est d’abord  la responsabilité du ministère de la culture qui, n’a aucune politique adaptée sur le terrain pour faire évoluer les choses  afin d’installer une dynamique adéquate dans la situation actuelle et lancer le projet en route. Un projet qui ne peut être que bénéfique sur tous les plans.

Je veux aussi faire une petite remarque concernant les galeries d’arts chez nous, bien que ce soit une activité très difficile avec pleins de soubresauts, ce n’est pas seulement une affaire de business, mais tout un investissement dans l’art, je veux dire dans la création artistique elle même, on s’y impliquant de près. C’est une question de coeur et d’amour à l’art. J’aimerai bien voire des galeries s’engager d’avantage avec l’artiste en  vivant et partageant ce bouillonnement avant même et durant la naissance des oeuvres, l’engagement des galeries dans l’accompagnement des créateurs entre exigences, sérieux pour autant de sensibilité apportera certainement de bien meilleurs résultats.

Un dernier mot ?

C’est toujours difficile de choisir un mot pour la fin, alors je vais dire un mot plutôt pour le début. Cette fois Il est question de bien se préparer pour l’après confinement, pour un nouveau départ. Le mot du milieu s’impose quand même et c’est de saisir l’art qui se situe entre le début et la fin. « Soyons sincères avec nous même d’abord, ensuite avec les autres ». C’est une parole d’un Grand Maitre à mettre en exergue. les miracles existent.

Le 17/04/2020
Propos recueillis par Tarik Ouamer-Ali 

Site : www.ahmedmebarki.com
Page : facebook