Accueil > à la une > LES MARDIS C’EST PERMIS : En panne d’inspiration
Adel Abdessemed, La barque

LES MARDIS C’EST PERMIS : En panne d’inspiration

Depuis le XIXe siècle, l’histoire de l’art, focalisée sur la production en Occident, nous montre à quel point les artistes, majoritairement masculins, ont redoublé d’effort pour proposer toujours quelque chose de particulier, d’original, de fort, de profond, de radical, de brutal, de spontané, d’illusoire, de traumatisant, de régénérant. L’orientalisme a essayé montrer un monde fantasmatique, de l’exotisme qui fait rêver ces européens en mal de voyage et d’exploration. L’art moderne nous renseigne sur l’influence des cultures extra-européennes sur l’art “occidental”. Ainsi, les aplats du fauvisme et de l’expressionnisme ne sont pas sans nous rappeler les estampes ou œuvres asiatiques. Le cubisme est essentiellement inspiré de l’art dit “africain”.

Quand nous faisons partie de ces régions lointaines ou du grand Sud, nous pouvons nous demander où se situent nos arts? Pouvons-nous nous inscrire dans l’histoire de l’art universelle? l’universel est-t-il occident-centriste? faut-il suivre ce qui se fait en occident pour être dans l’air du temps? 

Force est de constater dans les pays Sud que ni la pauvreté ou le manque de soutien à la culture, ni l’autoritarisme ou l’opposition à peine cachée ne freinent l’élan intellectuel et artistique. L’appareil colonial avait bien compris qu’en détruisant les cultures autochtones, il  créait un handicap identitaire nécessaire pour l’aliénation des populations.  A l’aube des indépendances, très vite, la question de l’identité, de l’authenticité ont surgi et les arts ont aidé à mettre en place des images pour les jeunes nations. Ce qui est assez paradoxal en Afrique, par exemple, c’est l’histoire millénaire de ce continent mais, en même temps, les indépendances récentes qui ont moins d’un siècle et qui poussent à la croissance lente. Ainsi, ces jeunes nations ont subi, par la suite, une déferlante de guerres et de crises économiques. Malgré cela, la littérature et les arts plastiques se fractionnent mais ne cessent pas de produire même dans les pires moments.

Mais voilà, en manque de soutien et d’infrastructures culturelles locales, les artistes se tournent vers les institutions étrangères et de plus en plus souvent vers l’exil. L’art contemporain est un mouvement mondial, ses circuits sont internationaux, ce qui facilite la circulation des artistes ou plus simplement des œuvres. Le mal du XXIe siècle en Afrique, c’est son incapacité à garder en elle-même le meilleur. Ces artistes qui sont côtés et particulièrement appréciés en Europe ou aux States puisent leur inspiration principalement en Afrique. L’Occident met en exergue les avant-gardes extra-européennes dans un souci de renouvellement ou d’épuisement? Certaines initiatives sont louables sur le continent, telles que les centres d’art en Afrique du Sud ou les Biennales de Dak’art mais les efforts sont insuffisants pour voir toute l’étendue de la création continentale.

L’adage dit “Quand on veut être artiste, c’est dans son quotidien que l’on trouve l’inspiration”.

Neila Djedim