Accueil > à la une > Les mardis c’est permis : Les artistes, l’avant-garde d’une société ?
Christian Choquet - Repli sur soi

Les mardis c’est permis : Les artistes, l’avant-garde d’une société ?

Très longtemps les artistes ont été vus comme des figures de proue, d’élans réflexifs sur leurs sociétés. Nous avons tous en tête, des exemples d’artistes ayant travaillé sur des questions avant même de savoir ce que l’avenir leur réservait et ça s’est avéré être dans le juste, le vrai, le réel. Parfois, tirant la sonnette d’alarme sur un fléau ou un phénomène avant les prémices. Les thèmes pouvaient être liés à l’individu, la société, la nature, la haine, la mémoire, l’histoire enfin l’identité surtout concernant les sociétés post-coloniales. Nous retrouvons un climat d’angoisse dans des créations artistiques avant l’avènement d’une crise, d’une guerre. Nous pouvons citer l’exemple de la 1ère et 2e guerre mondiale et les mouvements artistiques qui y sont rattachés.

Les artistes sont par essence assez individualistes ou du moins, ont du mal à travailler en collectivité. Les collectifs d’artistes ont d’ailleurs, énormément de mal à résister aux tensions d’ego, aux rivalités, aux responsabilités personnelles, au temps, aux opportunités des uns et des autres. Sans vouloir sous-entendre que les artistes sont égoïstes, ils sont néanmoins plus susceptibles de se renfermer sur eux-mêmes, probablement, afin de mieux digérer certains questionnements pour en sublimer des pistes de réflexion.

Quelle société voulons-nous ? Les crises nous poussent à réfléchir sur notre société. Pendant des événements politique, historique ou sanitaire, les acteurs culturels ont tendance soit à agir, soit à attendre une période de rétrospection. Des actions culturelles peuvent être rapidement être mises en place par des initiatives de la société civile, des artistes ou autres acteurs culturels. En Algérie,  la guerre de révolution n’a jamais empêché les artistes de produire. Pendant la décennie noire, également, une profusion de démonstrations artistiques continuait à exister par résistance, par instinct de survie, par lutte, par résilience.

Lors de la révolte la plus récente qu’a vécu l’Algérie, le hirak, qui a duré plus d’un an, nous pouvons nous demander où étaient les artistes ? Au tout début, nous n’en avions pas eu vent de leur présence. Quelques semaines plus tard, via les selfies, nous commencions à voir certaines personnes. Mais ces artistes étaient sortis en tant que citoyens. Il est vrai que chaque individu est avant tout un membre d’une société. Par contre, leur moyen d’expression ne devrait-il pas être, avant tout, artistique ? Le peuple a fait preuve d’une créativité incroyable mais très peu d’artistes plasticiens ont été précurseurs de ce changement. Si certains photographes ont été au cœur de la révolte, ou d’autres peintres ont décrit la révolte, nous sommes toujours dans le problème de la représentation.

Si c’est pour illustrer un fait, quel en est la pertinence ? Où se trouve la réflexion qui est derrière cette création. Parce que la révolte, existe et est vécu par le peuple. Ce sont eux qui sont en première ligne. Alors quel est l’objectif de le reproduire ?

De même, nous pouvons évoquer cette dernière période de confinement sanitaire à cause du covid-19. Le monde entier en est touché. L’Algérie ne fait pas exception. Le pays est en confinement, tout est freiné quand tout n’est pas stoppé. Les artistes indépendants sont évidemment mal lotis puisque sans revenu et, pour l’heure, sans statut. L’arrêt total de projets  sur lesquels ils étaient engagés peut avoir une persécution directe sur leur maigre rentrée d’argent. Bien sûr, nous ne pouvons avoir de chiffres précis sur ce que représente la crise actuelle dans le domaine culturelle, compte tenu de l’opacité ce ce secteur non totalement réglementé. Difficile d’évaluer le nombre exact d’artistes ce qui soulèverait la question de qui est artiste et qui ne l’est pas et sur quel critères. Ceux qui ont la chance d’avoir un emploi de la fonction publique s’en tirent assurément mieux. Des mesures gouvernementales d’urgence ont été mises en place. Ainsi, le Ministère de la Culture a proposé une aide aux artistes indépendants à travers le financement d’un de ses organes l’Onda (Office nationale des droits d’auteur et droits voisins). La question des ressources de l’Onda ne sont pas encore la question du jour. Mais encore une fois, où sont les artistes plasticiens pendant ce confinement qui ne fait que se prolonger de semaine en semaine ? Pourrons-nous suivre cette affaire de l’aide financière octroyée aux artistes affiliés à l’Onda ? Nous notons que, de plus en plus, d’artistes partagent sur les réseaux sociaux (pour ne pas citer un certain f bleu) leurs œuvres antérieures. D’anciennes expositions ou même d’œuvres n’ayant jamais été exposées. Belle initiative que de partager avec sa liste d’amis virtuels ou réels ses créations. Mais sans vouloir insister sur le caractère de repli sur soi qui est récurrent ou même d’évitement de tomber dans la création hâtive, sans digestion, certains évoqueront le sensationnel, où est l’émotion de l’instant ? Est-ce que l’art conceptuel a autant métamorphosé les pratiques artistiques ? les artistes ne sont-ils plus libres ? L’ont-ils déjà été au final ?

L’adage créé par nos soins dit «la liberté est le plus vieux fantasme du monde ».

Neila Djedim