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LES ONZE RECORDS DE BOUTEFLIKA par Mohamed ABASSA, journaliste et écrivain

ATTENTION DERRIÈRE DIABOLITO IL Y A LOS PADRINOS : Ce tableau « DIABOLITO » qui a fait la UNE du magazine « Regards » en 2000, lors de la visite de Bouteflika en France pendant son premier mandat en tant que président de la République Algérienne Démocratique et Populaire.

1. La plus grande longévité au pouvoir : Bouteflika cumule à lui seul 28 années de pouvoir : 15 ans en tant que ministre et 13 ans en tant que président de la République, 20 ans de traversée du plus terrible des déserts ; la Suisse. Et ce n’est pas fini. C’est un record absolu qu’aucun politique algérien, ni même dans le monde, n’a égalé à ce jour. On ne trouve pas d’équivalent à ce cas d’école; ni Tchombé, ni Caligula ni Batista, ni Bokassa n’ont égalé ces records; seules exceptions ; Hassan II et le Négus Ethiopien. En Algérie, c’est une performance bien originale que même Belkhadem et Ouyahia réunis, qui ont servi, sans états d’âmes, tous les présidents successifs et antinomiques, (Boumédiène, Chadli, Boudiaf, Kafi, Zeroual et Bouteflika) n’ont pas réussi à égaler. Ils ont même pulvérisé les records historiques de Talleyrand qui a servi, lui, trois régimes successifs ; la Monarchie, l’Empire et la République. Ils ont réussi, eux, à faire mieux et plus que les morpions auxquels il arrive parfois à se détacher des parties, mais eux ne semblent guère pressés de s’en détacher mais alors pas du tout pressés de quitter leurs partis. C’est une autre particularité, bien algérienne celle-là. Là mourra Kaci !

2. Triple records de corruption : Sous le règne remarqué de M. Bouteflika, l’Algérie bat trois records planétaires en matière de corruption: 1er pays corrompu du Maghreb, 1er pays corrompu du Monde Arabe, 1er pays corrompu du monde islamique. Trois records mondiaux en un seul et qui semblent ne déranger personne ; normal dit-on avec cynisme ; l’Algérie a trop d’argent donc forcément corrompue jusqu’à l’os à force d’être généreuse envers ses ouailles régnantes.

3. Record de la Harga : 1er pays au monde des Harraga et des boat people ; plus de 5000 harraga/an. Rapporté à sa population, ce chiffre est l’un des plus élevé au monde. Le plus terrible c’est que ces malheureux, une fois attrapés, sont jetés en prison aux lieu et place de ceux qui les font fuir leur pays.

4. Record du chômage : Le chômage a doublé ces dix dernières années en Algérie alors que dans la plupart des autres pays du monde, il tend à baisser, à se stabiliser ou à progresser légèrement. Doubler le nombre de chômeurs de cette manière est aussi un record mondial.

5. Pouvoir d’achat : Le pouvoir d’achat des ménages algériens a chuté de moitié. Il faut en 2010 débourser 1000 dinars pour acheter les mêmes biens qu’on pouvait acheter en 2000 avec 500 dinars. Dans quel pays du monde cette catastrophe, ce séisme s’est produit ? Aucun, sauf en Algérie de Bouteflika qui importe du Canada pour les Algériens des patates pour cochons.

6. Un PIB parmi les plus bas du monde : Le PIB per capita algérien est l’un des plus bas au monde hors recettes hydrocarbures. Si l’Algérie était placée dans les conditions économiques de pays comme la France, le Maroc ou la Tunisie, c’est-à-dire sans revenus pétroliers, le PIB serait de moins de 500$ par habitant soit cinq fois moins que le Marocain ou le Tunisien et dix fois moins que le Français. On serait à un niveau comparable à celui du Bengladesh, d’Haïti, de la Papouasie et bien loin derrière le Togo. Une moitié d’Algériens mourrait de famine, d’épidémies et de guerres civiles l’autre moitié des survivants serait obligée de se remettre au travail pour pouvoir survivre. Pendant ce temps, les texans « algériens » et assimilés, artisans de la catastrophe nationale seront bien loin. Dubaï ? Houston ? Genève ? Marbella ? Hawaï ? Tel-Aviv ? Qui sait ?

7. Prostitution zéro ? Avec son million de prostituées clandestines, permanentes, saisonnières, ou occasionnelles (fins de mois difficiles) avec ses milliers de bordels clandestins atteignant même villages et douars équitablement répartis sur l’ensemble du territoire national, l’Algérie de Bouteflika détient le record mondial du nombre de prostituées par habitant alors qu’officiellement la prostitution n’existe pas en Algérie selon les convictions intimes et définitives de M. Belkhadem. Les wali l’ont officiellement et définitivement éradiquée par la fermeture administrative de la petite centaine de bordels qui rendaient quelques joies et des plaisirs éphémères. Que se passe-t-il quand un wali zélé ferme un bordel de 60 femmes de joie ? Chaque fille ainsi jetée, crée son propre bordel clandestin sinon plusieurs. Une seule prostituée, interdite d’exercer légalement son métier, peut recruter de 10 à 100 nouvelles postulantes au plus vieux métier du monde. Nous avons des chiffres précis sur la question. Ils sont impubliables parce ça taperait la honte à l’Algérie ; disent-ils. La police a même découvert deux maisons closes très spéciales à l’Est et à l’Ouest du pays. Ces deux établissements clandestins s’adonnaient, chacun de son côté, au même commerce assez cocasse et qui n’existe nulle part au monde: Ils vendaient du plaisir de cuisses et fabriquaient concomitamment des bébés, pas des bébés éprouvettes mais des vrais bébés qu’ils écoulaient sur le marché local à cent mille dinars « pièce » Quelle horreur! C’est aussi la conséquence directe de la fermeture des bordels. C’est comme la fermeture des bars de quartier. Quand le buveur ne peut plus aller à son bar fermé, c’est le bar qui entrera chez lui, à la maison, avec les enfants. Et là aussi, l’Algérie de Bouteflika détient des records jamais égalés ailleurs. 2500 bars restaurants fermés en moins de dix ans. Quel pays a fait cela ? Il paraît que ça plaît à Dieu, aux islamistes et à Belkhadem ; c’est un bonus pour entrer au paradis se dit-il. Je répète ma question ; dans quel autre pays connu du monde civilisé a-t-on fermé par décision administrative 2500 bars et restaurants ? Dans l’entendement de ces décideurs incultes, il s’agit dans leur tête d’une offrande à Dieu ; un investissement à effets différés au frais de l’Etat pour aller vite au paradis. Dans la République bricolée de Bouteflika, la vie est décrétée simple et policière : pas de mangeur du ramadhan, pas de prostituées, pas de routes coupées ni de mairies envahies, pas de harraga, pas de bars, pas de marcheurs protestataires, pas de réunions, pas de partis, pas de livres contestataires qui disent le vrai et le juste, pas d’Homme libres dénonçant l’arbitraire et l’injustice. L’Algérie de Bouteflika, pour ses servants et servantes, il n’y a que des Algériens dévots et spécialement aplatis à son adoration d’abord et à celle de Dieu ensuite. Officiellement, l’Algérie compte 34 millions de musulmans, tous pratiquants, tous faisant Ramadhan, tous faisant leurs six prières quotidiennes (la 6ème étant pour le chef sur terre) Officiellement, l’Algérie terre d’Islam, ne compte aucun chrétien, pas un seul juif, ni athée, ni agnostique. Rien de ces mécréants n’existe en Algérie de Bouteflika. Les rares individus qui oseront braver ou contrarier cette belle et stupide unanimité nationale seront jetés en prison. En Algérie de Bouteflika, on a jeté des personnes en prison pour « non-jeune » durant le Ramadhan. Mais pourquoi donc ne pas jeter en prison ces millions d’Algériens qui se cachent pour manger comme les oiseaux se cachent pour mourir, pourquoi ne pas jeter en prison ces millions d’Algériens qui ne font pas la prière, ne vont pas à la mosquée, ne font pas la Zakate ? C’est pour quand la police religieuse ? La flagellation ? La lapidation ? Le bûcher ?

8. La richesse au service de la misère : Demandez à la télévision dite nationale de nous montrer ces gamins et gamines ou ces vieillards cassés se cachant dans les froides aurores pour fouiller les poubelles, les disputant parfois aux chiens pour se nourrir ; Oui, seulement se nourrir ! Cela se passe dans un pays couché sur un matelas de 200 milliards de dollars de réserves. Aucun pays normal au monde, ne perçoit autant d’argent du pétrole sans savoir quoi en faire sinon à appauvrir davantage le peuple, sinon à alimenter la corruption et les détournements massifs, sans savoir quoi en faire à part le placer dans le trésor américain pour l’aider à faire ses guerres criminelles en Irak et en Afghanistan. Ces énormes richesses fiduciaires placées au service des américains, ont atteint des records mondiaux qu’aucun autre état du monde n’aurait acceptés.

9. Retour des maladies éradiquées le siècle dernier : Records dans le développement ou le retour des MST (Maladies Sexuellement Transmissibles) Interrogez le corps médical algérien sur le retour massif des vieilles maladies éradiquées le siècle dernier, interrogez le sur le développement des maladies sexuellement transmissibles depuis l’apparition de la prostitution clandestine : ni encadrée, ni contrôlée ni médicalisée comme elle l’était par le passé. Selon certains médecins spécialistes, les cas de sida non déclarés sont plus importants et bien plus graves que ceux déclarés et suivis. Généralement les filles atteintes ne se déclarent pas de crainte de perdre son travail et donc son unique revenu. De ce fait, elle propage sa maladie à ses clients lesquels la propagent autour d’eux et ainsi de suite. L’Algérie de Bouteflika, bat aussi des records dans les enlèvements et viols de gamines et de gamins, records dans les drames familiaux d’incestes diverses ; demandez aux commissaires de police de révéler ces horreurs cachées et rarement divulguées de pères violant et engrossant leurs propres filles, de frères sur leurs sœurs, d’oncles sur des nièces, etc…etc… Certains psychiatres et sociologues algériens n’hésitent pas à parler de records dans les formes de pathologies psychiatriques ( folie, démences, schizophrénie, errance, vagabondage, paranoïa et psychoses diverses dus au stress et aux difficultés de la mal vie) Des records aussi dans la catégorie des femmes et enfants abandonnés, des records dans les suicides et plus spécialement chez les jeunes filles de 13 à 20 ans ( cas de ces gamines dont la sexualité a été violentée et agressée qui préfèrent le suicide à la honte) Ce phénomène de suicides anormalement élevé dans cette catégorie de personnes fragiles et faibles, engage la responsabilité directe, pleine et entière des pouvoirs publics. Car on ne ferme pas une centaine d’établissements de joie sans conséquences sociales immédiates. Ces bordels agissaient comme moyens de défoulement et de soupape de sécurité dans la société. Leur disparition drastique a vu le développement non moins drastique des enlèvements, des viols et d’incestes dans un contexte de crise de logement, de promiscuité familiale où frères, sœurs, cousins, cousines dorment dans la même pièce, parfois avec les parents. D’où ces dérives incestueuses.

10. Hommage et soutien aux égorgeurs : L’Algérie est le premier et le seul pays au monde où un humain égorge un autre humain parce qu’il ne pense pas et ne vit pas comme lui, qu’il soit homme, femme, bébé, adulte, jeune ou vieux, civil ou militaire. Ces gens là, égorgeurs, sont redevenus, par la grâce divine de Bouteflika, des êtres humains normaux ; graciés, dédommagés et, plus encore, honorés par Bouteflika qui les qualifie de « ses frères des montagnes » Peut-on faire pire dans le monde quand on réhabilite et honore des égorgeurs de bébés ?

11. La plus grande mosquée d’Afrique et du monde ? Il se dit et s’écrit que plus l’être humain se sent sale et corrompu et plus il a envie de se laver et de se repentir dans les mosquées et autres lieux de croyance et de résipiscence. Et c’est ce qui semble arriver à M. Bouteflika qui découvre, entre autre décadence tardive, qu’il gère l’un des pays le plus dévoyé et le plus corrompu au monde dont il est, aussi, le premier responsable. C’est pourquoi, en bon mystique et craintif qu’il est, dans un ultime repli de componction, pour atteindre à grands frais, quelque grâce et pardon divins. Avec l’argent du pétrole, dans un ultime soupir de contrition, il offre à Dieu, du moins le croit-il, la plus grande et la plus haute mosquée d’Afrique et du monde. Par ces largesses démesurées à Dieu, sept milliards de dollars, l’équivalent de 50 cités nationales des arts et des sciences, Dieu aurait bien mieux et bien plus apprécié le geste de son serviteur s’il avait contribué à soulager les souffrances connues de son peuple. Parce que Dieu n’est pas corruptible comme peuvent l’être ses créatures. Dieu n’est guère sensible aux luxes et au lucre des terriens. Ni le marbre de Carrare, ni les lustres, appliques et candélabres de cristal de Bohème ni les lambris de palissandre ou d’acajou ne peuvent séduire et gagner la bienveillance de Dieu. Le croyant n’a jamais eu besoin de palais pour élever sa foi. Un carré d’un petit mètre suffit, n’importe où pour se rapprocher de dieu, dans n’importe quelle langue et pour n’importe quelle religion. Quand on est croyant, peut-on vraiment s’exonérer du devoir de vérité? De l’obligation morale de ne pas gaspiller l’argent du peuple ? Avec ces milliards de la grande mosquée qui finiront comme tous les autres, c’est-à-dire dans des comptes suisses, dans la grande corruption locale et chez les multinationales, on aurait mieux fait de loger durablement un million de croyants Algériens. Dieu et les hommes en auraient été comblés. Peut-on construire la plus grande mosquée du monde par souci de contrition –la question s’adresse à tous les présidents, rois, roitelets et émirs musulmans – quand on a menti à Dieu et à son peuple ? Quand on a volé l’argent de son peuple ? Quand on a tué ou laissé tuer ses propres congénères ? Quand on a défendu et protégé des égorgeurs ? Quand on a aidé les américains à tuer des milliers et des millions de croyants ? Non, jamais ; Dieu n’ouvrira pas son Paradis à ces gens là. Parce que la mosquée, avant d’être riche et grande, avant d’être la plus belle et la plus grande d’Afrique ou du monde est d’abord un lieu sain et propre. De corps et d’esprit. Autrement, elle ne sera jamais un saint endroit.

 

DIABOLITO oeuvre de Mustapha Boutadjine (2000)

 

Alger républicain, le 12 mars 2019 
BOUTEF ET LES ÉLECTIONS

Bouteflika renonce au 5e mandat : Le mouvement populaire arrache une première victoire mais le combat continue.
Bouteflika renonce à un cinquième mandat et décide de reporter la tenue de l’élection présidentielle. Il démet de son poste de chef du gouvernement Ouyahia, l’homme des basses besognes du pouvoir le plus haï par le peuple pour son mépris pour les modestes gens et son arrogance. Il le remplace par le ministre de l’Intérieur et désigne au poste de vice-premier ministre et de ministre des Affaires étrangères Lamamra. Ce dernier, diplomate expérimenté, est un homme rassurant pour les États impérialistes et donc chargé d’obtenir leur appui à l’application du nouveau plan du régime. Telles sont les premières décisions prises par Bouteflika au lendemain de son retour de Genève après 15 jours de soins. Bouteflika promet une nouvelle révision de la Constitution, un referendum populaire et une élection présidentielle. Ces tâches seront confiées à une « conférence nationale inclusive ». Le plan pour désamorcer le mouvement populaire ascendant repose sur la convocation de cette « conférence nationale inclusive… équitablement représentative de la société algérienne comme des sensibilités qui la parcourent » et « dotée de tous les pouvoirs nécessaires à la discussion, l’élaboration et l’adoption de tous types de réformes devant constituer le socle du nouveau système » avant la fin de l’année 2019. Sa décision de ne pas se représenter à l’élection présidentielle et l’éviction d’Ouyahia ne répondent pas à la colère des masses populaires. La grande majorité des manifestants de ces derniers jours aspirent fondamentalement à un régime débarrassé de la corruption, de l’arbitraire et des inégalités sociales. Malgré leur caractère limité et spectaculaire, ces mesures sont les premiers fruits du mouvement populaire massif spontanément déclenché au lendemain de la décision de Bouteflika de briguer un 5ème mandat. Une première victoire face aux gangs abrités derrière le portrait d’un homme impotent depuis son AVC de 2013. Cette invalidité physique n’excuse en aucune manière Bouteflika. Il est demeuré suffisamment conscient pour avoir continué à couvrir leurs malversations, le pillage des revenus pétroliers, l’achèvement de la destruction du secteur public productif, entamé avant lui par les équipes contre-révolutionnaires et antinationales qui se sont succédé depuis l’époque de Chadli, l’exploitation féroce des travailleurs réduits à l’impuissance par un arsenal de lois anti-ouvrières et anti-démocratiques, le tout sanctifié par les discours mensongers des gouvernants sur la stabilité du pays face aux dangers extérieurs. Qui désignera les participants à cette conférence, comment et sur la base de quels critères? Bouteflika ou les hommes qui se tiennent derrière lui, ne le disent pas et ne peuvent le dévoiler pour le moment. Il est clair que pour les classes possédantes et leurs politiciens influents, ultra-médiatisés, au pouvoir ou dans l’opposition de surface, l’heure est aux tractations dans les coulisses. Elles cherchent une solution et un nouveau compromis institutionnels de nature à protéger leurs intérêts égoïstes contre l’ouragan populaire. Elles ont peur par-dessus tout que ce mouvement populaire inorganisé échappe aux groupes coordonnés qui se cachent sous les réseaux sociaux, passe à un stade supérieur de conscience et d’organisation qui s’attaquera aux bases économiques qui produisent l’exploitation, les inégalités sociales, la misère, l’oppression et la dépendance économique envers les puissances impérialistes.
La pression populaire sous toutes ses formes ne doit pas faiblir.

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DIABOLITO
Par Mustapha Boutadjine. Paris 2000. 
Graphisme-collage
Extrait de « Contre images », extrait de la monographie 
« Collage Résistant(s) », 
Éditions Helvétius Paris. Collection privée
DROITS RESERVÉS : À MUSTAPHA BOUTADJINE/ÉDITIONS HELVÉTIUS/ARTBRIBUS/ADAGP 1114563