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«L’Exposition (In)attendue» Bachir Demnati aux comptoires des mines (Marrakech) jusqu’au 10 déc

« L’Exposition (In)attendue » permet de redécouvrir le peintre Bachir Demnati, quelque peu occulté dans une histoire de l’art marocain qui ne demande qu’à être complétée par le regard des nouvelles générations. Des œuvres pionnières côtoient de nouveaux travaux, réalisées pour l’occasion à partir de maquettes des années 70.

Du 20 octobre au 10 décembre 2018, la Galerie Comptoir des Mines expose l’artiste, absent depuis plus de 40 ans de la scène artistique, dévoilant quelques rares œuvres réalisées durant les années 1970, aux côtés de celles conçues d’après des croquis et dessins préparatoires datant de la même époque et soigneusement conservées.

Tangérois né en 1946, il est lauréat de la prestigieuse Ecole Nationale des Arts Visuels de Bruxelles puis intègre la société de Guy Stenier, le plus grand cabinet d’architecture de sa ville de naissance. À l’occasion de sa première exposition individuelle au Casino municipal de Tanger alors qu’il n’a que 17 ans, l’artiste se fait remarquer à l’époque pour son originalité et son audace dans le choix des matériaux.

Membre fondateur de l’AMAP (Association Marocaine des Arts Plastiques) en 1972, Bachir Demnati est proche du mouvement de Casablanca, composé d’illustres artistes à l’instar de Mohamed Chabaa et Mohamed Melehi. À la suite d’un grave accident en 1978 où il reste dans le coma un certain temps, il se consacre définitivement et exclusivement à son activité d’architecture.

C’est « une forme d’injustice de l’Histoire » que Hicham Daoudi entend réparer en consacrant à Bachir Demnati l’exposition d’automne de la galerie Comptoir des Mines. Depuis 2015, l’artiste revient petit à petit sur la scène artistique par l’entremise de Hicham Daoudi, fondateur de la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art. Certains de ses travaux ont été vendus aux enchères et l’une de ses œuvres a été sélectionnée à la grande exposition organisée à Dubaï en mars dernier autour du thème « cinq écoles de modernité arabe à travers cinq décennies », s’imposant comme l’emblème de l’événement, jusqu’à faire la couverture du prestigieux catalogue.

Un accident de voiture, en 1978, le plonge dans un profond coma dont il sortira mais qui mettra un terme à une carrière pourtant prometteuse. « La scène marocaine, trop jeune encore, ne doit pas oublier les illustres protagonistes qui ont contribué à sa reconnaissance », précise Hicham Daoudi, qui s’attache autant à promouvoir la jeune scène issue de l’école de Tétouan qu’à valoriser les artistes modernes parfois méconnus de l’Ecole de Casablanca.

Bachir, Demnati, ondulations, Tanger

 

ECRIRE L’HISTOIRE

Quarante ans plus tard, un coup de projecteur inattendu est à nouveau porté sur cette œuvre d’une très grande rigueur plastique, avec l’exposition sur la naissance de la modernité dans le monde arabe en marge d’Art Dubai 2018 (« That feverish leap into the fierceness of life » de Sam Bardaouil et Till Fellrath, lire Diptyk n°43). Une œuvre de Bachir Demnati est choisie pour figurer en couverture du catalogue, preuve s’il en fallait du caractère pionner de son travail. L’exposition de Comptoir des Mines, où se côtoieront des œuvres anciennes et des créations récentes réalisées par Demnati à partir de maquettes conçues dans les années 70, témoigne d’un sens inné de l’innovation formelle. Il est l’un des premiers à utiliser des panneaux laqués, à découper des bandes de propylène, pour réaliser des œuvres « hypnotisantes », selon Hicham Daoudi. « Le rythme de mes œuvres surgit de lui-même, commente Bachir Demnati, grâce à un jeu ordonné et calculé de lignes et de formes. »

Privilégiant des collages sur bois ou plexiglas, mais ne délaissant pas pour autant l’acrylique, le peintre crée des espaces plastiques où la perfection des lignes entre en résonance avec des formes plus arrondies, quand elles ne sont pas ondulatoires. Comme si l’on assistait, à travers le simple jeu de l’abstraction géométrique, à la rencontre entre deux conceptions de l’espace, où les effets de volumes sont prédominants. « La recherche du geste parfait caractérise sans doute le mieux son travail », souligne Hicham Doudi

Attendue ou inattendue, cette exposition tombe en tout cas à point nommé pour compléter une histoire des arts plastiques qui reste en grande partie à écrire, alors que se profile le cinquantième anniversaire de l’exposition-manifeste de la place Jamaa el Fna et de la consécration du Groupe de Casablanca.

Source textecomptoir des mines galerie