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Mansour Abrous : le chercheur esthète

« Acheter, conserver des œuvres d’art et constituer des collections. La constitution du patrimoine national exige une présence, une vigilance, une prospective, un investissement sans relâche. Je crains que faute de politique d’acquisition sereine ou agressive, des séquences entières de notre histoire contemporaine soient menacées, absentes des collections nationales pour les générations à venir, pour qui voudrait les découvrir, les admirer, les étudier, les valoriser. Aujourd’hui, et depuis une dizaine d’années particulièrement, un déséquilibre est manifeste dans la politique d’achat des œuvres d’artistes algériens. Nos institutions achètent peu. Faute d’argent pour leur permettre des acquisitions, elles ne peuvent compléter les collections nationales, constituer le patrimoine artistique et assurer la continuité de l’histoire de l’art en Algérie. Les institutions étrangères font main basse sur les œuvres d’artistes algériens vivant ou non à l’étranger. Pendant ce temps, la directrice d’un musée algérois regrette les périodes de  “l’euphorie des dons”. »  écrivait Mansour Abrous en 2017, témoignant de l’état des lieux des arts visuels.

Sur son ami Choukri Mesli disparu le 13 nov 2017, il affirme “Il a cultivé la pudeur et la modestie dans ses actes citoyens, je l’ai vu s’en affranchir dans les moments-vérité, où face à un ministre de la culture, il a dit son cette Algérie que nous aimons en avant garde, militante, corrigeant ses erreurs, traçant l’avenir pour ces millions d’enfants.” De même, Mansour Abrous animé d’une la modestie et de la pudeur a en permanence proposé des projets artistiques pour son pays insistant sur la culture comme élément essentiel de la société. « La culture est notre profondeur stratégique, dans tous les pays du monde à fort potentiel culturel on considère la culturel comme un élément de cohésion social et un élément de cohésion national. La culture c’est deux choses c’est des repères dans le temps et dans l’histoire et c’est de la cohésion. Or ce dont l’Algérie à besoin aujourd’hui c’est d’avoir, un : des repères pour sa jeune génération, et deux : de la cohésion. Nous fabriquons plus de cohésion puisque nous n’avons pas d’institutions qui fabriquent de la cohésion et donc la culture c’est un des éléments de cette cohésion. C’est en ce sens que je plaide pour que l’art et la culture soient des éléments de la profondeur stratégique parce que ce sont des ressources à la fois esthétiques et éthiques et de création qui mettent à distance l’ennemi au sens militaire du terme. Pour moi l’art et la culture participe justement de la sécurité de notre pays. » Déclare t’il sur les ondes de la chaîne trois en 2014 invité de l’émission “accès libre” de Narimane Saadouni.

Né le 23 septembre 1956 à Tizi-Ouzou, diplômé de psychologie (Université de Paris-Nanterre) et d’esthétique (Université Paris Sorbonne), il a enseigné à l’École Supérieure des Beaux-arts d’Alger avant de quitter le pays pour la France où il a été, entre autres, directeur de la culture de la ville de Créteil. Puis chargé de mission « culture » à la ville de Paris. Toute sa vie durant, il s’est intéressé de près au mouvement algérien des arts plastiques auquel il a consacré de nombreux ouvrages. Parmi ces derniers citons « Les Artistes algériens Dictionnaire biographique 1917-1999 » (Casbah Ed., Alger 2002), « L’Annuaire des arts en Algérie 1962-2002 » (Alger, autoédition, 2004) et « L’art en Algérie. Répertoire bibliographique (1844-2008) », Casbah Editions, Alger 2009. Il est aussi l’auteur d’un essai intitulé « Contribution à l’histoire du mouvement étudiant algérien 1962-1982 » (Ed. L’Harmattan, Paris, 2002). Mansour est décédé le mardi 29 janvier 2019 dernier en France. Paix à son âme.