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Le marché de l’art et les intermédiaires marchands

Les galeries et les sociétés de vente aux enchères auction tiennent des rôles différents. Par leurs prix publics, les enchères constituent la part la plus visible du marché de l’art,  mais, bien qu’elles tendent à occuper une place croissante, elles n’endossent qu’un second rôle. Le premier est réservé aux galeries qui ont théoriquement l’exclusivité de ce que l’on appelle le premier marché, ce qui correspond à la première vente de l’œuvre. Et selon certaines estimations,  la part des enchères pour l’art contemporain ne correspondrait qu’à environ 30% du marché au niveau international.

Les galeries ou le premier marché

Situées à l’intersection de l’artistique et du marchand, les galeries sont emblématiques de la complexité, par nature, du marché de l’art qui doit concilier le travail de création de l’artiste et faire face aux réalités marchandes; les prix des oeuvres ne sont pas affichés.

DE DURAND-RUEL À CASTELLI, DE PARIS À NEW YORK

Les galeries de promotion, apparues dans la seconde moitié du XIXe  siècle, ont été les acteurs centraux de la transformation du marché, se positionnant comme intermédiaires chargés de découvrir les nouveaux talents et d’en assurer la promotion auprès des #collectionneurs. C’est Paul Durand-Ruel puis Ambroise Vollard, Daniel Henry Kahnweiler qui ont été les pionniers. Après la Seconde Guerre mondiale, le marché s’est déplacé aux États-Unis, à New York en particulier, et l’obtention par l’Américain Rauschenberg du prix de la biennale de Venise en 1964 a marqué, symboliquement, ce transfert.  Avec Leo Castelli, marchand du Pop Art et figure emblématique du marché dans les années 1960, un nouveau mode d’internationalisation s’est mis en place, moins coûteux et plus efficace  : les friendly galleries autorisées à organiser des expositions des artistes de la galerie-mère selon des modalités variables. Ce dispositif a permis à Léo Castelli de faire connaître mondialement et rapidement les artistes du Pop Art et de disposer partout dans le monde de lieux de promotion et de vente.

Les prix records obtenus par la jeune génération (artistes nés après 1945) montrent le glissement du marché vers les pays anglo-saxons et la Chine. Aujourd’hui, les principales galeries sont européennes et nord-américaines, même si la mondialisation a contribué à l’éclatement géographique du marché. Les galeries américaines sont très puissantes à l’image de Gagosian, Marian Goodman, Barbara Gladstone ou Matthews Marks. Mais les galeries anglaises (Victoria Miro, White Cube, Gavin Brown, etc.), allemandes (Sprüth und Magers, Michael Werner, Jablonka, etc.), autrichienne avec  Thaddaeus Ropac posent à Paris, suisses (Hauser etWirth, Presenhuber, Bischofberger…), italiennes avec la Galleria Continua et également françaises (Perrotin, Kamel Mennour, Chantal Crousel, Daniel Lelong, Templon, Nathalie Obadia,  Vallois, entre autres)  participent activement au dynamisme du marché.

Certaines galeries, héritières des premiers grands marchands, assurent la découverte et la promotion d’artistes contemporains. D’autres se concentrent sur une activité de négoce et interviennent sur le second marché, c’est-à-dire sur le marché de la revente d’œuvres d’artistes ayant déjà acquis une certaine notoriété. Ce métier ne nécessite pas nécessairement de tenir boutique. On parle alors de courtage. Ces marchands sont généralement spécialisés sur une période particulière (Pop Art, Arte Povera, Art Minimal, Figuration narrative, Nouveaux Réalistes…) et tirent leur compétitivité de la connaissance précise qu’ils ont de leur segment de marché. Ils s’approvisionnent soit directement auprès de #collectionneurs, soit en ventes aux enchères, plus rarement auprès des #artistes, et se rémunèrent soit sous forme de plus-value, soit en prenant en dépôt des œuvres et en récupérant un pourcentage.

Les sociétés de vente aux enchères

Il y a dix ans les ventes d’artistes vivants représentaient 17,6  % des 3,35  millions d’euros de chiffre d’affaires réalisé par les sociétés de vente aux enchères dans le monde. Aujourd’hui le chiffre d’affaires s’affiche en milliards de dollars, et la part des artistes contemporains ne cessent d’augmenter grâce notamment à la scène artistique chinoise. Néanmoins l’intérêt que celles-ci portent à l’art contemporain ne date réellement que des années 1990,  les enchères ne constituant qu’une faible proportion du nombre des transactions opérées sur l’ensemble du marché de l’art contemporain qui concernent essentiellement les artistes de l’avant-garde médiatisée ou des œuvres consacrées.

POURQUOI LES ENCHÈRES NE SONT-ELLES PAS CENTRALES SUR LE MARCHÉ DE L’ART CONTEMPORAIN ?

Les transactions sur le marché de l’art contemporain s’effectuent très majoritairement en galerie, le marché d’enchères ne concernant que des artistes ayant déjà acquis une certaine visibilité.  Pour l’art contemporain, la qualité artistique n’est pas le seul critère ; la reconnaissance du rôle joué par l’artiste dans l’histoire de l’art est construite par quelques acteurs du marché, que l’on appelle usuellement les instances de légitimation. Le rôle du diffuseur est d’apporter alors son expertise et son expérience de la scène artistique concernée.

La force d’une société de ventes repose avant tout sur sa capacité à attirer de prestigieuses collections. Cela nécessite la mise en place d’un vaste réseau international d’experts chargés de repérer les vendeurs et de leur proposer des services compétitifs.

A noter que la théorie des enchères enseigne que l’espérance de gains d’un vendeur est proportionnelle au nombre d’acheteurs. Plus une société de ventes est importante, plus elle dispose de moyens de communication pour attirer les acheteurs et permettre ainsi aux vendeurs d’obtenir des prix élevés.

De fait, Sotheby’s et Christie’s obtiennent des prix moyens supérieurs à ceux de leurs concurrents, et la suprématie de Christie’s et de Sotheby’s a donc tendance à s’auto-renforcer en dehors de la Chine ou seules les maisons de vente chinoises ont le droit d’opérer. Le rapport de la TEFAF structure le marché de l’art chinois, qui a enregistré une croissance de 900% depuis 10 ans,  en deux pôles : le secteur des enchères – qui représente environ 70 % du marché – et le secteur des galeries et des marchands. Le rapport fait état de l’existence de 335 maisons de ventes en Chine continentale – répertoriées par la Chinese Auctioneers Association (CAA)- dont 28 % sont basées à Pékin, 14 % à Shanghai et 14 % à Hong Kong. Ce sont Shanghai et Pékin qui bénéficient le plus d’ouvertures de maisons de ventes

UN INTÉRÊT RÉCENT DES MAISONS DE VENTE POUR L’ART CONTEMPORAIN

Bien que l’art contemporain ne constitue qu’une part de leur chiffre d’affaires total, les maisons de vente témoignent, depuis une vingtaine d’années, d’un intérêt croissant pour cette spécialité.

La structure des ventes aux enchères par pays ne reflète pas nécessairement leur rayonnement artistique. Les artistes vendus aux enchères sur chaque place de marché (marketplace) peuvent appartenir à de multiples nationalités.

Ainsi, la quatrième ou cinquième position de la France, selon les années, ne correspond pas à la reconnaissance des artistes français sur le plan international, ceux-ci n’étant pas suffisamment représentés dans les institutions étrangères et dans les ventes aux enchères…

En résumé,  et en dépit de l’intérêt croissant que les maisons de vente aux enchères marquent pour l’art contemporain, le premier marché reste l’apanage des galeries de promotion qui effectuent une réelle prise de risque en soutenant des artistes inconnus du public.

Les sociétés de vente aux enchères interviennent dans un second temps et contribuent à médiatiser des artistes déjà lancés par les galeries, en fixant leur cote publiquement.

Extrait : Sagot-Duvauroux Dominique, Moureau Nathalie, « IV. Les intermédiaires marchands : galeries et maisons de vente »,  Le marché de l’art contemporain, Paris, La Découverte , «Repères», 2010.

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