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LES MARDIS C’EST PERMIS : l’Afrique s’invite en … Afrique

Une exposition d’instruments de musique africains s’est tenue à Alger, pendant le mois du patrimoine, d’avril jusqu’en été 2018 au musée Public National du Bardo. C’est un musée situé dans une demeure du XVIIIe siècle, remanié à plusieurs périodes et qui abrite actuellement des collections préhistoriques et ethnographiques.

L’annonce de cette exposition a été une bouffée d’oxygène en comparaison avec tous les autres événements muséaux proposés pendant cette période. L’Afrique est là, l’Afrique a encore des ressources et des mystères à nous faire découvrir. Cette exposition présentait par typologie différents instruments à vent, à cordes, à percussion et la scénographie proposée a certainement mis en valeur cette petite collection entre les objets, les panneaux explicatifs et les vidéos projetées. Les instruments exposés font partie de la collection que le musée possède depuis son ouverture en 1930 jusqu’à nos jours. A mi-chemin d’une exposition ethnographique, une chose étonnante saute aux yeux : parmi les pays présents, l’Algérie n’y figure pas.

Cela pousse à se poser un certain nombre de questions :  Quelle image avons-nous de l’Afrique et quel message voulons-nous transmettre ? Quelle vision avons-nous de nous-mêmes ? Quelle place ont les collections d’arts africains en Algérie ?

L’Algérie, faut-il le rappeler, a été une figure importante sur le continent à l’époque où elle représentait la révolution contre les forces coloniales. Elle a également joué un rôle de locomotive lors de son organisation du premier festival panafricain en 1969. Un événement culturel qui avait comme objectif d’unifier tout le continent, sans distinction de points cardinaux. De ces discours forts sur l’africanité, que reste-t-il ? Depuis, l’Algérie a fait son chemin, qui s’est peu à peu perdu dans un tiraillement entre l’Orient et l’Occident, en oubliant ces propres racines africaines.

Il a fallu attendre 40 ans pour assister à la seconde édition du festival panafricain en 2009. Ceux qui se souvenaient du premier, vivaient une sorte de nostalgie. Par contre la nouvelle génération était complètement coupée du contexte africain. Ils ne connaissaient malheureusement que très peu les cultures africaines et ne se sentaient pas inclus dans ce foisonnement artistique, chromatique et surtout identitaire. La meilleure manière de transmettre un message se fait par la culture, par la musique, par les arts visuels, par le cinéma, par la danse, par la littérature. On y gagne assurément à ce qu’il y ait plus d’échanges intercontinentaux. 9 ans déjà, depuis le second festival panafricain. Nous avons perdu de vue nos origines et nos inspirations pour une originalité certaine. Ce que des artistes algériens et d’autres sur le continent avaient commencé, n’a pas été pérennisé.

A l’indépendance, l’Algérie avait obtenu les collections d’art appartenant aux différents musées et non à l’état colonial. Parmi ces collections, des artefacts africains. Le musée National des beaux-arts d’ailleurs, en possède une partie qui n’est jamais exposée. Le musée du Bardo, comme cité ci-dessus, en ressort certaines pièces de temps à autre. Mais qu’en est-il du fond réel que possède l’Algérie et qui a été enrichi au fil des décennies ? Lors des différentes manifestations, de 1969 et 2009, l’état algérien et le ministère de la culture a pu acquérir quelques œuvres africaines. Cependant, nous ne pouvons y débattre avec précision, sans documents y attestant.

Et depuis 2013, un projet est lancé par l’union africaine « le Grand musée de l’Afrique » et l’Algérie a été mandatée pour réaliser cet ambitieux projet. Ce musée aura pour vocation d’exposer les collections de tout le continent et de pouvoir réceptionner les restitutions annoncées par les dirigeants européens, dans les meilleures conditions de conservation. Mais ce projet annoncé en grande pompe devait être livré en 2016. L’étude ayant été faite, le bureau d’architecture, d’ingénierie et le lieu sélectionnés, cependant, l’idée de ce musée a pris plus de temps que prévu. En effet, l’Algérie traverse une période d’austérité économique et le budget du Ministère de la culture (loi de finance 2018) se voit réduit au point de ne représenter que 15,27 milliards de dinars, soit, 0,33 % du budget de l’état. Mais, le projet du grand musée de l’Afrique refait surface en 2018. Est-ce un regain d’intérêt sur le rôle vecteur que devrait jouer l’Algérie sur le continent ?

L’adage dit “Bien se connaître pour se faire reconnaître”. Tant que l’Algérien ne se rend pas compte qu’il est africain, il sera condamné à singer d’autres cultures.

Neila Djedim

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Site du musée du Bardo (Alger) : http://museebardo.dz/