Accueil > à la une > LES MARDIS C’EST PERMIS : Quelle place a le manifeste au XXIe siècle ?

LES MARDIS C’EST PERMIS : Quelle place a le manifeste au XXIe siècle ?

Il manifesto, par définition se veut  comme une annonce écrite et publique par laquelle un courant artistique déclare une position stylistique en totale opposition avec ce qui a précédé. Ainsi, les manifestes les plus connus sont ceux du mouvement Futuriste, surréaliste ou Dada. Mais voilà qu’en histoire de l’art arrive une coupure nette avec les procédés et styles antérieurs : l’Art Contemporain. Ainsi, depuis le pop’art, les questions philosophiques concernant l’art ne se définissent plus sur un plan stylistique. L’art contemporain offre cette liberté pour un artiste d’utiliser un langage propre et qu’au même moment, un autre artiste puisse s’exprimer de manière totalement différente. Ces œuvres sont là, les unes avec les autres dans une pluralité de création et d’interprétation.

Mais alors, est-ce que le manifeste a encore sa place de nos jours ? Certains ont déjà affirmé dès les années 80 :

L’époque des manifestes est close – Jean-Marie Gleize (Manifestes, 1980)

D’autres encore, tels que Nicolas Bourriaud, proposent des outils pour analyser l’évolution de l’art et sa globalisation. Il dit :

L’activité artistique constitue un jeu dont les formes, les modalités et les fonctions
évoluent selon les époques et les contextes sociaux, et non pas une essence
immuable. La tâche du critique consiste à l’étudier au présent. (Esthétique rationnelle, 2001)

Mais alors peut-on qualifier cet écrit de manifeste? puisque les anciens manifestes, des avant-gardes, étaient rédigés par un groupe d’artistes ayant des préceptes communs. L’esthétique rationnelle, au contraire, propose de mettre ensemble des individus et des œuvres n’ayant en commun ni le thème, ni l’iconographie, ni le style ni même le pays. Ainsi, le parti pris est de présenter des œuvres reflétant l’idée d’un présent immédiat. Bourriaud, n’étant pas artiste, finit par l’écrire lui-même que les petits récits fragmentaires remplacent les grands récits des avant-gardes, de petits gestes se substituent aux actions violentes, de micros-utopies individualistes suppléent aux grandes utopies du siècle dernier.

A la grande différence des artistes des avant-gardes qui croyaient en des idéaux, utopistes certes, les artistes actuels semblent adhérer à un système libéral qu’ils disent vouloir contester.

 

L’adage dit “La forme supérieure de l’opposition, c’est la création”. Quand une pluie de créations s’abattra sur nous, nous serons enfin satisfaits.

Neila Djedim