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Modèle de reconversion des friches industrielles

La reconversion des friches industrielles est en marche depuis la fin des années 1990. De nouveaux types de lieux de création émergent alliant les caractéristiques du bâtiment d’origine aux caractéristiques de la culture actuelle. Nous présentons ici des exemples belges, mais aussi français et plus largement européens, de reconversion des friches industrielles en lieux d’échanges et de pratiques culturelles et artistiques.


A – LaVallée, (Molenbeek, Belgique)

En 2014, la coopérative Smart signe un bail de 27 ans pour l’occupation d’une ancienne blanchisserie industrielle de 6000m² à Molenbeek. L’objectif est d’installer au sein du bâtiment une communauté d’artistes et d’entrepreneurs créatifs et de proposer une programmation culturelle variée ainsi que des espaces à la location. L’ambitieux projet prend le nom de LaVallée, du nom de la rue dans lequel le projet est implanté, et se développe rapidement en s’inspirant de la dynamique des tiers-lieux. Le projes’organise principalement autour de trois pôles : La mise à disposition d’espaces de travail, la location de salles et la production événements. 

Le site abrite aujourd’hui les activités professionnelles d’environ 180 entrepreneurs créatifs, exerçant des activités variées telles que l’architecture, le journalisme, la peinture, la céramique, la sculpture, le design textile, le web design, le graphisme, l’animation 3D, la vidéo, la photo, le booking, événementiel, etc. Cette cohabitation encourage la synergie entre les résidents et favorise les échanges en termes de compétences, de réseau, de matériel et de connaissances. 

C’est un haut lieu de co-working pour les créatifs qui se caractérise par sa segmentation à contre-pied du monde classique industriel, mais également par sa dynamique de partage, son effet de proximité entre les occupant-e-s et la fertilisation croisée des projets. Il existe également plusieurs salles événements pour organiser des expositions, des performances artistiques ou encore des workshops, formations ou conférences. La vallée propose plusieurs typologies d’espaces.

Les ateliers : Des espaces privatifs ou partagés, selon les besoins ou les superficies sont également variables. Les espaces de coworking : Des postes de travail fixes répartis sur différents plateaux ou dans bureaux partagés ou privatifs entre 15 et 50m² et un programme de résidence accueillant des artistes dans le cadre de divers appels à projets.

Les espaces sont pour la plupart loués non meublés car la diversité des activités nécessite un équipement spécifique par espace. C’est donc l’occupant qui se charge de meubler son espace en fonction de ses besoins. Les  espaces de bureaux sont équipés de salles de réunions et d’équipement bureautique mutualisés. La vallée est un lieu communautaire offrant des Les services et met à dispositions : Cuisine commune – Espace détente – Bâtiment sécurisé – Parking vélo et moto – Accès 24/7 – Nettoyage des communs – Équipement bureautique – Salles de réunion – Réception du courrier – Animation de la communauté – Internet haut débit – Eau, électricité, chauffage

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B – Friche Belle de Mai, (Marseille, France)

« La Friche est une expérience politique, un lieu de pensée et d’action renouvelant le rapport de l’art au territoire et à la société.  » Manifeste de la Friche, 2020

Prototype né en 1992 de ce que l’on nomme aujourd’hui les « Tiers-Lieux », nouveaux modèles culturels et urbains, la Friche rassemble dans un lieu unique et réinventé, transformation urbaine,  permanence artistique, lien au territoire et coopération active dans le sens de l’intérêt général. Marseille est durement touchée par la crise économique dès les années 1970. 700 hectares de friches portuaires et industrielles doivent être réutilisés. Mais la ville de Marseille n’adopte pas de stratégie de redynamisation économique et préfère mettre l’accent sur la culture comme solution au déclin économique, démographique et social de la ville.17 La  Friche Belle de Mai est vite investie par l’association culturelle SFT en 1992, l’association négocie avec l’ancienne usine de la Seita pour s’installer tout en mettant l’accent sur la culture comme moyen d’améliorer l’image de l’entreprise alors mise à mal par des licenciements.

« La Friche » de son nouveau nom nait alors et acquiert une renommée nationale et internationale. Elle intègre le plan Euroméditerranée en 1996 et la SFT assure la visibilité du lieu en contactant l’architecte Jean Nouvel en 1995 pour prendre la direction de la Friche et d’allier un projet culturel à un projet d’urbanisme. La Friche la Belle de Mai est à la fois un espace de travail pour ses 70 structures résidentes (350 artistes, producteurs, salariés qui y travaillent quotidiennement) et un lieu de diffusion (600 propositions artistiques publiques par an, de l’atelier jeune public aux plus grands festivals). Avec près de 450 000 visiteurs par an, la Friche la Belle de Mai est un espace public multiple de 45 000 m2 où se côtoient 5 salles de spectacles et de concert, des jardins partagés, une aire de jeux et de sport, un restaurant, une librairie, une crèche, 2400 m2 d’espaces d’exposition, un toit terrasse de 8000 m2, un centre de formation.

La Friche, qui a pris le nom de son quartier Belle de Mai, par sa taille et son grand nombre d’espaces peut offrir ses lieux de travail aux artistes et permettre, de surcroit, une simultanéité de projets. Ici, sculpteurs, comédiens, peintres, photographes, danseurs, producteurs, peuvent prendre le temps nécessaire à leur écriture et à leur production. Tous les publics, toutes les disciplines artistiques… La Friche a un crédo : la culture pour tou.te.s et le croisement des pratiques et des publics, que l’on peut retrouver tout au long de l’année dans sa programmation artistique.

« Ce que la Friche a montré avec d’autres c’est qu’une autre voie s’ouvrait et que des gens qui n’étaient pas impliqués dans la fabrication de la ville, des artistes, des intellectuels, des habitants, s’engageaient et proposaient de nouveaux modes de fabrication de l’urbain, qui anticipe sans programmer, sans figer. […] Les acteurs se sont emparés des lieux et on produit des lieux libres, c’est ce qu’il faut retrouver, ce qu’il faudra conserver. » Patrick Bouchain, architecte, ancien Président de la SCIC, 2008

En 2007, la Friche se constitua en Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) au capital variable. De forme privée et d’intérêt public, la SCIC permet d’associer des personnes physiques ou morales (les résidents, les salariés, les personnalités qualifiées ou les financeurs…), publiques ou privées, qui entendent contribuer, par l’apport de capitaux, à la réalisation des objectifs de la coopérative.

La SCIC, par ses statuts répond aux nouvelles donnes territoriales (décentralisation, intercommunalités), pour véritablement travailler à l’échelle des enjeux urbains, en termes de fonctionnement, mais aussi d’aménagement. Elle rassemble dans son conseil d’administration des usagers du site (artistes, opérateurs) et les institutions publiques qui depuis 20 ans accompagnent le projet.

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C – Musée Guggenheim, (Bilbao, Espagne)

Afin de revitaliser la ville de Bilbao après les effets dévastateurs de la désindustrialisation, le gouvernement basque et les autorités de Biscaye décident de reconvertir la friche de Bilbao en un musée. La construction du Musée Guggenheim Bilbao se déroula entre octobre 1993 et octobre 1997. L’emplacement choisi, sur un méandre de la ria et au détour d’un ancien quai à usage portuaire et industriel, permit la récupération de la ria du Nervión pour la ville et sa réurbanisation pour la culture et les loisirs. L’architecte Frank Gehry se charge de la création du musée et la fondation Guggenheim. celui-ci décida d’utiliser un logiciel ultramoderne, CATIA, employé à l’origine dans l’industrie aérospatiale, pour représenter fidèlement son concept de la structure et en faciliter la construction. Pour le revêtement extérieur de l’édifice, l’architecte choisit le titane, après avoir écarté d’autres matières et vérifié son comportement sur des échantillons placés à l’extérieur de son propre studio. La finition des près de 33.000 fines plaques de titane aboutit à un effet rugueux et organique, auquel viennent s’ajouter les changements de couleur du matériau selon les variations atmosphériques. Les deux autres matériaux employés dans l’édifice, la pierre calcaire et le verre, s’harmonisent à la perfection, formant une création architecturale à grand impact visuel, qui s’érige aujourd’hui en véritable symbole de la ville dans le monde entier.

Le musée Guggenheim de Bilbao devient l’un des cinq musées de la fondation et a permis une revitalisation économique de la ville qu’on qualifie aujourd’hui « d’effet Guggenheim ». Le musée a permis la création de plus de 45 000 emplois directs et/ou indirects depuis sa création.

Une fois dans le Vestibule, où convergent toutes les galeries, le visiteur accède à l’Atrium, cœur authentique du Musée et l’un des traits distinctifs de la création de Gehry. L’Atrium, qui fonctionne aussi comme un espace d’exposition, sert d’axe autour duquel se structurent les 20 galeries du Musée, certaines ont une forme plus classique, avec des lignes orthogonales, et d’autres présentent une irrégularité singulière. Le jeu des volumes et des perspectives permet de disposer d’espaces intérieurs où, pourtant, le visiteur ne se sent à aucun moment écrasé. Cette diversité de salles et cette adaptabilité se sont révélées d’une énorme utilité entre les mains expertes des commissaires et des créateurs, qui ont trouvé l’atmosphère idéale pour la présentation d’œuvres de grand format et de supports contemporains mais aussi pour des expositions de caractère plus discret et intime.

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D – TransEurope Halles, (Suède)

TransEuropeHalles est un réseau européen de lieux de culture indépendants et multidisciplinaires qui ont la particularité d’être installés dans des friches industrielles, marchandes ou militaires. Initié en 1993, ses objectifs sont d’être une plateforme d’échanges et de coopération pour dynamiser les membres et leur donner une perspective européenne. Avec un objectif de soutien et de médiation. Et une ressource pour la réhabilitation du patrimoine industriel européen en espaces adaptés aux artistes et aux pratiques culturelles d’aujourd’hui.

TransEurope Halles est également un outil de professionnalisation pour les jeunes artistes et acteur-rice-s culturels en Europe mais également pour le développement des compétences de manière transnationale. Espace d’échange d’expériences, le réseau offre la possibilité d’initier des projets en faveur du développement culturel en Europe.

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