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Mohamed Baghdadi (1941 – 2020 ) par Ali Silem

Il y a quelques jours, la tribu des Aouchems perdait un de ses membres fondateurs signataires du Manifeste : Mohamed Baghdadi. Cet homme sensible et peu expansif a fait partie du premier embryon actif des compagnons du signe Aouchem. Ce citadin, policé à la silhouette frêle et à la démarche tranquille, ne se départit jamais de son accent blidéen, ni de son affabilité polie.  

Le petit Mohamed commence ses premières études à l’école primaire Lavigerie (actuellement Mohamed-Benmerah) de Blida, puis poursuit ses études secondaires au lycée Duveyrier (actuellement Ibn-Rochd). Dans la ferveur et la joie de l’indépendance reconquise, la place centrale(1) de Blida se transforme en une agora de la liberté, ses cafés accueillent un groupe de jeunes Blidéens(2) gonflés de bonheur. Avides de culture et de paix, ils inventent leur propre vie dans un épanouissement harmonieux. L’endroit devient un lieu de bouillonnement d’idées et d’art, le lieu de tous les rêves, de toutes les espérances. Baghdadi est de la partie, d’autant plus qu’il habite avec ses parents dans la rue Mohamed-Bouras, toute proche de la grande place. C’est là sur les tables des cafés qu’il grave les galets cueillis dans le lit de l’oued Sidi-El-Kebir avec son ami Denis Martinez. 

En 1964, il rejoint l’lNADC, nouvellement créé, pour se former en décoration et en scénographie. En 1965, il fait un court séjour en France pour se perfectionner et approfondir ses connaissances techniques des pratiques fondamentales du théâtre. Impatient de monter sur les planches, il entame une courte carrière de comédien au théâtre et au cinéma. En 1970, il rejoint le quotidien El-Moudjahid comme journaliste à la rubrique culturelle, profession qu’il exerce près de quatre décennies jusqu’à sa retraite en 1997. Il reprend, néanmoins, la plume en 2003 pour s’occuper du journal La Course, sûrement pour assouvir un autre hobby : son amour immense pour les chevaux. Je me souviens de cet été de 1972 où Denis Martinez, professeur à l’École des Beaux-Arts d’Alger, et moi-même, encore étudiant, envahissons le petit bureau du journal El-Moudjahid rue de la Liberté, pour parler de l’exposition que les étudiants de l’école organisent dans le hall du palais Zighoud-Youcef. 

Tête légèrement de biais pour rééquilibrer le regard et pallier la faiblesse d’un œil, Mohamed pose ses questions d’une voix basse et calme ; il écoute consciencieusement et couvre, méticuleusement, le papier d’un petit carnet à ressort, d’une écriture ample et dense. Depuis, il n’y a pas un événement  culturel ou plus précisément un vernissage dans une galerie d’Alger où n’apparaisse, à un moment de la manifestation, Mohamed avec son petit calepin à la main. Certains artistes cherchent le souffle créateur dans l’anxiété et la douleur, il en est même qui affirment «qu’il n’y a pas de beauté sans choc et sans convulsion» (Adel Abdessemed).(3) Pour ma part, je ne pense pas qu’un artiste doué de sensibilité puisse trouver de la Beauté dans l’assassinat d’Asselah et de son fils dans l’enceinte de l’École des Beaux-Arts d’Alger. Il n’y a que déraison dans ce genre de mise en scène de la violence.  À l’instar de leurs homologues afghans,(4) les intégristes algériens sont de dangereux terroristes imposant au monde leurs interprétations sectaires de l’islam et interdisant, par exemple, toute représentation dans l’art. Dans le travail de Mohamed, la violence est absente ; pourtant celle-ci fait irruption dans sa vie de façon effrayante. Au plus fort de la décennie noire est organisé un simulacre d’autodafé sur la place publique,(5) spectacle cauchemardesque digne des tribunaux de l’Inquisition du moyen-âge. Mohamed est obligé, sous la menace d’un groupe d’individus armés, de mettre le feu à ses propres œuvres jugées impies. Après cette expérience de souffrance extrême, il est contraint à un exil temporaire en France, auprès d’un membre de sa famille. 

 

Mohamed Benbaghdad / Fresque de Maamora

Les œuvres de Mohamed sont principalement des graphismes en volutes calligraphiques, des collages de matières disparates, des tissages retravaillés et détournés, des tôles pliées et formées à nouveau, des bois scarifiés et peints.
 Il utilise une grande variété de matériaux : photographies d’archives, images de journaux, objets du quotidien dont il explore de nouveau le sens pour solliciter le regard. Sa démarche artistique se situe à la jonction de différentes réflexions esthétiques et de ses préoccupations sociopolitiques. Pour exprimer son univers, Mohamed utilise des matériaux de récupération, modestes, fragiles dont la conservation est difficile et problématique. Cela explique en partie la rareté de sa production. Les procédés d’élaboration et les références sont celles de son temps : pop art, arte povera, artisanat populaire… avec une certaine attirance pour la rugosité, pour la matière rêche, primaire, presque informe. 

Baghdadi, à l’instar d’autres membres du groupe, fait l’apologie de la précarité. J’aime voir dans ses figures stylisées, des affinités avec les artefacts africains populaires de la fin des années soixante : le même plaisir, la même ingéniosité, le même humour. Il est probable que, parce qu’il aimait les triturer, les travaux aboutissent de manière naturelle et le conduisent dans des contrées impensées. Cette précarité n’est pas artificielle, ce n’est pas un procédé factice, un effet de mode émanant d’un créateur blasé. La majorité des membres du groupe Aouchem avaient moins de trente ans. Ces jeunes gens sans grands revenus ont seulement un désir pressant de faire, de fixer vite se qu’ils ont à dire, en redonnant une seconde vie aux objets, avec ce dont ils disposent ou ce qu’ils trouvent. Ils ne se soucient guère de la postérité et du temps qui passe, non par bravade, mais, plutôt, parce qu’ils perçoivent la précarité de l’existence. La fragilité de l’œuvre d’art est inhérente à la pauvreté des matériaux qui la composent. Le cœur du travail de Mohamed consiste à mettre en scène le surgissement, à susciter ce moment tant attendu d’où jaillit spontanément cette chose merveilleuse que l’on appelle l’émotion. C’est par la scansion d’un signe, d’un motif-ritournelle instinctif que fredonnerait la main, geste naturel sans préméditation, sans projet arrêté, que se structure l’imaginaire. 

À la peinture grandiloquente et larmoyante qui domine à cette époque postindépendance, il préfère la création impertinente qui aborde les choses avec joie, humour et dérision ; il opte pour des œuvres construites avec ingéniosité, sans grandiloquence ni emphase. Si Mohamed n’est pas politiquement engagé, il est, cependant, concerné par la vie de la cité. Son travail est arrimé à la réalité du moment d’où il tire toute son ardeur.
En 1973, il participe à la réalisation d’une fresque à Maâmora, (6) un des premiers villages socialistes agricoles en construction. (7) Quatre peintres réalisent collectivement une fresque sous l’instigation de l’Université populaire de Sidi Bel-Abbès, du Prolet-Cult de Saïda et du Théâtre régional d’Oran. Durant les longues années de la décennie qui ont ensanglanté le pays, la fresque est recherchée et traquée par une horde obstinée, hypnotisée par ses instincts dévastateurs. Une poignée de patriotes de l’art prend l’initiative de la déplacer de cachette en cachette. Grâce à leur dévouement, la peinture est sauvée. 

Durant ces pérégrinations pour échapper à l’anéantissement, l’état de conservation de la fresque s’est gravement dégradé, la mettant en péril. Arrachée de l’abîme où elle a été murée, elle est restituée, à la grande satisfaction des habitants, aux regards pétillants des enfants de l’école Abdelkader-Bekhouda, de ce petit village de la plaine de Saïda. Une rencontre organisée pour une célébration en 2018 a permis à Mohamed d’évoquer les causes qui l’ont conduit, en 1973, à prendre part à la réalisation de cette fresque collective de nouveau sur les cimaises. Une revanche sur l’histoire et sur l’autocratie intégriste. Mohamed, visiblement très ému, la casquette à visière vissée sur une calvitie avancée, tente, certainement intimidé par les objectifs de plusieurs caméras, de rappeler les raisons qui l’ont poussé à s’engager avec les autres camarades dans cette aventure picturale : «Comment apporter quelque chose, comment s’intégrer dans cette mouvance toute nouvelle pour nous, parce que l’Algérie venait d’être indépendante ; chacun avait vécu dans une ambiance, une formation et des processus différents et, finalement, nous nous sommes tous rencontrés. Tout à l’heure, quand j’ai soulevé la fresque après 45 ans d’absence, j’ai revu Maâmora qui n’était qu’un petit village de 70 habitants qui étaient tous autour de nous. On travaillait et ils suivaient notre évolution avec curiosité».(8) Mohamed était, par ailleurs, un grand amateur de chevaux. À ce propos, un des collègues au quotidien El-Moudjahid précise : «Il s’est détaché de l’univers de la culture mais n’a jamais rompu avec celui des courses. Il dirigea le journal La Course» (Hammoudi R.). Pourtant, il me semble que Mohamed ne s’est jamais écarté du monde de la création. Il s’est remis, quoique en vérité, parcimonieusement, à la peinture, ces dernières années. Durant le colloque de Maâmora et Saïda, une idée est lancée comme un défi : renouveler l’événement par l’institution d’une rencontre annuelle de l’art. Sur ce point et en conclusion, je voudrais rappeler une sentence stimulante de Théodore Monod, cet amoureux du désert : «L’utopie ne signifie pas l’irréalisable, mais l’irréalisé. L’utopie d’hier peut devenir la réalité d’aujourd’hui.». Mohamed nous montre dans quelle direction regarder pour renforcer le lien social, la fraternité, l’humanité et l’empathie. «Il n’y a pas d’art qui ne soit une libération d’une puissance de vie» (Gilles Deleuze). Les cris d’espérance que lâchent les millions de poitrines à l’unisson chaque semaine en Algérie semblent lui donner raison. Adieu l’artiste.(9) 


Sans titre, 1967
Huile, fils, techniques mixtes sur panneau.
Mohamed Benbaghdad, né le 4 mai 1941 à Mouzaïa ville.

 

Deux ou trois choses sur le groupe Aouchem 
En mars 1967 à Alger, une dizaine d’artistes, peintres, poètes et sculpteurs venus d’espaces plastiques différents crée le groupe Aouchem. Son nom est programmatique : Aouchem qui signifie tatouage. Au Maghreb, l’art du tatouage consiste à créer des scarifications prophylactiques de motifs géométriques sur la surface du corps en introduisant des matières colorantes ; une façon, en quelque sorte, de porter le tableau dans la peau. La première exposition du groupe rassemble : Baya (Fatma Haddad, 1931-1998), Choukri Mesli (1931-2017) Denis Martinez (1941), Mohamed Baghdadi (ex-Ben-Baghdad, 1941-2020), Hamid Abdoun (1929-1998), Mustapha Adane (1933), Mustapha Akmoun (1946), Saïd Saïdani (1944), Rezki Zérarti (1938), Dahmani Mahfoud (né à Blida). Cette manifestation marque une rupture dans le milieu de l’art ; elle fonde le début d’un mouvement de fond, dont la réflexion imprègne la pratique picturale encore aujourd’hui. 

Stimulés par les productions de l’artisanat d’art rural, les travaux d’Aouchem se caractérisent par un éclectisme revendiqué. Ces derniers sont traversés de tendances et de maturités diverses ; les peintres du groupe convergent, cependant, au niveau de leurs activités, de la valeur qu’ils accordent aux supports rugueux, à la dissonance des compositions, à la rusticité des matériaux. 

Tous s’entendent autour d’un manifeste prônant la jonction entre le signe ancestral et la contemporanéité, proposant les concepts dans lesquels ils puisent la force d’une énergie novatrice leur permettant de transformer le signe en déflagration créatrice. Ils entreprennent, alors, un brassage vigoureux des symboles du patrimoine. 
Les expositions du groupe ne sont pas très nombreuses. Il faut dire que les provocations ont été immédiates et brutales, dès la première exposition à la galerie de leur union au cœur d’Alger. La charge est menée par des camarades agressifs s’autoproclamant détenteurs de l’authenticité révolutionnaire. Ils interdisent au public l’accès aux œuvres sous prétexte que celles-ci ne sont pas conformes aux principes de la révolution. S’engage, alors, un grand débat public. 

Les uns approuvent cette mise à l’index, d’autres se taisent, le plus grand nombre, cependant, condamne la censure et les peintures retrouvent les cimaises. Une solide amitié soude quelques-uns des membres du groupe qui vivent l’expérience intensément : ils peignent ensemble, fabriquent des objets, réalisent des performances, s’émerveillent de l’héritage culturel qu’ils découvrent à l’occasion des longues balades autour de Blida. Très vite, cependant, un climat de suspicion entame la cohésion du groupe qui se délite au bout de quelques expositions plus ou moins remarquées. 
L’apport du mouvement à l’art en Algérie évolue au cours des années. Aujourd’hui, de nombreux créateurs se revendiquent de l’enseignement et de l’influence du groupe Aouchem. Lors d’une rencontre culturelle à Saïda en 1973, quatre peintres, Mohammed Khadda (1930-1991), Mohamed Baghdadi, Denis Martinez (1941), Boukhari Zerrouki (1944), entreprennent collectivement de réaliser une peinture monumentale pour les attributaires du village agricole en construction : Maâmora. Cette commande sociale s’engage sans grandes exigences ; elle débouche, pourtant, sur une expérience humaine aux prolongements intéressants. 

La tâche est rondement menée, l’œuvre est livrée dans la journée ; sans tâtillonnage aucun, elle est composée, sur le plan technique, d’un mouvement libre qui structure la peinture en une ample coulée vermillon. 
La facture est loin de tout académisme et de tout parti-pris esthétique qui brident l’imaginaire. Des formes sont évoquées par l’agencement judicieux de taches de couleurs ; il est possible de discerner un fragment de roue et une ébauche de fourche, symboles des travaux des champs ou encore un disque jaune comme un soleil qui s’apprête à mûrir les blés ou enfin la double effigie du personnage martinezien, incarnation allégorique du veilleur. 
Cette interprétation n’édulcore pas, je l’espère, le sens esthétique de l’œuvre dont le substrat premier est une écriture non figurative quasi spontanée, une calligraphie gestique qui fait frissonner toute la surface de la toile. Cette peinture vit une existence sereine les vingt premières années, sur le mur d’une salle de classe, protégée par les regards bienveillants des enfants de Maâmora. S’ensuit une décennie de violence où elle bat la campagne pour se cacher dans une meule de foin ou un réduit insalubre, pour se soustraire aux regards hostiles grâce à une poignée de citoyens épris de paix et d’art. Aujourd’hui, cette fresque est un jalon de l’histoire culturelle de ce village. 
Les habitants se sont battus pour la sauvegarder, il est normal qu’ils veuillent la conserver. Mais nous savons tous les outrages du temps que subissent les œuvres picturales.

Les peintures nécessitent des soins constants et une attention soutenue. Or, les bordures du support de l’œuvre sont, actuellement, bien dégradées, les couleurs perdent de leur éclat en raison de l’intense luminosité de la région. La fresque souffre, il est vital de lui venir en aide, de faire appel à des spécialistes qui lui prodiguent les soins urgents permettant de la conserver. Il est utile de la préserver de la poussière, de la lumière excessive, de réguler la température et l’humidité du lieu qui l’accueille.  Afin d’assurer la planéité et la solidité des panneaux, il est souhaitable, dès à présent, d’installer un châssis solide. C’est seulement à ce prix que la fresque de Maâmora continuera à nous émouvoir.

Ali Silem


Renvois 

1) Place du 1er-Novembre, appelée aussi blace Et-Toute. 
2) Il y avait entre autres, Kamel Belkacem (1941-2010) journaliste, rédacteur en chef au quotidien El-Moudjahid, et enfin directeur général de l’hebdomadaire Algérie-Actualité. Il y avait aussi Mami Baouya qui allait devenir maquettiste à El-Moudjahid… 
3) Plasticien né en 1971 à Constantine. Il est considéré par certains spécialistes comme une figure incontournable de la scène artistique internationale d’aujourd’hui. Il vit et travaille à Paris. 
4) À coups de dynamite, les talibans afghans ont fait disparaître la force tranquille des deux bouddhas de Bâmiyân situés au centre du pays à 230 km de Kaboul. 
5) La place publique de la cité Bounaâma-Djillali où il réside se situe à proximité de la gare ferroviaire de Blida. 
6) «Cuba Colectiva», une peinture murale monumentale (55 m2) réalisée en 1967 par une centaine de peintres et de poètes du monde, sous l’impulsion de Wifredo Lam, dans une rue de La Havane. Le panneau est composé d’une spirale divisée en cases. Chaque artiste était appelé à peindre ou écrire dans une des cases. Cette peinture réalisée en pleine contestation contre la guerre du Vietnam a représenté très vite l’idée de l’artiste engagé. C’est cette même pensée que les peintres de la fresque de Maâmora ont voulu poursuivre.
7) Le quotidien El Watan s’en est fait l’écho dans de longs articles le 14 avril et le 17 mai 2018. Trois peintres en plus de Mohamed Baghdadi : Mohammed Khadda (1930-1991), Denis Martinez (1941), Boukhari Zerrouki (1944) participent à la réalisation de l’œuvre (150 cmx300 cm). 
8) Extrait d’une vidéo de Dominique Devigne : Maâmora wilaya Saïda Fresque(s) collective(s) (Blida 2018)/Transcription A. Silem. https://www.youtube.com/watch?v=-hoFJqZO6E8 / https://www.youtube.com/watch?v=zsSlVZA__M4
9) Un grand merci à Denis Martinez pour avoir mis ses archives photographiques à ma disposition et sa précieuse aide, à la famille de Mohammed qui a très gentiment partagé ses précieuses informations, à Aïcha Bouabaci, médiatrice dévouée et tenace et enfin, aux collègues de Mohamed qui ont gentiment répondu à mes sollicitations.
10) Henri Cordreaux est un formateur en art dramatique au service de la jeunesse et de l’éducation populaire à Alger avant 1951. Il effectue un excellent travail de formation sur tout le territoire. 
Il découvre et forme des comédiens autochtones. Il monte La Tempête, de Shakespeare, le spectacle est joué en français et commenté en arabe dialectal, dans un décor des Mille et une Nuits accompagné de musique andalouse. Il est signataire de l’Appel pour une trêve civile en Algérie d’Albert Camus en 1956.
11) Marcel Amondji, de son vrai nom Marcel Anoma, psychiatre, écrivain et historien Ivoirien longtemps en exil en Algérie.

Source photo : page profil facebook de l’artiste Karim Sergoua.

 

Repères biographiques succincts 
Mohamed Baghdadi (né Ben Baghdad) (4 mai 1941 à Mouzaïa-8 avril 2020 à Alger)

1941 • Le 4 mai  naissance du petit Mohamed Ben Baghdad à Mouzaïa. Le père, Mohamed Ben Baghdad originaire du Maroc, est un modeste transporteur de Bab-Rahba à Blida.
1947 • Mohamed entre à Blida, à l’école primaire Lavigerie, actuellement Mohamed-Benmerah.
1951 • La famille quitte Mouzaïa et s’installe à Blida.
1953 • Il poursuit ses études secondaires au lycée Duveyrier de Blida actuellement Ibn-Rochd.
1954 • 1er Novembre, déclenchement de l’insurrection armée.
1955 • Toute la famille déménage à Blida.
1956 • Le 19 mai, l’organisation des étudiants musulmans algériens lance un appel à une grève nationale des cours, de très nombreux lycéens se joignent au mot d’ordre.
1957 • Mohamed interrompt ses études au lycée.
• Janvier, grève des huit jours.
• Début de la bataille d’Alger.
• Mohamed est recruté aux PTT. Il travaille à la Grande Poste de Blida jusqu’en 1964.
1962 • Le 5 Juillet, déclaration officielle de l’indépendance.
• Mohamed, à l’instar de nombreux jeunes Blidéens affamés de culture, se nourrit intellectuellement et artistiquement au contact des autres.
• Il se lie d’amitié avec le peintre Denis Martinez (1941), ensemble, ils visitent les mausolées, les sites représentatifs de la culture populaire, ramassent dans la nature les matériaux qui leur semblent représenter les lieux ; Mohamed commence à graver les galets.
1964 • Mohamed entreprend une formation en décoration et en scénographie à l’Institut national d’art dramatique et chorégraphique de Sidi-Fredj, créé par le Théâtre national algérien.
1965 • L’institut se déplace à Bordj-el-Kifan. Mohamed rencontre le comédien Ahmed Benaïssa (1944) et le scénographe  et peintre Boukhari Zerrouki (1944).
• Mohamed et Benaïssa obtiennent un stage à Pézenas en France, sous la direction de Henri Cordreaux(10) (1913-2003).
• Création du Centre culturel populaire du FLN de Blida par Abderrahmane Satof et Denis Martinez sous l’impulsion d’Ahmed Yahiaoui président de la délégation spéciale (Maire) de Blida.
• Baghdadi anime une troupe de théâtre amateur au Centre.
1966 • Mohamed et A. Satof réalisent une pièce : Le jeu de l’âne, l’affiche est de D. Martinez.
@• Au cinéma, Mohamed campe quelques rôles.
1967 • Exposition à la galerie de l’Unap à Alger, création du groupe Aouchem. Mohamed en est l’un des initiateurs. L’exposition inaugurale du groupe se tient dans la galerie de l’Unap. Un groupe de nervis ferme la salle, pendant quelques jours ; à la réouverture, lors d’un deuxième vernissage le Manifeste du groupe Aouchem est présenté au public, Mohamed en est un des signataires.
1968 • Performances et lectures de poésies lors de l’exposition du groupe Aouchem au Centre culturel du parti du FLN à Blida.
• Exposition : 3 Aouchémites avec Denis Martinez et Mustapha Akmoun (1946) au Centre culturel français d’Alger, les textes du catalogue ont été faits par Ahmed Azeggagh (1942-2003) et Marcel Anoma(11) (1934).
• Il commence une carrière de comédien au théâtre et au cinéma, il interprète un rôle dans le film La Voie de Mohamed-Slim Riad (1932-2016).
• Congrès culturel de La Havane : quatre cents délégués d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des deux Amériques se réunissent pour discuter des problèmes que rencontre leurs pays.
1969 • Mohamed intègre la rubrique culturelle du journal El Moudjahid, il se spécialise en arts plastiques et en théâtre.
• Mohamed entame l’écriture d’un opuscule sur l’expérience d’Aouchem, le manuscrit restera à l’état d’ébauche malgré la récolte d’une documentation prometteuse.
• Tenue du Festival panafricain d’Alger (Panaf), grande manifestation culturelle qui rassemble des artistes et des intellectuels d’Afrique ou issus de la diaspora.
1970 • Mohamed  interprète le rôle de l’inspecteur Hia dans la pièce de théâtre Monnaie d’or au Théâtre national algérien.
1971 • Exposition (du 15 au 30 mai), à la galerie de l’Unap à Alger, avec Baya (1931-1998), Noureddine Chegrane (1942), Martinez, Choukri Mesli (1931-2017) et Rezki Zérarti (1938).
1972 • Démarrage de la Révolution agraire.
1973 • Rencontre culturelle à Saïda : Mohamed Baghdadi, avec trois autres peintres, Mohammed Khadda, Denis Martinez, Boukhari Zerrouki, réalisent une fresque monumentale qui est offerte aux habitants du petit village agricole en construction : Maâmora.
• Mohamed voyage dans le monde, il visite Cuba, les Philippines.
1977 • Le 15 décembre Mohamed se marie.
1978 • Il joue un rôle dans le film Les aventures d’un héros de Merzak Allouache (1944), • Mohamed change de nom : Ben Baghdad Snp devient Baghdadi.
• Naissance de Siham, l’aînée des enfants, puis de Nassima sa seconde fille (1980), de Rafik son troisième enfant (1982), de Chahinez (1984), enfin de la benjamine Fahima (1986).
1988 • Évènements d’Octobre qui vont aboutir à des changements importants notamment sur le statut de la presse.
1988 • Mohamed couvre le Festival international du Film du Caire en Égypte.
1989 • Il couvre le Festival international  du film de Cannes en France.
1992 • Annulation du deuxième tour des élections législatives, la violence s’installe dans la société.
1994 • Le sept mars , Ahmed Asselah et son fils Rabah sont abattus dans l’enceinte de l’École des Beaux-Arts d’Alger.
• Le 10 mars, c’est au tour de Abdelkader Alloula de tomber sous les balles des assassins à Oran.
1996 • Sous la menace des armes, Mohamed est obligé de mettre le feu à ses œuvres.
1997 • Menacé, il est obligé de s’éloigner temporairement en France, il y passe neuf mois chez sa sœur.
• Mohamed prend sa retraite du journal.
1998 • Baya, membre du groupe Aouchem, succombe au mal qui la ronge depuis de longues années, curieuse coïncidence ou ironie du sort, Mohamed et Baya sont décédés sous couvre-feu à Blida.
2003 • Le père décède le 25 novembre, il laisse sept enfants.
• L’immense amour que porte Mohamed aux chevaux lui fait reprendre du service, il s’occupe du bulletin La Course de la Société des courses hippiques et du pari mutuel d’Alger.
2014 • Décès  de la mère de Mohamed Yamina le 18 juillet, elle a élevé trois garçons et quatre filles.
2018 • Mohammed participe à une rencontre organisée à Maâmora et à Saïda pour une célébration de la fresque (d’autres inspirateurs de 1973 sont de la partie D. Martinez, le journaliste Kamel Bendimred…).
2020. Le 8 avril, Mohamed succombe sous l’agression du Covid-19 à Blida.

 

Article publié sur le Soir d’Algérie.