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Mort de l’artiste et esthète Ammar Allalouche par Amel Djenidi

Il est parti, oui,Ammar Allalouche s’en est allé jeudi 16 juillet 2020 dans sa ville de Constantine. Allalouche part mais nous laisse un merveilleux patrimoine artistique et intellectuel. Artiste hors norme, il avait la particularité de créer et d’analyser. Très peu d’artistes algériens et même maghrébins ont cette faculté. Né en 1939, cet artiste peintre et sculpteur, n’était pas que praticien, puisqu’il était également chercheur et critique d’art. Ancien élève de l’École des Beaux-arts d’Alger en 1964, il avait également séjourné dans des institutions d’enseignement artistique en Europe, notamment en Belgique.

Il s’est très tôt montré engagé, que ce soit dans l’Union nationale des étudiants algériens (UNEA), ou dans l’Organisation méditerranéenne des journalistes écrivains du tourisme. Il a milité aussi pour la Fédération des arts plastiques de l’Unité maghrébine, et a été membre de l’Union nationale des arts plastiques (UNAP) dès 1967, mais aussi de la Société archéologique du musée ‘’Mercier’’ de Constantine dès 1968. Ammar Allalouche a été également membre de l’Union des artistes plasticiens tunisiens et de l’Association internationale des arts plastiques, membre de la prestigieuse académie tunisienne Beyt el Hikma, et fondateur de l’Association des amis du musée Cirta, ou encore fondateur des Journées méditerranéennes des arts plastiques de Sousse (Tunisie).

Toute cette énumération n’est qu’un échantillon de ce que Allalouche faisait. Il n’avait jamais hésité à prendre des responsabilités telles que la direction des arts et métiers de la wilaya de Constantine, la présidence de l’Association nationale des arts plastiques, la présidence de la section de l’Est algérien de l’Union nationale des arts culturels (UNAC). Allalouche était également un grand
pédagogue. Pas seulement parce qu’il avait enseigné à l’École régionale des Beaux-arts de Constantine, ou à l’Institut de communication ou encore à l’Institut d’architecture et d’urbanisme. Mais il l’était aussi dans sa vie quotidienne, dans ses relations avec les jeunes artistes, avec tous ceux qui avaient des initiatives pour développer leur propre art ou encourager ceux qui œuvraient pour la promotion de l’art et d e l a
culture en général en Algérie et en Tunisie. Il était d’une grande délicatesse dans ses dires et dans sa peinture.

En perpétuelle recherche philosophique et artistique, Allalouche disait de sa propre peinture qu’elle « représentait la figure
et le corps humain par des moyens absolument différents de ceux légués par la tradition occidentale et tout aussi valable plastiquement* ».  Après une démarche vouée à l’abstrait, je mets en application des règles d’une éthique qui est recherche de l’essentiel. Et comment atteindre l’essentiel autrement que par le symbole et plus précisément parle signe. Convaincu que l’intégration à son temps en m’aidant des techniques modernes passe par l’effacement personnel, je trouve dans la figure géométrique une nouvelle lecture », disait-il. Sa peinture peut être perçue tantôt comme abstraite, tantôt comme figurative mais ce n’est assurément pas cela le plus important.Car ce qu’il faut retenir de l’œuvre de Allalouche, c’est son enracinement profondément maghrébin. Une récurrence de symbolisme intériorisé de ses cultures.Il transmet la lumière de l’Afrique mais aussi ses parts d’ombres, de tristesse, de regrets. Il y a, résolument, une strate de douleur et de mélancolie sous sa volonté de partager la tolérance, l’amour et l’universel.

Amel Djenidi

* Propos recueillis par Tarik Ouamer-ali en 2010 pour Founoune.com à l’occasion de l’exposition d’Ammar Allalouche « Hymne à la vie et à la tolérance » à l’institut français de Constantine.

https://allalouche.jimdofree.com/