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Myriam Marzouki : « Ce qui nous regarde » ?

« Ce qui nous regarde » est une pièce de théâtre mise en Scène par la Tunisienne Myriam Marzouki qui y aborde des thèmes sensibles, ceux du voile et de la femme, notamment.  Les spectateurs glissent de séquences en tableaux. Un voyage, élaboré autour de la danse et de la musique, de textes littéraires et d’essais, d’images et de vidéos d’archives. 

La fille de l’ex-président de la Tunisie Moncef Marzouki affirme sur Libération du 7 mars 2016 que : « Le voile m’intéresse parce que je l’envisage comme un signe et le propre d’un signe c’est d’être mobile, flottant, divers, contradictoire car c’est une création de l’imaginaire humain. Dans ce signe qu’est le voile, le signifiant, le bout de tissus, ne renvoie pas de manière nécessaire à un seul signifié, le message du voile, son sens. ». Il reste que le VOILE n’est pas seulement une création de l’imaginaire humain c’est aussi une obligation d’Allah, autrement le coran serait aussi une création de l’imaginaire humain ? Qu’en penserait son père, l’ex-président ? Qui comme tous les leaders du monde musulmans acculés par la charia, font le jeu de l’islamisme wahhabite qui déclara sur la chaîne de télévision nationale Watania 1 en 2014 : « Le niqab est un droit acquis et inaliénable. S’il y a des doutes sur une personne portant le voile, il faut qu’elle soit contrôlée par des agents de sexe féminin. ».  Et contrairement à celles et ceux qui affirment le contraire le Coran enseigne : « Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles: elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux.». Sourate 33 ( (Al-Ahza (Les coalisés ) / Révélé après l’Hégire.

Que voyons-nous quand nous regardons une femme voilée ? Se cacher n’est-il pas aussi se montrer ? Quel serait le signe visible d’une liberté choisie ?

Dans sa pièce de Théâtre, Myriam Marzouki opère un montage dramaturgique composé de matériaux iconographiques et textuels hétérogènes tissés à une écriture de plateau. Elle tente « un théâtre à la fois documentaire et subjectif, visuel et poétique, qui interroge non pas le voile mais les regards que nous portons sur le voile. » . Et en travaillant sur « les formes qu’il déploie sur un corps, les images nouvelles qu’il produit, les mémoires qu’il convoque », elle aborde une question devenue sensible notamment en France, soulève celle de l’émancipation féminine et de la monstration du corps.

« Ce qui nous regarde » prolonge l’exploration des imaginaires contemporains menée par la tunisienne depuis la création de sa compagnie : un théâtre politique en forme d’essai poétique, théâtral, chorégraphique et plastique, une tentative de déplacer les perspectives pour dépasser le dualisme.

À partir d’une mémoire familiale et en traversant l’Histoire, Myriam se projette dans les années 1940 ou deux femmes aux cheveux coiffés d’un tissu, Olga l’ukrainienne et Aziza la tunisienne, arrière-grand-mère et grand-mère de Myriam Marzouki surgissent de ces pays éloignés liés par l’histoire, des femmes portant foulards, chus, coiffes ou sefsari, des « femmes qui ont en commun […] d’avoir dissimulé leurs cheveux comme une pratique […] inscrite dans l’ordre des choses simples de l’existence ». Travaillée par ce motif et ses convictions, la metteure en scène intimement reliée à ces corps féminins qui se couvrent, d’une manière ou d’une autre, s’intéresse à l’objet et aux affects qu’il convoque. 

Si le titre fait référence à l’essai de Georges Didi-Huberman, Myriam Marzouki s’inspire de la pensée de Walter Benjamin pour qui un objet a une « aura » lorsqu’il déclenche des imaginaires forts, sédimentés avec le temps. L’oeuvre théâtral ne part pas d’un texte d’auteur vivant mais d’un travail de montage et d’écriture collective et fait entendre des extraits de L’Épître aux Corinthiens de Saint-Paul (premier écrit monothéiste reliant le voile des femmes à leur relation à Dieu), du dernier roman Vernon Subutex de Virginie Despentes où une jeune française musulmane décide de porter le voile en opposition à l’éducation laïque transmise par son père, de La Rage (La Rabbia) poème polémique et politique de 1963 dans lequel Pasolini critique la normalité comme assoupissement, du très récent Prendre dates de Patrick Boucheron et Mathieu Riboulet, traduisant « la montée des périls » au lendemain du 7 janvier 2015. 

Avec sensibilité, et humour Myriam Marzouki crée là un spectacle dont le sens sera ouvert, vers la libre interprétation, multiple et contradictoire. 

Ouamer-Ali Tarik
Synthèse net

 

 

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Myriam Marzouki (Tunisie)
https://www.facebook.com/myriam.marzouki