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Les options, contraintes et enjeux du Musée d’art moderne d’Alger par Saâdi-Leray Farid.

La problématique qui présente et justifie l’exposition Dessinez vos desseins inaugurée le 27 janvier 2018 au Musée d’art moderne d’Alger (MAMA) plagie celle qu’Hélène Poquet introduisait en novembre 2012 au Majorat de Villeneuve-Tolosane (partenaire des Abattoirs- Frac Midi-Pyrénées et du réseau “Pink pong”).

Dans la cadre de la saison “Graphéine”, la commissaire toulousaine convoquait en effet déjà le concept italien “disegno” pour relier l’idée au médium, rapprocher deux vocables (dessein et dessin) différenciés orthographiquement au 18ème siècle, révéler de la sorte « (…) la diversité des intentions des artistes utilisant le dessin ». Nadira Laggoune (l’actuelle directrice du MAMA) répliquera le même schéma dialectique, niera cette évidence en arguant (via l’entretien du 14 février accordé au journal Liberté) que l’inspiration du projet résultait de la richesse décorative d’un ex-bâtiment commercial devenu en 2007 le joyau d’Alger, capitale arabe de la culture pour pallier à des impératifs diplomatiques immédiats. L’événement annuel terminé, Mohamed Djehiche (responsable du lieu de 2005 à 2015) devait scénariser des lectures pertinentes de la contemporanéité esthétique, les scinder en thématiques et/ou séquences monographiques de façon à revisiter la production des têtes d’affiche à l’origine de filiations, et par extension les acteurs prorogeant et modulant celles dont le dénominateur commun se rapporte au corps (meurtri, cloîtré, inhibé ou érotisé) et au “Signe” (tifinagh, calligraphique ou informel). Une telle démarche liminaire obligeait à interpeller l’ensemble des chercheurs habilités à concevoir une exégèse exhaustive, à examiner toutes les coutures et facettes d’un Noûn devenu le parangon phare d’un processus d’appartenance, de reconnaissance ou d’identification arc-bouté à la désaliénation fanonienne et à la critique de la domination. En engageant ces deux paradigmes moteurs, les universitaires apostrophés pouvaient contextualiser le mandat d’une intelligentsia algérienne à la logomachie protectionniste, tiers mondiste, volontariste et anti-individualiste affutée pour dénoncer le capitalisme, entité causale ou détermination externe servant d’exutoire paranoïaque. Les soupçons envers une hypothétique bourgeoisie comprador suppôt de la “Main extérieure” entraîneront un repli territorial, la fermeture des frontières, la résurgence de préceptes essentialistes ou millénaristes censés raviver les véracités bienfaitrices, assainir l’Homme nouveau des habitus exogènes et faire rempart à l’impérialisme occidental.

De là, des protagonistes relégués dans les coulisses de la mondialisation artistique, isolés et recroquevillés à l’intérieur de la clôture déterministe d’un “socialisme-spécifique” leur interdisant de monnayer librement une toile puisque les transactions marchandes reposent ordinairement sur des critères de valeurs égotistes incitant à spéculer en faveur de l’éthique de singularité. Au pays des “Héros-purs” primait celle de communauté et, adoubés éveilleurs du peuple, créateurs et auteurs relayeront d’emblée les slogans unanimismes selon une hétéronomie collective indissociable de la sociologie des conflits. À celle-ci, tout analyste sérieux opposera une approche épistémique ou vision compréhensive de manière à définir les logiques de fonctionnement du champ artistique, dévoiler les motivations, tensions et luttes de positionnement que mènent en son sein des agents locaux cherchant à gagner en visibilité. Si certains le font en prenant les sentiers battus de l’académisme, en empruntant les raccourcis héliotropes de l’Orientalisme, en acclimatant leur chromos patrimoniaux au supposé “Beau”, d’autres se distinguent en revivifiant leurs gammes au coeur d’un biotope non sécularisé où le transgressif et l’insolite n’ont pas “droit de Cité”. İl semble bien que de ce côté-là « Rien ne se fera sans une subversion des systèmes de pensée religieuse anciens et des idéologies de combat qui les confortent, les réactivent et les relaient. Actuellement, toute pensée subversive est doublement censurée; censure officielle par les États et censure des mouvements islamistes. (…) » (Mohamed Arkoun, L’Express, 27 mars. 2003)….. lire la suite en cliquant sur le lien çi dessous

Auteur : Saâdi-Leray Farid. Sociologue de l’art
Date : Mars 2018

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