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Perte d’Ahmed Stambouli à seulement 63 ans par Amel Djenidi

Les jours du mois de juillet défilent et les mauvaises nouvelles s’accumulent. Chaque jour qui passe, nous apprenons qu’un artiste meurt. L’Algérie perd encore un autre grand artiste bien singulier.

Né en 1957 à Khemis Miliana, Stambouli a été diplômé de l’Ecole nationale des Beaux-arts d’Alger en 1981 puis en architecture à Paris. Il a enseigné à l’Ecole régionale des Beaux-arts de Mostaganem, à l’institut de technologie de Méliana et à l’université de Mostaganem. Il était membre de l’association internationale des arts plastiques (Paris), de l’UNAC (Algérie) et de l’union nationale des arts plastiques de Tunisie.

En dehors de ce que nous connaissons de ses peintures, il réalise des fresques murales, des stèles, de nombreuses décorations entre 1980 et 1995, sur différents lieux du nord aux portes du sud algérien. Ces créations gagneraient à être mieux connues et sauvegardées. Dans la peinture, il participe tout naturellement à des expositions collectives depuis les années 80 jusqu’à récemment encore, en France et en Algérie. Il n’en demeure pas moins, qu’il ait monté des expositions individuelles dès les années 90 en France, en Tunisie, en Libye, en Syrie, aux Emirats et bien évidemment en Algérie. Si l’on déplore qu’au musée d’art moderne et contemporain d’Alger, il n’y ait pas ses œuvres, il est tout de même possible d’en découvrir une au musée de l’Imzad à Tamanrasset. Habitué des évènements culturels, il avait pris part au 1er Symposium de Peinture de Mostaganem au mois de mai 2018, ou encore au rendez-vous récurent de Raconte’arts où il est possible d’apprécier ses dernières peintures sur les portes d’un café du petit village d’ath Ouabane (Ain Hammam) ou sur un mur d’Iguersafen (Bouzeguene).

Artiste peintre, baigné dans une forme totalement brute, Stambouli sous des traits timides, apporte une touche originale au monde pictural algérien. Unique dans ses représentations hors système de l’art conventionnel, l’effet esthétique fait son impact sur le récepteur. Loin d’être un marginal expérimentant les associations chromatiques et les symboles, Stambouli bouscule la vision et le ressenti de ce qui est ardent et violent en une harmonie du désordre. Nous préférons parler d’art libre au lieu d’art brut, tel que connu communément étant un art autodidacte. Stambouli était loin de l’être conscient de sa liberté, ne se souciant pas du regard des autres. Telle est la particularité de cet art personnel. Stambouli serait une personnalité vivant dans l’altérité et dont le but serait de matérialiser sa mythologie individuelle. Et si nous apprécions ses peintures, c’est qu’elles communiquent avec nos subconscients, avec nos propres mythologies intérieures.

Stambouli disait [1] : «  Les musées n’ont pas donné de valeur au travail de plasticiens mais ces artistes-là, existent. Nous laisserons des traces et une histoire pour l’Algérie, pour les générations futures à  travers un art original et puissant sans plagiat. Nous menons une guerre, par notre simple présence ». Tel est le témoignage regrettable qu’il nous laissera, de n’avoir pas été estimé à sa juste valeur par les institutions culturels.

Le travail de l’artiste ne se fait pas du jour au lendemain. En revanche, il demande beaucoup d’efforts et d’expérimentation pour arriver à créer un langage puissant et sincère. Ce style est intériorisé à partir de l’innocence des enfants. Ils ont été sa plus grande source d’inspiration et son challenge le plus remarquable.

Amel Djenidi

 

[1] Interview d’Ahmed Stambouli accordée à Mohamed Boukerch en 2013, https://www.youtube.com/watch?v=AXsNzdY37O4

https://stambouli-ahmed.skyrock.com/