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“Rabaisser” le mot d’ordre de la culture des binationaux ?

Dans son pamphlet publié ce mois-ci, «Les contrebandiers de l’Histoire » l’écrivain Rachid Boudjedra ne s’est pas attaqué seulement à quelques écrivains mais s’en prend violement aussi à des cinéastes algériens et un réalisateur français pied-noir. Ainsi dans son livre « coup de  point », l’auteur de « La répudiation » a critiqué les cinéastes Mohamed Zemouri et Lyes Salem pour leurs films, « les folles années du Twist » et « El Wahrani ».

L’ouvrage qui suscite débats et controverses, évoque des écrivains qui, selon l’auteur, falsifient l’Histoire et ses événements. Irrité par certains propos «erronés et mensongers», désappointé par des auteurs, l’écrivain explique ce qui a suscité son exaspération. «Depuis l’indépendance de l’Algérie, l’histoire nationale a été souvent occultée et arrangée par les différents pouvoirs qui se sont succédé, particulièrement dans les manuels scolaires. Mais il y avait, aussi, la tentative de défigurer cette histoire par certains artistes, historiens et autres sociologues, rongés par le complexe du colonisé qu’Ibn Khaldoun au XIVe siècle, puis Frantz Fanon au XXe siècle, ont analysé d’une façon imparable. Depuis longtemps, j’ai souffert de toutes les falsifications, de toutes ces trahisons et de tous ces silences subis par notre Histoire. Mais depuis la parution du livre qui faisait l’éloge éhonté des BenGana, ‘Rois des Zibans’, j’ai décidé d’écrire ce ‘brûlot’ pour dénoncer les contrebandiers de l’Histoire». Boudjedra reprend et met à l’index dans cette longue diatribe, les argumentations d’auteurs. En lisant le livre, il y a des vérités comme la référence à Albert Camus qui, selon Kamel Daoud, était Algérien. Or, lorsque l’on étudie en faculté et si l’on reprend les livres de cet auteur de renom, il s’avère que ses positions pour l’Algérie indépendante sont entachées de racisme et mâtinées d’idées colonialistes. évoquant Férial Furon qui parle de son arrière-grand-père le roi des Zibans. Or, selon Boudjedra , «c’était un bachagha au service de la France».

Clouant au pilori des écrivains comme Wassila Tamzali, Salim Bachi, Boualem Sansal, Boudjedra s’insurge contre leurs commentaires tout en les taxant de francophiles en quête de prébendes.  Dans ces faits reprochés aux uns et aux autres, Boudjedra les dénonce avec acuité et violence. Or, il n’y a que l’Histoire, la grande et vraie qui livrera ses secrets un jour et permettra une véracité historique. 

Sur le fim de Mohamed Zemmouri, « les folles années du Twist » réalisé en 1982, l’écrivain dénonce le fait que les pieds noirs et « les français musulmans » sont montrés en train de vivre en toute tranquillité et passent leur temps à forniquer entre eux, à boire et à danser….. le twist. Une comédie où précise l’écrivain vivent en harmonie, le bourreau et la victime. Une aberration quoi ! …..Autre réalisateur descendu par l’écrivain en colère, Lyes Salem et son film « El Wahrani ». A ce propos, l’auteur écrit : « Une nouvelle génération de cinéastes qui vivent à l’étranger et qui réalisent des films de mauvaise qualité esthétique, souvent coproduits par l’Algérie et dont le but est de rabaisser notre pays, non seulement politiquement mais humainement et psychologiquement. Avec une volonté de le saper, de le punir, aussi, d’avoir obtenu son indépendance. 

Rachid Boudjedra qui a critiqué aussi le livre de Yasmina Khadra, « Ce que le jour doit à la nuit » a également dénoncé le fait que l’adaptation a été assurée par un réalisateur pied noir et surtout sioniste. Il précise que c’est encore plus humiliant quand le film est subventionné par l’Etat algérien. L’écrivain est rassuré même si le film n’aura pas de succès commercial. « Il n’a donc pas plu ni aux pieds noirs que son auteur a essayé de racoler, ni aux Algériens qu’il aura essayé de rouler dans la farine.», commente encore Boudjedra qui est auteur de plusieurs livres sur le cinéma algérien, critiquant les productions étatiques sur les figures historiques, à l’image de : Benboulaid, Krim Belkacem, Lotfi et Larbi Ben Mhidi (Qui n’est pas encore sorti), indiquant qu’ils ne révèlent pas la vérité historique. Pour l’auteur  ce sont des films de propagande à la guimauve, vite faits, bâclés et où l’auto-censure des auteurs a détruit l’essentiel de la chose et l’humaine condition des protagonistes. Il cite l’exemple du film d’Ahmed Rachedi, « Krim Belkacem », lui reprochant le fait de ne pas avoir évoqué le conflit profond entre Abane Ramdane et Krim, sans évoquer l’assassinat de Abane Ramdane et surtout sans évoquer l’assassinat de Krim Belkacem par le pouvoir de l’époque. Boudjedra indique : « Cela participe ignoblement de la magouille et fait de ceux qui ont réalisé ces films des contrebandiers de l’histoire. »

Synthèse article : www.letempsdz.comwww.dia-algerie.com/
Signé : Kheira Attouche et Salim Bey