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“Trois petits points pour ouvrir les guillemets des maux culturels et artistiques” par Mr Saadi-Leray Farid.

La majorité des membres constituant (de manière spontanée et sporadique) le Groupe autonome de réflexions sur l’art el la culture en Algérie (GARACA) a tenu, sous couvert de  mon seul patronyme, à répondre à Mr Abrous qui avec son texte “La paix et la sérénité dans  les mots, pour une scène artistique respectueuse, éthique et apaisée” les interpellera en  écrivant que « Certains se décrètent “justicier” de la scène culturelle algérienne ». İntercéder  au nom d’une union, alliance ou ligue oblige à employer le “Nous”. Ce terme généraliste étant  aussi utilisé à titre personnel, il sera dans ce cas là accompagné du pronom “Moi” (mis entre  parenthèse), cela donc de façon à dissocier entre deux entremises. 

En premier lieu, tous les protagonistes du collectif tiennent (à l’instar de Mr Abrous)  pareillement à réprouver l’abondance d’invectives qui polluent les débats via des  commentaires outrepassant les règles éthiques, distillant des propos racistes ou antisémites, de  fausses accusations ou insultes. Les autres précisions à venir se feront sous couvert du triple  questionnement : qui parle, d’où l’on parle et de quoi on parle ?, un triptyque retenu dans  le but de mieux identifier la démarche de chacun (en l’occurrence de Mr Abrous et de moi même), de synthétiser les parcours respectifs et la nature des interventions assumées ou à  étayer. 

Qui parle ?  

Autoproclamé spécialiste de la culture en Algérie, Mr Abrous n’occupe pas professionnellement le fauteuil d’historien de l’art. Son métier d’agent social consiste à  intercéder auprès d’une population parisienne en difficulté, à assister au sein de l’équipe de développement local de la Délégation à la politique de la Ville et à l’intégration (DPVİ) des  personnes (souvent d’origine étrangère) en difficultés d’adaptations et en quête d’insertions  ou réinsertions territoriales. C’est à ce stade qu’il collabore (à Paris, du côté du quartier  difficile de Stalingrad connu pour ses problèmes de drogue) en vertu donc du titre de “Chargé  de mission culture et communication”, un mandat n’autorisant pas à se faire valoir comme expert investissant le champ des expressions du sensible. Faire croire à la nouvelle génération  de plasticiens algériens que l’on maîtrise les rouages et subtilités de l’art moderne ou contemporain alors qu’on fonctionne uniquement en tant qu’opérateur social dans le 19ème arrondissement de la capitale française, c’est agir à la manière du charlatan Cheikh Mohamed  Ziani qui, officiant dans une mosquée de Blida, prospère à l’ombre de la naïveté en imposant  son emprise sur des fidèles recourant à une roqya (exorcisme) pour “calmer leur esprit” ou  stress. Aussi, paraphrasant ce passage de Mr Abrous, « La permissivité, depuis des années, de  dire, de faire, sans être condamné, sans être sanctionné, sans que les pouvoirs jouent leur  rôle de garant de la sécurité dans les échanges citoyens, a aggravé la situation. », nous lui  rétorquons ceci : en raison du laxisme rémanent autorisant certains à mentir sur leur réelle fonction sans être recadrés, nous dénonçons les fausses identités afin de ne pas ajouter de  l’enfumage à une confusion déjà envahissante

C’est l’emploi indiqué sur le haut de sa fiche de paie que Mr Abrous a à dévoiler. Lorsqu’en  1983, le directeur des études, Hellal Zoubir, l’introduisait à l’École nationale des Beaux-Arts  d’Alger en tant que psychologie de l’art, nous (Moi) avions déjà mené deux mouvements de  grève. Le premier revenant à perdre une année de scolarité, il était logique d’espérer, de la  part des derniers professeurs admis, des cours de qualité. Hors, de piètre niveau, celui du futur  praticien des afflictions sociales ne correspondait pas à notre légitime attente et encore moins  aux aptitudes requises. Sa propension à usurper des prérogatives justifiait le ton moqueur et caustique du texte “Statut artistique et postures intellectuelles”, une réaction mettant fin au  manège d’un instigateur adepte des artifices enchanteurs et laudateurs, de subterfuges que nous (Moi) ne pouvions laisser se propager. 

La station de métro “Saint-Denis Université” fut l’endroit des dernières impressions  échangées en vis-à-vis avec lui car nous (Moi) écourterons l’année étudiante 1988-1989 en  retournant à Alger afin de suivre sur place ce phénomène qu’était alors la montée du  fondamentalisme religieux. Cette ascension vertigineuse contrariant alors le schéma  heuristique d’un Diplôme d’études approfondies (DEA en arts plastiques), il nous (Moi)  fallait suivre sur le tas ce qui se tramait en Algérie où la vague islamiste aurait d’emblée  englouti les presqu’îles culturelles héritées ou sauvegardées de la colonisation française. Une  fois installé à Kouba (quartier Ben-Omar), les tenants et aboutissants phénoménologiques du chamboulement politique se révèleront plus clairement grâce à une revue de presse  journalière, à une pérégrination sol-sol menée du Centre du pays à son extrême Est (avec  traversée de la frontière algéro-tunisienne en tracteur) puis de Ouenza à Oujda, tout cela en  trains et cars ou à dos d’ânes, des modes de locomotion également synonymes d’enquêtes de  terrain et de “mises à pied” dans le “couscoussier algérien”. 

D’où l’on parle ? 

Activant en “pays barbaresque” (Djazaïr), les chercheurs-entrepreneurs du Groupe autonome  de réflexions sur l’art et la culture en Algérie (GARACA) connaissent la réalité sociologique  et anthropologique du biotope culturel, idéologique et économique en question. Nous ne  sommes pas, comme l’avance insidieusement et malencontreusement à partir de Paris Mr  Abrous, des « (…) “justiciers” de la scène culturelle algérienne » attachés au « (…) retour de  la morale » ou encore des ayatollahs disposés à « (…) traquer les magouilles (ou)  l’utilisation frauduleuse des deniers publics (…), l’attribution de marchés ou de subventions (…), le contrôle à postériori des dépenses réalisées au regard du “travail fait” ». La culture  de la violence et de la magouille caractérise les controverses entre Algériens et Mr Abrous  soutient de l’extérieur qu’il n’y a de raison que « (…) pour la loi et son exercice démocratique ». De quelle législation parle-t-il ?, de celle des assassins de Mohamed Boudiaf, des batalgui  détournant les fonds spéciaux, des bureaucrates pipant les scrutins électoraux et effaçant du  code municipal les ultimes pouvoirs décisionnels alloués aux Assemblées populaires  communales (APC), des juges pervertis car nommés sur la base de l’allégeance et du  clientélisme ? 

Les Algériens ont besoin d’interfaces crédibles, de femmes et d’hommes en mesure de dresser  un tableau exact de la situation et de ce qui les attend. C’est ce que préconisaient dans le  périodique El Watan du 04 décembre 2014 Djilali Hadjadj, le porte-parole de l’Association  algérienne de lutte contre la corruption (AACC) en spécifiant que « Plus il y aura de  transparence dans la vie publique et la gestion des deniers publics, plus la pratique  démocratique enregistrera des progrès », et sur un autre plan les participants du colloque  “Révoltes arabes, entre délitement, contestation et réformes”. Persuadés qu’il leur revenait  d’examiner objectivement les événements, des universitaires estimeront le 27 novembre 2014  primordial de soulever le tapis de poussières afin de discerner la cartographie des  dysfonctionnements, de sortir des équations-sarcophages des intellectuels organiques et  d’enclencher les instruments du renversement syntagmatique. S’évertuant pareillement à  dégripper la machine herméneutique au profit d’une dynamique analytique, le Groupe  autonome de réflexions sur l’art et la culture en Algérie (GARACA) occupe la scène  algérienne, la balise en y prenant quotidiennement son pouls tellurique ainsi que celui d’un système de gouvernance en obsolescence programmée ou en sédation profonde.  Contrairement à Mr Abrous, nous ne plaquons pas mécaniquement ou organiquement sur la  réalité socio-culturelle une grille de lecture rafistolée et de ce fait en complet décalage avec le  vécu climatique ou héliotrope. Quitter le bunker des idées dominantes ou pensées préconçues  et prendre le chemin des “baroudeurs-fouineurs”, c’est exactement ce que nous (Moi) avions  donc entrepris en 1989 après l’avoir fait une décennie plus tôt. Le choc atavique ressenti en  juin 1979 après le concert que le trio Djurjura (constitué de chanteuses kabyles) donnait au  Théâtre du Chatelet incita à quitter cinq mois plus tard Saint-Germain-des-Prés pour aller à la  quête de racines archétypales méconnues, parangons qu’une arrière grand-mère du village  montagneux d’Aguemoune (Petite-Kabylie) était en mesure de léguer. Prévu pour quelques  semaines, le séjour en Algérie durera (et sans coupure) six années, durée au début de laquelle nous (Moi) rendrons notre passeport à l’ambassade de France (puisque né à Paris d’un couple  kabylo-breton), l’échangerons contre son équivalent algérien et subirons pour cela un long  interrogatoire au sein du Commissariat central d’Alger (là où s’ouvrait un dossier qui s’est  depuis agrémenté de fiches de renseignements). L’option changement de nationalité traduisait  la volonté de s’inscrire dans l’ère du post-boumediènisme et d’y faire peau neuve, une mue rendue possible par un hébergement au Collège syndical et politique de Bologhine. Ces  compléments d’informations renseignent davantage encore sur une Personne (Moi) qui a pris  une route à l’opposée de Mr Abrous dont l’itinéraire aux visées carriéristes s’est consolidé sur  le réseautage du parti socialiste d’une “Douce France” où le racisme antimusulman bas  désormais son plein, où un nom aux consonances arabes inhibe considérablement l’accès à un  logement ou à un “boulot” de responsable, où la progression du Front national porte en  germes la peste brune. C’est de celle-ci qu’a à s’inquiéter Mr Abrous plutôt que de prétendre,  toujours en prenant à témoin les autochtones algériens, vouloir « (…) assurer nos droits  citoyens, prolonger les espoirs de nos aînés, (…).». Les sujets et aïeux apostrophés réclament  avant tout un travail et un salaire décents, le droit de vivre dans la dignité, donc de la moralité  et c’est du reste ce que l’enjôleur parisien finira par admettre en écrivant : « Réactivons les  mécanismes de souveraineté, de justice et d’équité dans le champ culturel ». Ses  contradictions témoignent d’un laïus maquillé de poudres aux yeux aussi nébuleuses que le  seront les fonds d’affectation spéciaux pompés aux bénéfices des manifestations Alger,  capitale 2007 de la Culture, Tlemcen, capitale 2011 de la culture islamique ou le  Cinquantenaire de l’indépendance. La commission des finances de l’Assemblée populaire  nationale (APN) se penchait d’ailleurs le 08 décembre 2014 sur le budget d’équipement consacré à ces évènements culturo-protocolaires, un œil inquisiteur obligeant Nadia Cherabi Labidi à présenter, à des examinateurs en charge du bouclage de l’exercice 2012, un bilan  plus ou moins chiffré. L’assainissement des comptes impliquait donc bien le suivi des  subventions attribuées à plusieurs reprises aux opérateurs culturels, des vérifications que Mr  Abrous négligeait de peur d’éprouver trop de susceptibilités. Maintenant que sont cernés et  distingués (l’un de l’autre) les tribuns et leur discours, identifiés les lieux d’où chacun s’exprime, il devient plus facile de vérifier les revendications et de comprendre avec justesse  les véritables enjeux.  

De quoi on parle ? 

Mr Abrous relève avec regret « La mise sur la touche (des) élites désintéressées » tout en  zappant volontairement les contributions épistolaires du Groupe autonome de réflexions sur  l’art et la culture en Algérie (GARACA), s’inquiète de l’image renvoyée « (…) aux jeunes  artistes et à nos aînés », alors que ces derniers se sont étripés comme des chiffonniers,  l’ostracisme de M’Hamed İssiakhem envers Denis Martinez finissant même par traumatiser le Blidéen (habitant de Blida). Les luttes d’influence et de positionnement étant au cœur de la création artistique, il nous (Moi) faut à ce stade lui rappeler que sans la concurrence que se  livraient Matisse et Picasso, ce dernier n’aurait peut-être pas composé Les Demoiselles  d’Avignon, un tableau répondant à Nu bleu souvenir de Biskra que le premier effectuera après  un bref séjour passé en Algérie.  

Mr Abrous cite des hommes du champ intellectuel « (…) qui nonobstant les divergences, les  inimitiés, ont pacifié leur bien le plus précieux : la culture et l’art », alors qu’après de timides  implications en faveur du processus révolutionnaire et de ses “œuvres partagées” censées  élever le “Peuple-Prodige” au stade holistique de la conscience tiers-mondiste, chacun d’entre  eux s’est enfermé dans sa bulle ou univers endocentrique pour mieux se poster, tel un totem  ontologique, devant des pasticheurs du néo-orientalisme et de la résistance aux invasions  culturelles de l’impérialisme, pour créer en sous-mains des circuits d’influence plus  idéologiques qu’artistiques. Mr Abrous énonce plus loin « Un cycle de turbulence  préjudiciable au travail collectif, et à la concertation », alors que nous (Moi) pensons que,  vecteur de l’invention et des inversions, les soubresauts du déjà-là demeurent les facteurs de  l’affirmation d’un “Je” nettement perceptible en littérature, dans quelques films ou Biopic et  l’œuvre-slogan de Mustapha Sedjal UN SEUL HÉROS, MON PÈRE. Celle-ci marque en  “effets” une “étape libertaire” aussi importante que celle souhaitée par Mohamed Khadda lorsque celui-ci revendiquait, à l’instar de Frantz Fanon et Jean Sénac, un Alphabet libre (avec  la toile du même nom). 

Face au centralisme régulateur de la stabilité et de la réussite sociales, progressent en Algérie  des marges d’autonomies qui tentent d’échapper aux sentiers battus d’un “renouveau dans  l’authenticité culturel”, antienne entraînant désormais un “renouveau dans ou par  l’authenticité révolutionnaire” et dernièrement “un renouveau dans ou par l’authenticité  cultuelle”. Mixés à la sauce mnémonique du Cinquantenaire de l’indépendance, du  soixantième anniversaire du 1er Novembre 54, ces adjuvants invalident la rupture intellective  inhérente à la sécularisation arkounienne, contraignent en l’occurrence à revenir sur ces  présupposés immuables que sont les constantes nationales (“thawabit el wataniya” ou “ettawabite el watania”). L’une de celles-ci touchant l’emblème du pays, nous (Moi)  concocterons le projet d’exposition DRAPEAU OSTENTATOIRE afin de justement provoquer  de la dissolution, de tester si les factotums ou conseillers d’El-Mouradia sont disposés (ou  pas) à lâcher du lest en termes de “Je” et jeu artistiques puisqu’il est convenu que rien ni  quiconque ne peut porter atteinte à l’armoirie nationale « (…) en tant que symbole de la  Révolution et de la République.».  

Sanctuarisée, elle bénéficie d’une mesure conservatoire faisant d’elle une flamme inviolable,  donc fermée aux rayonnements d’une vulgarisation cosmopolite et spectrale. En exploitant un  autre interdit (l’arrêt municipal via lequel le maire de Nice, Christian Estrosi, empêchera les  supporter algériens de brandir leur étendard pendant la dernière Coupe du monde de football  au Brésil), nous (Moi) saisirons au vol une actualité médiatique de manière à ce que les  plasticiens l’interprètent esthétiquement, à casser les codes VİP, à ouvrir les portes de l’  “Amour de l’art” à des néophytes bannis pour leur présumé « Caractère non proportionné ».  Cette “socio-loge” s’apparente à certains égards aux nomenclatures de la critique d’art, une  discipline orpheline en Algérie puisque les seuls prétendants sont, à l’exemple de Nadira  Laggoune-Aklouche, des enrégimentés par défaut. Atteints d’une maladie compulsive  consistant à ventiler la crainte de leur médiocrité, ils participent à l’épanchement des leurres,  raccourcissent par médisances, passivité ou paresse les circonvolutions d’interactionnistes, ces  fabricants de concepts dont l’entendement combine tropismes et paradigmes, les adapte au  réel d’évènements culturels, sociaux et politiques. Leur manière de rehausser le niveau de la  confrontation des idées dérange par conséquent quelques paranoïaques incrustés.

Mr Abrous rattache cette situation à une « République des copains (qui) doit être une vieille  histoire » alors que nous la confondons à la République bananière (une référence  successivement reprise par l’ex-bras droit du général Mohamed-Lamine Mediène, Hocine Benhadid, et l’avocat Ali Yahia Abdennour) des torpilleurs en eaux troubles. Dans sa “Lettre  aux membres du Comité préparatoire aux Assises de la Culture et aux participants” (révélée le  27 octobre 2014, elle servira désormais à sélectionner nos répliques), Mr Abrous convient  qu’elles « (…) sont nombreuses, les personnes, qui ont tout à perdre avec la transparence, les  idées, le projet, la compétence, », mais les invite, en vertu d’une espèce de consensus  hamrouchien, « (…) à trouver leur place dans ce nouvel édifice culturel » alors que nous  promulguons un “Grand ménage” dont l’aiguillage aurait pour principale “art-terre” la rue. 

Mr Abrous loue de son côté les « (…) initiatives citoyennes et les événements qui consacrent  l’art dans la ville et dans la rue », mais en faisant l’impasse sur les bafouilles de la  manifestation “Djart’14” présentée comme une biennale par le périodique Reporters du 18  octobre 2014. En raison de l’utilisation maladroite et abusive, voire même frauduleuse, du  vocable “street art”, nous avions (Moi) tenté (en vain) de rectifier le tir en précisant que sa  provenance ressort de l’underground, c’est-à-dire de la contre-culture puisque sa raison d’être  est de remettre en cause les pans de la bienséance ou de l’ordre établi. Hors, le “trans-cultural  dialogue” s’est entièrement produit dans un cadre protocolaire, une niche à mille lieues de  celle habitée par Bansky, graphiste de renommée internationale et à l’origine du film Faites le  mur. La projection de ce documentaire remettrait les pendules à l’heure en Algérie, là où se  propage à vitesse grand “V” toutes sortes d’embrouilles. Un autre topo de la pertinence du  Street-art se trouve également dans le visionnage d’Art war, Les artistes égyptiens et la  révolution (ou encore de la lecture du livre Graffiti baladi, street art et révolution en Égypte).  Ce long métrage, que Marco Wilms finalisera en juin 2011, et que montrera le 07 mai 2014 la  télévision franco-allemande “Arte”, dirige le focus sur des créateurs radicaux déliant les  ligatures machinales et domestiques qui bloquent les libertés individuelles au sein d’une  société autocratique ; antidogmatique, leur “contre-propagande” dénoncera l’oppression des  femmes ou la violence du Conseil suprême des Forces armées.  

Rien de comparable chez “Djart’ 14”, car à la place de l’insubordination et de la transgression,  de l’accompagnement caporalisé et de l’animation culturelle ! Les articles complaisants parus dans les différents quotidiens algériens sur son modus opérande étaient dignes de ceux que  diffusaient autrefois (et encore aujourd’hui) les appareils de la propagande institutionnelle. Le  compte-rendu “Vitesse de croisière sur les murs de la ville” que Jaoudet Gassouma pondra au  sein du périodique La Nouvelle république du 16 novembre 2014 fut aussi consensuel que ceux écrits au sein d’El Watan (du 06 novembre) et L’Expression (du 19 novembre). Dans le  premier, une jeune chroniqueuse persuadait (par le truchement d’interlocuteurs-complices)  que l’événement faisait « La part belle à la culture underground » et que les happenings de performeurs en transit laisseront « (…) une trace concrète sur les murs et bien qu’immatériel,  durable dans les esprits ». La journaliste O. Hind de L’Expression notera pour sa part  l’originalité d’une démarche ayant nécessité depuis 2012 deux années de préparation. Entre temps, l’équipe aurait demandé « (…) aux passants ce qu’ils voudraient voir comme activités  culturelles. İls voulaient de l’art dans la rue et non dans des salles fermées, derrière des murs », se gaussera un autre interviewé. Des plus factices, son désidérata reposait sur une  conviction préfabriquée afin de valider une prétendue occupation spatiale « (…) supposant  une agression subie et un aspect subversif », alors que les douze étapes interventionnistes se  dérouleront sur un parcours fléché, et de surcroît aucunement conçu « (…) hors des cadres  officiels », comme le maintiendra indûment Jaoudet Gassouma, et avec lui les initiateurs de la  ballade dans Alger-la-Blanche. Rien ne pouvait y être entrepris sans l’accord et la surveillance d’une police-politique dont les innombrables choof (ou chouf) auraient consigné le moindre  débordement, notamment des œuvres trop provocatrices. Sur ce dernier point, Mr Abrous  reviendra sur une « (…) scène artistique squattée par la commande politique, formalisée par  l’agenda diplomatique, vampirisée par le Ramadhan », un constat en regard duquel il emploiera (pour la première fois) la notion de “famille révolutionnaire” que trente de nos  rédactions (diffusées au sein du site en ligne Le MatinDZ) remettaient précédemment en selle.  Quelques unes d’entre elles déconstruiront la façon dont le classement historique des  Abattoirs d’Alger fut discrètement saper et dévoyer, fourniront les tenants et aboutissants d’un  largage accommodé aux roulis compresseurs et appels d’offres de promoteurs commissionnés,  procureront les indices sous-jacents révélant les entremises interlopes de cadres du ministère  de la Culture lorgnant sur des locaux abandonnés pour, en accointances avec les initiés d’une  certaine “fabrique culturelle”, échafauder le plan de sauvegarde d’un champ en déshérences  cognitives, là où, jamais cité, le Groupe autonome de réflexions sur l’art et la culture en  Algérie (GARACA) ne semble pas être le bien venu. C’est sans doute parce que les  récurrentes immixtions de ses empêcheurs de tourner en rond prescrivent une véritable  biopsie éradiquant du marasme ambiant les infiltrations déviationnistes de journaleux encartés, procurent à cet effet des données ou sources fiables, suscitent des correspondances  comparatives (ce que ne fait jamais Mr Abrous qui, et comme beaucoup, s’approprie des  conclusions qui ne lui appartiennent pas), installent des conventions et nivellements qui  déstabilisent une meute de chiots nourris aux mamelles de l’ “État-Armée providence”,  d’aboyeurs gâtés par les revenus de la manne pétrolière et dont les désignés chefs de file  profitent du vide historiographique pour se grimer en curateurs d’exposition. 

Celle baptisée La nouvelle scène artistique algérienne aura pendant la dernière Biennale de  Dakar comme principal entraîneur Mourad Krinah. Bien qu’ayant eu la perspicacité de ne pas  se considérer « Comme un commissaire » (un de nos textes ayant sur ce point préalablement  énuméré les fondamentaux de l’exercice), cet entremetteur fut introduit par le quotidien  Reporters du 15 octobre 2014 comme l’un des « (…) mieux placés pour parler de la situation  de l’art contemporain en Algérie ». Cette généreuse considération vient sans doute de l’article  du journal Le Monde du 18 avril 2014 dans lequel une photo le montre dans la coursive de  l’immeuble où se trouve l’appartement du collectif “Box 24”, une communauté dont il serait,  avec Walid Aïdoud, le “pilier”. İntitulé “Les artistes algériens font leur printemps”, le papier  en question (son exhaustif sous-titre était : “Lassée de la politique, une nouvelle génération de  créateurs bouscule la société et le pouvoir”) assertait que ce n’était pas par hasard si depuis  2011« Les lieux alternatifs se développent dans des appartements privés (car) c’est un  printemps artistique qui ne dit pas son nom ». İl a donc suffit de la rubrique aguicheuse d’une  pigiste expédiée en Algérie 24 heures avant le suffrage présidentiel du 17 avril pour que son  allégation (bidonnée à l’image des commandes cathodiques payées rubis sur ongles) fasse  échos et tache d’huile au milieu d’un paysage artistique privé de lectures-synthèses. La  dépêchée de dernières minutes en offrait une vision tronquée, une falsification aussi  déroutante que l’horizon entrevu par des plasticiens ayant « (…) la farouche conviction que  l’évolution du système ne viendrait pas de la confrontation dans les manifestations ». La  direction de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) croyait peut-être  qu’elle sortirait de la “scène émergente locale” dont les acteurs, attestait Mourad Krinah au  sein du catalogue, « (…) commencent à avoir une expérience notable en Algérie et à  l’étranger grâce à leur participation à des expositions, (…) », notamment à celles nommées  Picturie générale 1 et Picturie générale 2. Arguant du « Succès retentissent (de) deux  événements donn(ant) un aperçu fidèle des formes et démarches pratiquées par une  génération posant un regard critique sur leur société (…), une rupture radicale avec celle qui  l’a précédée (et) qui marquera incontestablement l’art africain. », le critique d’art de circonstance était à la tête d’une monstration (La nouvelle vague artistique algérienne) qu’il  décrivait comme « (…) l’un des événements les plus importants du off » (en dehors des  manifestations subventionnées par la Biennale de Dakar). Non seulement, il manquait d’humilité, mais les œuvres affichées ou étalées ne laissaient rien entrevoir en termes de  chamboulements esthétiques. Ne transparaissait au final que de la gesticulation et de la  forfanterie laissant supposer que « (…), nous n’avons pas de grands artistes d’art  contemporain en Algérie », certifiait en décembre 2013 Mohammed Djehiche. Parmi les  pertinentes constructions qui le contredisent, nous (Moi) avons décelé la partition anthropologique de Souad Douibi. Après celles des Essebaghines, son orchestration plastique  dénote une cohérence contrastant avec les habituelles vantardises et jactances d’opportunistes  accaparés à dévier les pérégrinations ou décantations du Groupe autonome de réflexions sur  l’art et la culture en Algérie parce que les appréciations supposées exogènes de ses  intervenants perturbent les alluvions de leur vase clos. Mr Abrous fait justement remarquer,  qu’en panne d’ingénierie ce champ étriqué est « (…) fortement handicapé par la ressource  humaine (et donc) en incapacité de produire et d’animer un projet avant-gardiste », c’est-à dire réellement moderniste.  

Aussi, s’en remet-il à « La communauté culturelle en diaspora (…) capable de conduire un  transfert de compétences et de savoir-faire artistiques et pédagogiques », mais commet  cependant un autre impair en précisant qu’elle y « (…) produit, de l’art algérien, de la culture  algérienne », alors que les exilés ici apostrophés concourent le plus souvent à l’essor d’une  interlocution esthétique bénéfique aux seuls pays d’accueil. L’exacerbation séducto patriotique (donc démagogique) de Mr Abrous se confondait à de permanentes ambivalences ou ambiguïtés qui réapparaîtront lorsqu’il suggérera (après avoir donc jugé inutile la  réclamation de bilans financiers ou la surveillance des balances budgétaires) « Une  rationalisation des dépenses publiques, une mutualisation des ressources (…), un cahier des  charges précis sur les missions attribuées et les résultats attendus ». Ses grands écarts  l’amèneront à s’intéresser à « L’aspect managérial (…) des établissements et des  équipements culturels », une attention censée être prise en charge par l’Agence algérienne  pour le rayonnement culturel (AARC).  

Créé le 20 novembre 2005, cet organisme modifiera par deux fois son régime : le 27  septembre 2008, jour où il devient un établissement public à caractère industriel et  commercial (ÉPIC) et le 28 mars 2013, moment de l’officialisation d’un nouveau statut juridique lui permettant d’assurer des prestations onéreuses « (…) pour le compte de  personnes morales de droit public ou privé concourant à la dynamisation et à  l’enrichissement de la vie culturelle », d’agencer « (…) tous types de manifestations », de  garantir une « (…) billetterie avant et pendant (…) toutes études d’ingénierie (…), d’assurer  la gestion opérationnelle des festivals culturels institutionnalisés (…), des salons spécialisés (…); d’importer et de distribuer sur le territoire national tous types de produits culturels », de  former du personnel et « (…) de fournir, à la demande, toutes catégories de spécialistes en  vue de concevoir et/ou de réaliser un programme ». Gérée jusqu’au mois d’août 2014 par Mustapha Orif, l’entreprise fonctionne comme une boîte de spectacles dont les missions et  assistances transactionnelles lui délèguent le droit de faire fructifier les dotations de crédits,  dividendes, recettes, dons ou legs, de préserver des activités vénales nécessaires à la  réalisation des objectifs et dépenses de fonctionnement, de réclamer des intérêts financiers devant lui « (…) être alloués pour la couverture des charges réelles induites par les sujétions  de service public ». Elle peut ainsi « (…) prendre des participations dans toute entreprise et  contracter tout partenariat », générer des filiales dont les règlements internes seront « (…)  établis conformément aux dispositions du code de commerce ». Au sujet des annexes ou succursales, quelques mois avant l’ouverture de Constantine, capitale 2015 de la Culture  arabe, apparaissait, comme par magie, la société “Algoé”, une boîte de conseil en  management culturel qui, venue au secours de ses organisateurs, paraphera une convention  aboutissant à la naissance d’une société mixte algéro-française, une entreprise montée selon le  principe des 49-51%. Dénommée “AL2Management”, elle devrait (peut-être ?) seconder dans  leurs démarches les services culturels de la wilaya de Constantine, assister le déploiement des  festivités, collaborer à leur coordination, calculer les risques en paramétrant l’installation des  équipements, en surveillant la qualité de l’encadrement et des infrastructures, en identifiant  les 54 projets et 75 opérations de réhabilitation. La question que les intervenants auront à  poser à la ministre Nadia Cherabi-Labidi lors des États-généraux de la Culture est celle-ci :  pourquoi la société lyonnaise de consulting et “AL2Management” ont obtenu de telles  contributions alors que 16 algériens ont été envoyés (par l’AARC) pour suivre une formation  à l’École d’art et de culture (EAC) du 8ème arrondissement de Paris ? Cet établissement  dispense des cours aboutissant au métier de manager de projet culturel (coût 9200,00 euros),  lequel consiste à concevoir un évènement artistique, à planifier son montage et ses stratégies  financières, à développer des visions marketing, à pérenniser une démarche esthétique par un  travail d’ingénierie impliquant la mise en valeur scénographique des œuvres ou de leurs  circuits d’exploitation. Évaluées à 7700 euros, les études menant par ailleurs à la profession de  médiateur culturel marient le relationnel et la communication puisque le stagiaire doit capter  les transmissions susceptibles de tisser le maillage des liens à même d’améliorer la corrélation  œuvres-publics, savoir jauger de la fréquentation des espaces culturels (musées, galeries,  etc…), concevoir la portée publicitaire et promotionnel d’une monstration, donc déterminer  quels sont les supports médiatiques en mesure de mieux la faire connaître et d’amplifier  parallèlement la reconnaissance d’un exposant. Quant à l’ingénierie de projet culturel, ce  cursus d’un montant de 4550 euros a pour axe pédagogique la gestion des réseaux artistiques  et la quête des sponsors.  

L’exercice convient aux futurs responsables de production et/ou de diffusion, aux directeurs  des affaires culturelles, aux administrateurs de compagnies, aux galeristes, aux agences  spécialisées dans le trafic des biens patrimoniaux et le circuit d’expressions avant-gardistes  visibles au stade des foires d’art contemporain. L’Agence algérienne pour le rayonnement  culturel (AARC) aura donc épaulé près d’une quinzaine de postulants désormais inopérants  puisque non intégrés au Commissariat général de Constantine, capitale 2015 de la Culture  arabe. Selon le directeur de l’École d’art et de culture (AAC), Gérard Flamme, 14 ou 13 des  candidats ont obtenu les équivalences exigées après avoir assuré des séminaires et mémoires,  soit environ 500 heures au sein d’un cycle long dont le coût global (enseignements et  hébergements) avoisine (pour donc l’ensembles des aspirants) les 300.000 euros. À quoi aura  donc vraiment servi cette somme ? Cette question est l’aboutissement d’une autre enquête  menée par le Groupe autonome de réflexions sur l’art et la culture en Algérie (GARACA),  lequel a déjà répondu à l’interrogation de Mr Abrous « Qu’attendons-nous des prochaines  Assises de la Culture ? » en spécifiant qu’il n’y a rien à espérer d’un tel rendez-vous ad hoc instauré au plus haut niveau d’un État en déliquescence avancée. 

İncapables de revenir sur leurs présupposés doctrinaux (car le faire équivaudrait à admettre  une caduque feuille de route idéologique, donc d’autres sources référentielles incitant à  s’engager vers une sécularisation entre religion et politique), les différents gouvernements ont  abdiqué devant l’incommensurabilité de la tâche. L’actuelle administration demande aux  professeurs, intellectuels et artistes de penser ou panser une société malade, de faire des  miracles là où la violence urbaine prend ses aises à coups d’armes blanches (sabres, couteaux,  poignards, lames de cutter, barres de fer, bâtons, etc…), où des gangs à l’esprit tribal s’implantent en maîtres de lieux à l’abandon, où il y a un déficit vertigineux de citoyenneté,  où les forces inquisitrices et de nuisances obligent à considérer que « Ce sont les politiques  qui décident du sens que doit avoir et prendre une réflexion (…) », comme le déclarait  Slimane Benaïssa au sein d’El Watan du 30 janvier 2014. L’auteur de Boualem zid el  gouddam (Boualem va de l’avant) y signalait également qu’en Algérie il est « (…) très  difficile de sortir du cadre général qu’impose l’État (car) l’appareil médiatique est d’une  puissance telle qu’il broie tout. ». Le dramaturge (Benaïssa) soulignait au sein du même périodique que des affidés du statu quo freinent des quatre fers de manière à tuer « (…) par  usure un projet (…), plus nous voulons accélérer la cadence, plus le pouvoir nous répond par  l’inertie. (…) C’est la lutte de l’enthousiasme contre le “j’m’enfoutisme” »

Arezki Aït Larbi, le gérant des éditions “Koukou” à fait preuve du même comportement  lorsqu’il a repris (en couverture du livre İls ont trahi notre combat) l’idée consistant à  remplacer, dans la toile d’Eugène Delacroix La liberté guidant le peule, l’emblème français  par celui de l’Algérie. L’un des principaux impacts visuels de l’exposition DRAPEAU  OSTENTATOIRE a donc été amputé par la filouterie d’un “petit voyou” pensant que le corpus  intellectuel des autres est un libre service où l’on peut dérober à-tir-larigot sans passer à la  caisse ou par la case tribunal. L’impunité dont bénéficient depuis des années les corrupteurs  en cols blancs, laisse ainsi croire que tout est permis au pays des “Héros-purs”, les plagiaires  et adeptes du “couper-coller” y trouvant eux aussi les rustines de leurs fuites de cerveau.  Maintenant que les ressources tirées des puits de pétrole commencent à s’épuiser et à  engranger moins de pécules, les “ordonnateurs” algériens se tournent vers la compétence  locale et l’intelligence en diaspora, desserrent les nœuds gordiens de la censure (même si cette  épée de Damoclès reste suspendue au dessus de la “tête chercheuse” de certains journaux)  pour leur attribuer le soin d’inoculer des valeurs modernistes que le champ artistique a encore  du mal à ingurgiter à cause d’artilleurs interlopes pris de bougeottes schizophréniques au  moindre souffle profanatoire. Malgré les coups bas nous (Moi) ayant empêché d’enseigner à  l’École (nationale et/ou supérieure) des Beaux-Arts d’Alger (son avant-dernier gestionnaire, Nacer Eddine Kassab, proposera en 2010 un atelier de sculpture alors que nous finalisions un  doctorat en sociologie), d’obtenir le rapport de soutenance du doctorat qui autorisait à  s’inscrire au programme de recherche d’une université intéressée (le directeur de thèse Kadri Aïssa le promet depuis trois ans et assure que le membre du jury Benamar Médiène est  l’unique inspirateur du blocage) ou de concrétiser des projets d’exposition, telle une éolienne  en plein vent, notre moulin à perpétrer des concepts ne cesse heureusement de tourner et de  moudre du bon grain. İl a donc essaimer le levain de la monstration DRAPEAU OSTENTATOIRE qui a également pour finalité d’éprouver la capacité de nuisance d’un  Pouvoir islamo-conservateur habitué à camper sur ses vieux préceptes idéologico-sacrificiels.  Refuser de diversifier esthétiquement l’emblème national, implique de réfuter d’autres  thématiques (propres par exemple à la prostitution, au terrorisme, aux disparus de la décennie  tombale, à la corruption, à la torture, à la pollution environnementale, etc…) et à fortiori des  œuvres théâtrales, littéraires, cinématographiques ou picturales. Dans ce cas, quels sujets  restent-ils aux auteurs ou créateurs, et ceux à exploiter sont-ils encore les révélateurs des  nouveaux paradigmes ? 

Voilà les questions et perspectives sur lesquelles il faut se pencher et, c’est notre avis, qui  trouveront leurs résolutions lorsque les Algériens s’approprieront les mécanismes de la  mobilisation citoyenne, battront le tambour sur des pavés urbains à investir néanmoins après  s’être assuré des connivences souterraines d’une partie de la police-politique et de ses relais  cathodiques, sans quoi la vague répressive repoussera encore une fois les espoirs de  démocratisation. Renverser des habitus, ce n’est pas foncièrement piétiner des fondements culturels mais au contraire leur attribuer une nouvelle respiration. Lorsque l’étouffoir politico culturel atteint son degré de surchauffe, il faut savoir tirer sur les manettes de la distension  avant que tout l’édifice explose ou implose. À acter comme l’un des saces de décompression,  l’exposition DRAPEAU OSTENTATOIRE se complètera d’un colloque où sociologues et  anthropologues de divers courants et nationalités étudieront de près ce que raconte la  propagation spatio-temporelle du fanion algérien. L’érosion nationaliste que croient déceler  certains universitaires semble sur ce point mis en cause, tant l’attachement à cette bannière  outrepasse leurs postulats scientifiques, tant la martyrologie du Héros s’est épanchée en  plusieurs ersatz, des succédanés ponctuant les insatisfactions ou colères de femmes et  d’hommes en quête des bouffées d’air. Un film, une pièce de théâtre, un roman, une  exposition ou un récital sont les indispensables moments de leur équilibre mental et  supplément d’âme, surtout si les différents avant-corps de la culture trouvent les ingrédients  du relationnel et avec eux les clefs de la modernité artistique. Celle-ci nécessite moins de  mettre “à bas le culte de la personnalité” (slogan phare de la décennie soixante) que les tabous  et archaïsmes, façon de poser les problématiques, d’en décortiquer les ressorts et d’en émettre  les applications. Agissant dans ce sens, les autres projets d’exposition que nous (Moi) avons à  soumettre situeront les temps forts de l’histoire de l’art, en interpréteront les clôtures,  passages et axes paradigmatiques, déconcerteront les à-priori de béotiens, les formatages  d’intermédiaires et prétentions d’arrogants se disant là commissaire, ici curateur et ailleurs  experts alors qu’ils n’ont rien écrit de probant, n’ont pas les expériences et cognitions exigées.  Les loger au rang idoine, c’est faire acte d’utilité publique mais aussi s’exposer à leur  manœuvre favorite, laquelle consiste à dénigrer sur des réseaux sociaux accessibles à partir  d’une souris d’ordinateur qui sera de toutes les façons toujours moins efficace que les circuits  cérébraux des “rats de bibliothèques”. Le livre demeure notre viatique de prédilection, et ce  type d’addiction complémentaire aux accoutumances muséales exige de faire du tri dans  l’almanach des priorités. Si, et contrairement à Mr Abrous, nous (Moi) refuserons la  proposition de L’Harmattan, c’est que son directeur éditorial, Jérôme Martin, envisageait de  ne pas retenir la plupart des iconographies (alors que leur choix temporel suffit à appréhender  les divers courants esthétiques) et qu’il apparaissait logique de donner corps aux démarches  de plasticiens ayant gentiment offert leur droit à l’image. C’était là la moindre des choses, ne  serait-ce qu’en regard des insuffisances bibliographiques ou historiographiques dont souffrent  les étudiants des diverses écoles des Beaux-Arts (celle supérieure d’Alger et celles dites  nationales ou régionales) et avec eux tous les acteurs du monde l’art. C’est ce que prouvera le  tragique décès du peintre-graveur Abdelwahab Mokrani. Sa subite disparition démontre en  soi, et par ailleurs, le vide entourant en Algérie l’expression du sensible, une béance que  l’adjoint du directeur de l’İnstitut national d’histoire de l’art (İNHA de Paris), Thierry  Dufrêne, se proposait de combler en se rendant il y a maintenant deux années à Alger. Le  déplacement de ce Chargé des relations internationales au sein de la “capitale barbaresque” avait pour perspective la création du “Comité Algérie d’histoire de l’art”, une cellule qui ne  connaîtra pas de suivis alors qu’elle est devenue indispensable, ne serait-ce qu’aux vues des  anachronismes constatés dans la presse, notamment lorsque s’y expriment les derniers  diplômés de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA). Leurs erreurs et bévues  révèlent un enseignement parcellaire caractéristique du désert bibliographique inhérent au  champ esthétique en question.  

Suite à ces divers constats émis après le suicide d’un avant-corps rapidement enterré pour en  quelque sorte cacher son mal-être existentiel (comme si il y aurait pareillement lieu de  camoufler celui affectant la Culture), nous (Moi) préconiserons de relancer l’idée du “Comité  Algérie d’histoire de l’art” ou d’insister auprès de l’actuelle ministre de tutelle afin de  débloquer des fonds permettant à des chercheurs et universitaires de travailler en profondeurs sur la question : il s’agit entre autres d’en finir avec les nombreuses déperditions, de remédier  à celles affectant la lecture spatio-temporelle d’œuvres à répertorier avant leur disparition ou  après leur achat, et de cataloguer tous les documents, directs ou indirects, assurant une  meilleure connaissance de tel ou tel itinéraire artistique. 

Agir en ce sens, c’est resituer des avant-corps au sein d’un champ à débarrasser des  excentriques-simulateurs, mythomanes-hâbleurs et fanfarons-prétentieux qui usent parfois de  la stratégie de l’empêchement pour se complaire aux miroirs de leurs distorsions et  contorsions. Celles de Mr Abrous relèvent des portes à faux d’un homme souhaitant « (…)  instiller solidarité, apaisement et fraternité dans l’espace culturel national » en demeurant  “planqué” à Paris, un camouflage incompatible avec l’échelle des valeurs à rétablir. Aussi, ne  le considérant ni comme exemple et/ou contre exemple, nous le laisserons à l’avenir se  dépêtrer dans sa tambouille périphérique, certaines urgences ici mises en exergue requérant de l’énergie, donc d’ignorer les démarcheurs de seconde zone. 

Saadi-Leray Farid.
Secrétaire du Groupe autonome de réflexions sur l’art et la culture  en Algérie (GARACA).
le 14 décembre 2014.

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