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« La théorie de l’art propre a encore de beaux jours devant elle ! » Khadija Tnana (Maroc)

Le Centre d’art moderne de Tétouan a retiré le 1er Mars 2018 « kamasutra » une création artistique représentant la silhouette d’une main, composée de 246 amulettes sur lesquelles des positions érotiques sont dessinées. L’artiste Khadija Tnana une artiste peintre engagée met directement en cause le ministère de la Culture marocain. « La théorie de l’art propre a encore de beaux jours devant elle ! » s’exclame Khadija.

La toile interdite est inspirée du célèbre manuel d’érotologie arable « Jardin parfumé » publié au 16ème siècle par l’érudit Cheikh Nefzaoui. Cette œuvre de Khadija Tnana avait été accrochée sur les cimaises du musée de l’art contemporain de la ville de Tétouan, avant d’en disparaître. 

«Il est honteux de voir une telle démarche au XXIe siècle», s’insurge Khadija Tnana dans le Huffington Post Maroc. L’artiste se dit «consciente» que son «travail gêne». «Je m’y attendais plus ou moins, car on assiste à une régression de notre société, ajoute-t-elle, fataliste. La même œuvre, alors réalisée sur support céramique, avait déjà été présentée en 2014 lors de la deuxième Biennale de Casablanca. La programmation de Kamasutra s’était alors faite sans encombre… ou presque. La municipalité voulait l’interdire, mais les organisateurs avaient défendu l’œuvre.».

Contacté par Le 360 ,  Bilal Chrif, le responsable de la gestion du musée de Tétouan, lui-même artiste, a affirmé qu’il n’est pas «contre la liberté d’expression». «Mais cette œuvre en particulier ne correspond pas à la ligne du centre. Nous avons près de 1600 visiteurs par mois, les habitants de Tétouan sont des gens conservateurs, cette œuvre allait nous créer des ennuis et nous ne cherchons pas la polémique», ajoute-t-il… un pas en avant, deux en arrière.

Si la thématique du corps de la femme traverse l’œuvre de Khadija dont le cœur bat à gauche. « Sa mémoire est marquée par les scènes de hammam, traversées de corps gros ou maigres, lourds, fatigués ou agiles a Mais c’est toujours le corps, le corps qui souffre, qui se meurt dans des tons de noir, de marron ou de bleu » peut-on lire dans un catalogue dédié au travail de Khadija Tnana. 

Ainsi, si aucun motif n’a été expressément formulé pour justifier le retrait de l’oeuvre. “Kamasutra” qui est ainsi la seule installation à avoir été désinstallée à la demande du ministère de la Culture, selon l’artiste pour rappel, le gouvernement marocain est dirigé par le leader du PJD Saadeddine Elotmani et la mairie de Tetouan est détenue par les islamistes.  L’oeuvre présentée dans le cadre d’une exposition collective, inaugurée le 1er mars dernier à Tétouan et rassemblant cinq artistes marocaines, deux espagnoles et une française, représente une main de Fatma composée de 246 pièces de papier marouflé sur carton, elles-même en forme de Khmissates. Sur chacune de ces pièces, des corps qui s’unissent en autant de représentations célébrant l’amour et la sexualité.

«Je n’accepte pas la censure, je résiste donc. Il faut continuer à se battre pour la liberté d’expression. Je n’admets pas l’absence de dialogues et, même soumis à la censure, l’artiste doit croire en ses idées, faire confiance à son monde sensible. L’artiste fait bouger les lignes. Choquer c’est presque un devoir pour initier un changement dans les mentalités. C’est cette vague d’obscurantisme qui déferle sur notre société qu’il faut arrêter sous peine de régresser et revenir à un siècle moyennageux» déclare Khadija Tnana au Figaro.  Kamasutra est une œuvre politique au sens noble du terme.«L’idée de mon installation est née d’un constat: dans nos pays, il existe encore une séparation entre les deux sexes, qui s’accompagne d’un discours que l’on transmet aux jeunes, et qui dit en substance que les hommes sont dangereux pour les femmes, et vice versa», explique-t-elle. «Nous avons besoin d’éducation sexuelle. Certes les discussions existent, la presse en parle et nous savons à quel point ce tabou qui persiste est un fléau. Aux responsables de sauver la situation. L’équilibre de notre société en dépend», ajoute l’artiste sur le même quotidien

Cette interdiction d’une œuvre d’art qui glorifie l’amour et le corps relance de plus belle le débat sur la liberté des artistes au Maroc et même ailleurs ou le conservatisme et les principes modérateurs de la religion ont la main mise sur tout pour qui les positions du kamasutra ne sont pas les bienvenues. Avec les religieux de tout genre, il ne reste que la masturbation comme sexualité du désespoir.

Synthèse Tarik OUAMER-ALI
ouamer.jimdo.com


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