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Interview Mustapha ORIF (Marchand d’art). Rapport marché d’art africain 2016.

Cet interview est paru sur le rapport du marché de l’art africain 2016, visible sur la plate-forme africartmarket.today , vous pouvez aussi consulter le rapport en cliquant sur l’image çi dessous

 

Le marché de l’art algérien a débuté au milieu des années 1980 grâce à deux galeries algériennes :

Mustapha ORIF : La Galerie Xenia, fermée en 1987, et la Galerie lssiakhem, rebaptisée lsma en 1989. Elles ont été rejointes par la Galerie M, fermée en 1992. Le marché, qui tournait autour de ces trois galeries, s’est développé jusqu’en 1992/ 1993, où il a fut brusquement interrompu par les bouleversements politiques entre 1992 et 2000.

Le marché a repris après 2002, d’abord timidement, puis de façon régulière. Il est principalement dominé par des œuvres non originales ; l’art moderne et contemporain, ainsi que l’art historique orientaliste (XIXe et début du XXe siècle) occupent une place mineure pour des raisons différentes. Le profil plutôt conservateur des acheteurs explique le caractère confidentiel du marché algérien de l’art moderne et contemporain, tandis que l’offre limitée d’art orientaliste historique en Algérie permet de comprendre sa moindre part. Cependant, la tendance actuelle va vers une inversion de cette situation. L’art moderne, représenté par des artistes tels que M’hamed lssiakhem, Baya Mahieddine et Mohammed Khadda, suscite davantage d’intérêt, principalement en raison de la participation de leurs œuvres aux ventes publiques des maisons de vente Gros & Delettrez, Aguttes, Ader et Millon à Drouot à Paris, chez Sotheby’s à Doha et chez Christie’s à Dubaï, où elles ont atteint des prix élevés.

De son côté, Christie’s, à Dubaï fait la part belle aux artistes contemporains, tels que Rachid Koraichi, Ahmed Ben Bella, Abdallah Benanteur, Rachid Khimoune, Kader Attia et Djamel Tatah. Le succès de ces artistes a attiré l’attention des collectionneurs algériens qui ne s’intéressaient  auparavant  qu’à  !’Orientalisme  et aux œuvres peu originales. Les prix des œuvres  de ces artistes commencent à flamber à Alger, signe de l’essor du marché de l’art contemporain.

 

Depuis  2005/20061  le  marché  de l’art s’articule autour de 10 galeries, situées pour la plupart à Alger.

Mustapha ORIF : Un grand nombre de ces galeries sont gérées par des jeunes manifestement passionnés par leur métier et décidés à promouvoir les jeunes artistes algériens. Les expositions qu’elles organisent sont régulières et de plus en plus nombreuses. Cependant, il semblerait que la dynamique artistique ne se traduise pas par une vitalité commerciale propor­tionnelle ; sans doute à cause du profil des acheteurs mais aussi du manque d’expé­rience de ces jeunes galeries.

La galerie AlMarhoon, jeune galerie d’Alger, semble avoir une approche professionnelle. Outre l’organisation d’expositions, elle par­ticipe à des foires à l’étranger, telles que Art Dubaï et AKAA à Paris,où elle présente ses artistes à un public étranger. En outre, son site web, bien conçu, améliore la visibi­lité de ses artistes. Une autre galerie, Seen Art Gallery, semble prometteuse, tout comme la structure alternative, Les Ateliers Sauvages, qui s’intéresse particulièrement aux jeunes artistes,comme le groupe Picturie Générale (Mourad Krinah, Walid Bouchouchi et Youcef Krache). Aux côtés de ces galeries, le MAMA (Musée Public National d’Art Moderne et Contemporain) joue un rôle central depuis son inauguration en 2007. Il est réputé pour la qualité de ses expositions, qui ont permis au public  algérien, dont  des col­lectionneurs, de découvrir l’art moderne et contemporain algérien, les  artistes  de la diaspora, ainsi que ceux originaires d’Afrique et du monde arabe.

Les cinq expositions sur la création afri­caine en 2009, coïncidant avec le deuxième festival panafricain de la même année, ont suscité un vif intérêt pour l’art, l’Afrique et le monde arabe, encourageant les artistes – notamment la jeune génération – à aller voir ce qui se passe dans les cultures arabes et africaines, élargissant ainsi leur vision  artistique.

Des sites web tels que founoune.com contribuent également à une meilleure lisibilité de l’art en Algérie, tout comme les rubriques consacrées à l’art dans la presse quotidienne. Les efforts des galeries, ainsi que l’intérêt  des  maisons de vente aux enchères telles que Christ ie’s et Sotheby’s, ont renforcé l’idée qu’il est peut-être temps pour les collectionneurs algériens de s’intéresser de plus près au patrimoine artistique algérien. Cela indique une progression, passant de l’achat pour décorer son intérieur au désir de constituer une véritable collection d’art, à travers des stratégies artistiques et patrimoniales. Ce qui conduirait à l’implication d’acteurs professionnels – tels que consultants en art, assureurs, experts et restaurateurs – qui apporteraient des solutions à la gestion du patrimoine artistique.

La diaspora artistique algérienne constitue un modèle pour les jeunes artistes et, dans une moindre mesure, pour les artistes du même âge. La visibilité croissante d’artistes tels qu’At­tia, Tatah, Koraichi, Benanteur et Ben Bella dans musées, galeries et salles de vente contribue à convaincre les jeunes que le succès est possible pour les jeunes artistes vivant en Algérie. Ils considèrent cependant qu’ils auraient plus de chances de réussir s’ils s’installaient en Europe. Ils reprochent au ministère de la culture algérien de ne pas avoir créé une infrastructure dotée de règles et d’acteurs clés pour permettre une vie artistique épanouie. L’existence de galeries et de musées, tels que le MAMA , est certes une condition nécessaire, mais les mécanismes de soutien public semblent faire défaut. Il n’existe pas de loi sur le mécénat ni d’aide aux galeries favorisant le développement de la carrière des jeunes artistes ; les budgets des musées pour l’acquisition d’œuvres d’art sont insuffisants ; aucune incitation fiscale et l’exportation d’œuvres d’art moderne et contemporain est soumise à des contrôles stricts et tatillons. Le système se développe uniquement grâce à la volonté des professionnels de l’art et de certains collectionneurs. L’influence de la diaspora est manifestement un modèle de réussite mais c’est moins le cas du contenu artistique, même si certains jeunes artistes s’inspirent parfois d’artistes connus de la diaspora.

Les collectionneurs algériens ne sont pas nombreux ; seulement une vingtaine possède une grande collection de plus de 50 œuvres. Les collections sont centrées sur l’art algérien (Orientalisme et/ou art moderne et contemporain). Historiquement, les collectionneurs étaient surtout avocats et médecins. Mais aujourd’hui, il s’agit plu­tôt d’industriels ou d’hommes d’affaires qui se sont enrichis grâce au développement du secteur privé algérien au cours des 30 dernières années.

Ces collectionneurs continuent à acquérir des œuvres et sont prêts à payer des œuvres d’artistes algériens à des  prix plus élevés, à condition que ces prix correspondent à un quota réel. C’est là que les galeries  algériennes ont un rôle à jouer. Il ne leur suffit plus d’organiser des expositions ou de rester dans leur rôle de conservateurs. Elles doivent se transformer en marchands d’art, conscients de tous les mécanismes du marché et dotés du sens des responsabilités. Un  code de déontologie fixant les règles à observer entre artistes et galeries, collectionneurs et galeries, et entre galeries elles-mêmes serait le bienvenu. En l’absence d’un syndicat des galeries algériennes, le ministère de la Culture pourrait, en instaurant un tel code, contribuer au développement du marché.

 

Source
Rapport sur le marché de l’art africain 2016
Page 48 et 49
Lien : africartmarket.today

 


Cliquez sur l’image pour consulter le rapport.

 

 

BERLIN, GERMANY – FEBRUARY 07: Mustapha Orif attends the ‘Two Men in Town’ (La voie de l’ennemi) press conference during 64th Berlinale International Film Festival at Grand Hyatt Hotel on February 7, 2014 in Berlin, Germany. (Photo by Clemens Bilan/Getty Images)

 

«  La galerie Issiakhem, fondée en 1985 puis rebaptisée Isma, qui fut en lien étroit avec la genèse du Mama, par l’intermédiaire de son gestionnaire public, puis propriétaire privé, Mustapha Orif, qui en assure la direction de 1986 à 2004. La galerie exposa de nombreux artistes dits de la « modernité » algérienne, avec notamment les expositions personnelles d’Issiakhem, Khadda, ou Baya, mais en consacre également plusieurs à la génération montante, comme Hellal Zoubir, Malek Salah et d’autres, dont certains connaîtront une renommée qui dépassera les frontières de l’Algérie, comme Rachid Koraïchi. Mustapha Orif, qui a suivi une formation en histoire et en sociologie de l’art en Algérie et en France (à l’École du Louvre, l’École des hautes études en sciences sociales et à l’université Paris I), quitte ses fonctions à la galerie en 2004 pour diriger le projet de musée d’art moderne. En 2005, il prend également la tête de l’Agence algérienne de rayonnement culturel (Aarc) jusqu’en 2014. Son expérience dans la direction d’organisation d’événements culturels en Algérie et à l’étranger, tels que « 2003, l’année de l’Algérie en France » ou le 2e Festival culturel panafricain d’Alger en 2009, mais aussi son activité de galeriste et collectionneur, en font un des acteurs majeurs dans le domaine des relations culturelles internationales et dans la promotion de l’art contemporain en Algérie. Il assurera notamment le commissariat de la seconde exposition organisée par le Mama, « Malek Salah, Majnûn Laylâ » (3 décembre 2007-22 janvier 2008), consacrée à un artiste déjà soutenu antérieurement par sa galerie, et dont le musée fera l’acquisition de plusieurs œuvres dans le cadre d’un achat par dotation d’« Alger, capitale de la culture arabe ». Au titre de collectionneur, il fait don, conjointement avec son épouse Fatiha Orif, de près de soixante-dix œuvres d’art moderne et contemporain au Mama en 2016. Ce don vient compléter une collection muséale récemment constituée par l’achat de quelques œuvres (essentiellement de Baya), mais aussi par d’autres donations privées, dont deux de plus de trois cents œuvres, effectuées par Zoulikha Benzine Inal et Djaâfar Inal. » Émilie Goudal  in Émanciper les récits, ériger un musée d’art moderne en postcolonie ? Ancrages du musée d’art moderne d’Alger (Speaking freely and establishing a postcolonial modern art museum? Integration of the Museum of Modern Art of Algiers) / p. 112-129 / https://doi.org/10.4000/gradhiva.6494

 

 

Mr Orif Mustapha, collectionneur et ex Galeriste (Galerie Esma ; Alger) a fait don de 67 œuvres au MAMA, il s’exprime sur cette vidéo notamment sur son parcours.

Les noms des artistes dont les oeuvres sont concernées par le Don de Mme et M Orif :

• Ali ALI-KHODJA • Pierre FRAILONG • Slimane OULD MOHAND • Abderrahmane OULD MOHAND • Hakim ABBACI • Ricardo AUGUSTIN • O. Samy • Michèle TESTA-BORY • Hellal ZOUBIR • Lazhar HAKKAR • Mohamed KHADDA • Moussa BOURDINE • Zoria TELAICHE • Akila MOUHOUBI • Noureddine CHEGRANE • Mohamed BOUZID • Abderrahmane AIDOUD • Malek SALAH • Mustapha FILALI